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Ectasie tardive œil gauche (6 ans après lasik)

Votre question :

Bonjour,
Il y a six ans, j’ai subi une intervention lasik pour une myopie faible. Visiblement pas de contre indication et le résultat au rendez-vous avec une vision nette des deux yeux.
Ces derniers moi, mon œil gauche a commencé à présenter des signes d’astigmatisme, confirme par une consultation ophtalmologique hier.
Je suis aujourd’hui retourné à la clinique où j’ai reçu l’opération lasik: ma cornée présente une partie qui s’est affinée, possiblement du a des frottements de ma part durant la saison du pollen.
Mon œil droit ne présente pour l’instant aucun changement après comparaison des topographies cornéennes.
Le médecin me conseille de venir faire les examens nécessaires pour évaluer la possibilité d’une opération pour régulariser la cornée suivi par un cross-linking du collagène pour durcir la cornée et stopper l’évolution.
L’évolution de mon œil gauche est elle irrémédiable sans opération?
Quelle est la fiabilité d’une telle opération?
Faut-il considérer le cross-linking sur l’œil droit à titre préventif?
Quels sont les risques encourus pour ce type d’opération?
Quels sont les risques si je ne fais rien?
Merci d’avance

Notre réponse :

Je suis assez sceptique sur les bénéfices du cross linking pour les pathologies cornéennes qui relèvent d’un processus d’ectasie (amincissement et déformation du dôme cornéen). Le cross linking (CXL) est une procédure destinée à durcir le collagène. Il fonctionne surtout « in vitro » (en laboratoire) mais les études conduites chez l’homme, in vivo, peinent à montrer un quelconque bénéfice sur la biomécanique de la cornée (aucun durcissement, voire tendance au ramollissement). Les partisans du CXL objectent que les instruments destinés à apprécier la biomécanique cornée ne mesurent pas le bénéfice acquis, mais ceci revient à dire qu’il faudrait blamer le pèse-personne quand un régime diététique ne ferait pas baisser le poids (les instruments en question mesurent bien la fragilisation du dôme cornéen, un esprit un tant soit peu scientifique ne peut comprendre comment il ne pourraient pas mesurer son durcissement). On observe des modifications topographiques du dôme cornéen après CXL, mais elles sont indirectes, liées la cicatrisation de l’épithélium à la surface de la cornée, et on observe les même modifications après d’autres procédures qui consistent à retirer l’épithélium, et le laisser repousser.

 

Dans votre cas, comme dans probablement près de 100% des cas d’ectasie ou de kératocône (avis personnel étayé par des centaines d’observations), les frottements oculaires ont probablement contribué fortement à la déformation de la cornée opérée de LASIK, avec retour de l’astigmatisme, dégradation de la vision, etc.  Il est possible que vous ayez frotté vos yeux avant l’intervention, et ceci suffit à lui seul à fragiliser la cornée en amont de celle-ci. la cornée est une coupole transparente relativement fragile, car constituée de lames de collagènes entrelacées (on en compte environ 250 sur une coupe transversale). Les frottements exercent un stress mécanique certain sur cet arrangement, ils rompent les liaisons entre ces lamelles. Sur une cornée fragilisée, la réalisation d’un LASIK induit la section et l’ablation de certaines des lamelles collagènes, et induit un risque additionnel de décompensation biomécanique, qui peut bien entendu être accélérée par de nouveaux frottements.

Je vous conseille de ne plus frotter vos yeux du tout, et surveiller l’évolution de votre ectasie débutante du côté gauche. Si vous ne frottez plus, il est très probable qu’une stabilisation interviendra, et qu’il n’y aura pas d’ectasie à droite.  Il n’y a en tous cas aucune urgence, un suivi rapproché est indiqué, celui-ci permettant la plus part du temps de vérifier la stabilité une fois les frottements arrêtés…et sans qu’il ne soit besoin de réaliser un « cross linking ».

