La myopie est le défaut réfractif le plus fréquent. Les pages rassemblées ici concernent les définitions utilisées pour caractériser et quantifier l’importance de la myopie, ses mécanismes, et ses facteurs de risques.
Myopie : définition et généralités
La myopie est définie comme une erreur réfractive liée au fait que des rayons lumineux parallèles (issus d’une source lumineuse ponctuelle située à l’infini) sont focalisés en avant de la rétine.

La myopie est définie par la focalisation en avant de la rétine d'un faisceau de rayons parallèles. Ces rayons proviennent d'une source (ponctuelle) distante, " à l'infini". Les rayons se coupent en avant de la rétine, mais leur trajet continue jusqu'à celle-ci. L'image formée de la source ponctuelle est plus large que si les rayons s'étaient "coupés" dans le plan de la rétine (plusieurs plans arbitraires sont montrés sur l'image, dont celui où se coupent les rayons, et celui de la rétine). Cette définition générale de la myopie suggère que la longueur de l'oeil est excessive vis à vis de la puissance focale de la cornée et du cristallin réunis.
Cette définition concise possède cependant plusieurs prolongements : fonctionnels, optiques, anatomiques…
Certains facteurs de risque pour la myopie ont été identifiés, sans que l’on puisse véritablement mettre à jour de lien causal direct entre ceux-ci.
Il est commun de penser qu’un oeil myope voit flou. Ceci est vrai, mais le flou de l’oeil myope concerne les objets lointains. Un œil myope est capable de voir net à une distance « finie », et ce sans aucune accommodation. Un œil non myope est naturellement réglé pour voir net « au loin », à l’infini (en pratique au-delà de 5 mètres). Pour voir net de près, un non myope accommode : le cristallin bombe pour augmenter le pouvoir optique de l’œil et faire focaliser sur la rétine les rayons lumineux émis par la cible rapprochée qui est observée. On peut considérer qu’un œil non myope qui accommode devient « temporairement » myope. Ainsi, si on «figeait » un œil non myope dans un était d’accommodation permanente, il verrait flou de loin. C’est ce qui se passe en photographie quand la mise au point est faite sur un sujet rapproché : les éléments plus lointains apparaissent flous, comme dans la vision d’un myope.
En 1866, le savant allemand Helmholtz énonça un corolaire à cette définition: pour un œil myope, le plan où doit se situer une source lumineuse ponctuelle pour être vue nette (sans accommodation) est situé à une distance finie. La distance de ce plan de netteté permet de quantifier l’importance de la myopie : plus ce plan est proche de l’œil, et plus la myopie est forte. On pourrait quantifier la myopie avec la distance de plan. On choisit plutôt d’exprimer l’inverse de la distance de ce plan (la distance doit être exprimée en mètre). On obtient un chiffre en dioptrie. Par exemple, un myope dont l’œil voit net (sans accommodation) à 50 cm est atteint d’une myopie égale à 1/0.5=2 Dioptries. Si cette distance est ramenée à 20 cm, la myopie est égale à 1/0.2=4 Dioptries. Ce chiffre est celui que l’opticien utilise pour fabriquer des verres correcteurs (concaves) ; par convention, on utilise un signe négatif (ex : prescription de -3D).
Ainsi, la sévérité d’une myopie peut être estimée par la puissance du verre correcteur : une myopie de -10D est plus sévère qu’une myopie de -6D . Un myope de -10 Dioptrie voit net sans effort à … 10 cm, mais rapidement très flou au-delà : il voit largement moins d’un dixième sans sa correction. Pourquoi ne pas utiliser un nombre de « dixièmes » perdus d’acuité visuelle, où encore la longueur de l’œil (le plus souvent supérieure à la moyenne chez le myope, ce qui explique que les rayons issus des sources éloignées se focalisent en avant du plan rétinien) ?
L’acuité visuelle de loin non corrigée est certes réduite chez le myope, mais le nombre de dixièmes « perdus » dépend d’autres facteurs comme le diamètre de la pupille au moment de l’examen (lui-même soumis à diverses influences comme la luminosité de la pièce d’examen, le stress du patient, etc.), la capacité du sujet à « deviner » les lettres présentées. Même flous, on peut distinguer les contours d’un N et d’un Z plus facilement que ceux d’un E et d’un F. Il est de fait difficile d’établir une corrélation parfaite entre dioptries de myopie et dixièmes d’acuité visuelle : néanmoins, on peut établir qu’une myopie de -1.25 D suffit pour pénaliser l’acuité visuelle de … huit dixièmes. Ainsi, un myope de -1.25 D (myopie faible) ne voit que 2 dixièmes (2/10) environ.
La longueur de l’œil, appelée longueur axiale et qui correspond à la distance entre le sommet de la cornée et la couche des photorécepteurs rétiniens varie entre les individus. Globalement, il existe une bonne corrélation entre myopie et longueur axiale. Plus l’œil est long, et plus la probabilité que l’œil soit myope augmente: la myopie liée à l’élongation de l’oeil est dénommée myopie axile : mais il existe différentes catégories de myopie. La moyenne de la longueur axiale est de 23 mm environ dans la population générale (absence de défaut réfractive prononcé). Un faible excès de longueur axiale suffit à rendre l’image rétinienne floue. On parle alors de « myopie axile », et c’est la plus fréquente des myopies. Cependant, on ne peut être certain de la présence d’une myopie, même quand l’œil possède une longueur plus élevée que la moyenne, car si la cornée est moins convergente qu’en moyenne (cornée « plate »), alors une compensation est possible et la lumière issue des sources éloignées pourra converger pour focaliser dans le plan rétinien. A contrario, un œil myope pour lequel on observe une faible courbure cornéenne (réduction de la puissance cornéenne appelée « puissance kératométrique ») est un œil dont la longueur axiale est certainement significativement plus élevée que la moyenne : malgré une moindre convergence des rayons incidents (faible puissance kératométrique), ceux-ci sont focalisés en avant du plan de la rétine.
Ainsi, il semble qu’utiliser la puissance du verre correcteur comme « étalon » de la myopie soit une moins mauvaise méthode, même si deux yeux myopes de 3 Dioptries peuvent avoir des caractéristiques (puissance kératométrique et longueur axiale) sensiblement différentes. Par ailleurs, l’estimation du degré de myopie peut être rendue plus difficile en cas d’astigmatisme prononcé.
Sachant que le degré de myopie est estimé par celui de la puissance du verre correcteur à porter, à partir de quelle correction est-on myope ? Au-delà de -0.50 D pour la plupart des spécialistes ; en deçà, même si la vision peut être améliorée par une légère correction (-0.25D), celle-ci est si faible qu’elle n’est pas requise de manière permanente et n’entrave que peu la fonction visuelle diurne.
La différence de correction minimale à laquelle l’œil humain est subjectivement sensible (impression de flou accentuée) est de -0.25 D environ.
La myopie est un problème de santé publique, dont le coût est loin d’être négligeable pour la société. Le pourcentage de myopes dans la population mondiale est en croissance constante: la prévalence de la myopie augmente. En Asie, le taux de sujets myopes dans la population générale est plus élevé que celui présent dans la population des pays occidentaux (ou peuplés d’une majorité de sujets d’origine occidentale). En Australie, une étude a estimé que 15% des adultes étaient myopes (Attebo K, Ivers RQ & Mitchell P. Refractive errors in an older population: the Blue Mountains Eye Study. Ophthalmology 1999; 106: 1066–1072), alors qu’au Japon, 41.8% des adultes présentent une myopie supérieure à -0.50 D selon une étude récente (Sawada A, Tomidokoro A, Araie M, Iwase A & Yamamoto T. Refractive errors in an elderly Japanese population: the Tajimi study. Ophthalmology 2008; 115: 363–370.e3). En 2009, une étude conduite à Singapour a chiffré le coût de la myopie pour les enfants d’âge compris entre 7 et 9 ans à 150 dollars par an (Lim MC, Gazzard G, Sim EL, Tong L & Saw SM. Direct costs of myopia in Singapore. Eye 2009; 23: 1086–1089). Aux Etats-Unis, les dépenses liées à la prise en charge médicale de la myopie (consultations, frais d’optiques, gestion des complications, chirurgie réfractive, etc.) est compris entre 4 et 7 milliards de dollars environ (Vitale S, Cotch MF, Sperduto R & Ellwein L. Costs of refractive correction of distance vision impairment in the United States, 1999–2002. Ophthalmology 2006; 113: 2163–2170