3 réponses à “Ectasie tardive œil gauche (6 ans après lasik)”

  1. Kader dit :

    Merci pour vote réponse.
    Cela confirme les recherches que j’ai faites sur l’efficacité du CXL. Il est regrettable que la communauté scientifique ne se rende pas à l’évidence car les recherches se ralentissent du même coup.
    je félicite votre intégrité au passage. Nous pourrons en discuter à votre clinique où j’ai rdv la semaine prochaine.
    Merci encore

  2. Dr Damien Gatinel dit :

    Je vous en prie. Il est certain que la recherche d’une technique réellement efficace de cross linking cornéen mérite d’être poursuivie. Le relatif « succès » du cross linking dans sa version actuelle est principalement lié au fait que les patients qui reçoivent le diagnostic de kératocône ou d’ectasie sont très naturellement demandeurs d’une solution chirurgicale ou autre pour ralentir ou stopper cette affection, et qu’il ne leur est rien proposé d’autre, pas même, malheureusement souvent, d’arrêter de se frotter les yeux. Je passe sur les aspects financiers…
    Les études conduites pour montrer l’efficacité du cross linking en matière de stabilisation n’ont pas la puissance statistique nécessaire, dans le contexte d’une affection d’ont l’évolution spontanée est capricieuse, dont il existe des formes relativement stables, et ce de manière spontanée. Dans mon expérience, les patients qui arrêtent de se frotter les yeux ne présentent pas d’évolution significative de la déformation cornéenne. On observe parfois même de légères améliorations, liées peut être à une régularisation épithéliale (ex: réduction d’une dioptrie de cambrure)… L’effet du CXL dans sa forme actuelle repose principalement sur l’induction d’un effet de cicatrisation épithéliale, après exposition à des radicaux libres, dont on espère que l’irradiation par les UV permettra la création de liaisons covalences entre les fibrilles de collagènes. Celles-ci n’ont jamais pu être observées in vivo, et même si elles s’effectuent, leur effet est négligeable, puisque l’on ne peut mesurer le moindre « durcissement » cornéen. Ce n’est d’ailleurs pas forcément étonnant, car le kératocône traduit le déplacement relativement important des fibres de collagènes (qui sont faites de fibrilles), et dont la trame est probablement altérée par par des phénomènes mécaniques (frottements) conjugués à une inflammation chronique d’origine cellulaire (et entretenue par une atopie/allergie, qui est souvent associée au kératocône, car elle favorise les frottements pour soulager des yeux qui « grattent ».) En revanche, la perte en cellules kératocytaires (qui fabriquent la matrice de collagène de la cornée) est elle bien réelle après CXL, elle est liée à l’action conjuguée des radicaux libres (fournis par la solution de riboflavine) et de l’irradiation ultraviolette. Enfin, les études sur les formes de CXL sans retrait de l’épithélium, malgré certaines « contorsions rédactionnelles » et une certaine « confusion intellectuelle » (un changement topographique de l’ordre 0.50 D a t’il un sens?), montrent toutes que non seulement le CXL ne durcit pas plus la cornée, qu’il n’en modifie la cambrure… Et pour cause, l’épithélium n’ayant pas à cicatriser, ce « status quo » à la surface oculaire ne fournit aucune amélioration notable de la géométrie cornéenne.

  3. Kader dit :

    Bonjour,

    Lors de recherche de documentation sur le keratocone, je suis tombé sur le lien suivant qui discute non seulement des frottements oculaires chez les patients souffrant de KC mais également de l’impact vraissemblable du fait de dormir sur le ventre sur cette pathologie.
    http://www.reviewofophthalmology.com/content/i/1211/c/22833/

    J’en ai eu l’intuition (qui semble plausible après lecture de l’article) en reflechissant à mon propre cas, ayant des difficultés énormes pour dormir sur le dos. Qu’en pensez-vous?

    Ps. J’ai rdv debut octobre pour le suivi et vous ais transmis les dernières analyses.

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