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 Macron, le candidat quantique.

Peut-on être à la fois de gauche et de droite, pour et contre l’ISF,  critique d’un gouvernement dont on revendique l’héritage, vanter les mérites de la colonisation puis la qualifier de crime de guerre, abolir les 35 heures tout en prônant le maintien de la durée légale du travail ? Égrener un à un toutes ces paradoxes revient à dessiner en autant de pleins que de déliés le portrait du candidat Emmanuel Macron. Les positions sans cesse mouvantes de ce prétendant à l’élection présidentielle lui ont valu d’être accusé de dire tout et son contraire, d’être  taxé de gourou schizophrène, ou encore d’être soupçonné de posséder un jumeau maléfique.

J’ai eu envie de me confronter à cette énigme de manière plus rationnelle et dépassionnée. Inspiré par le style et des connaissances puisées dans des traités de physique vulgarisée, et sans autre prétention que celle d’éveiller de manière amusante l’intérêt des lecteurs envers une discipline souvent perçue comme absconse, je suis arrivé à ce postulat  :  Macron est très certainement le premier « politique quantique » de l’histoire moderne.

A l’instar du personnage déroutant qu’incarne Emmanuel Macron, la mécanique quantique est une discipline qui regorge de paradoxes. Elle nous invite à revoir la manière dont nous concevons le réel. Richard Feynman, un des plus fameux contributeurs de la physique quantique, n’avait-il pas proclamé:  « Si vous croyez comprendre la mécanique quantique… c’est que vous ne la comprenez pas! »?

Nous concevons sans difficultés que grâce aux équations de la mécanique dite classique, on puisse prédire le ballet cosmique des planètes, des étoiles, ou la trajectoire d’un bulletin de vote tombant dans l’urne, car on peut calculer leurs positions respectives à chaque instant. Les trajectoires et les interactions de ces objets suivent des lois déterministes. Ainsi, à notre échelle, dans le monde familier de la mécanique classique -comme dans celui de la politique, les objets, les personnes, occupent par principe des positions bien définies à chaque instant.

En revanche, à l’échelle microscopique, les particules élémentaires sont assujetties à des règles bien différentes. Un électron peut posséder deux vitesses à la fois, ou encore être à deux, trois, quatre, voire une infinité d’endroits différents en même temps. Cette extraordinaire ubiquité découle du principe dit de superposition : les particules observées peuvent apparaître à un endroit, puis disparaître et réapparaître ailleurs sans que l’on sache où elles étaient dans l’intervalle. Une même particule peut donc occuper deux positions différentes en même temps, ou se présenter sous deux formes différentes simultanément. Mais le principe d’incertitude, (ou d’indétermination) stipule qu’il est  impossible de connaître avec exactitude deux paramètres à la fois.  On ne pourra estimer la position d’un objet que si l’on renonce à déterminer sa vitesse de déplacement, et inversement.

 

Si ces propriétés nous paraissent étranges, force est d’admettre qu’elles éclairent de manière presque limpide l’incroyable versatilité du candidat Macron. 

Les apparentes contradictions de ce candidat cèdent le pas à une logique certes singulière mais conforme aux lois quantiques, pour qui les observe à une échelle que l’on pourrait qualifier de « macronscopique ». Macron n’est pas banalement positionné au centre, il est naturellement de gauche et de droite  (et du centre): il est un peu partout à la fois! En termes plus statistiques, il existe toujours une probabilité non nulle pour qu’il occupe quelque position que ce soit. Affirmer une chose et défendre son contraire, se présenter comme le candidat le plus légitime pour la fonction suprême tout en admettant n’avoir aucune expérience en politique: rien n’est véritablement improbable. A l’aune de ces lois, le mystère se dissipe, et le génie se dissout dans une onde de probabilité, et le protéiforme, l’ubiquitaire, le délocalisé, sont consubstantiels de la nature quantique du sujet concerné. Autre paradoxe éclairant: en mécanique quantique, l’oscillation régulière entre deux positions diamétralement opposées constitue un état dit cohérent ! L’équilibre quantique n’est ainsi que mouvement, jamais statique, il est perpétuellement « En marche ».

 

La mécanique quantique procure un cadre explicatif original: l’apparente incohérence de Macron pourrait n’être que l’émergence dans le monde classique d’un état de cohérence absolue à l’échelle quantique.

Ces propriétés confèrent un bénéfice inouï pour un « politique quantique »: il peut être le candidat de tous, mais à la condition qu’il apparaisse à chaque électeur potentiel comme le porteur de ses idées. Toutefois, la simple observation d’un objet quantique en  modifie les propriétés. Dans cette configuration, l’électeur et le candidat quantique constituent alors un système complexe et intriqué. Aimer son électeur, c’est un peu s’aimer soi-même, mais cela ne suffit pas. Ce n’est qu’au prix d’une  interaction avec un observateur ou un appareil de mesure, que l’on peut forcer un acteur ou un objet quantique à occuper une position bien définie et rejoindre le monde plus intelligible à nos sens. Cette séquence correspond à ce que les physiciens appellent la « décohérence ».  

Comme le célèbre chat de Schrödinger à la fois  mort et vivant dans sa boîte close,  mais forcé au choix d’un état de vie ou de passage à trépas dès l’ouverture de celle-ci,  un bulletin de vote en état de superposition quantique placé dans une enveloppe fermée porte les suffrages simultanés de l’un et l’autre candidats finalistes du second tour. Ce n’est que lors du dépouillement, dès qu’il sera scruté par les assesseurs, que ce bulletin alors décohérent optera de manière « forcée », mais complètement aléatoire, pour l’un ou l’autre des deux prétendants.

On comprend ainsi mieux pourquoi notre homo politicus quanta répugne à fournir une position claire, un état des lieux tangible, un programme figé. Ce qui apparaîtra pour le corps électoral comme un pas souhaitable vers plus de clarté et de cohérence sera bien au contraire, d’un point de vue quantique, perçu avec effroi par notre candidat comme un phénomène dit de décohérence. Il n’est pas si aisé de renoncer à la transcendance que procurent les états superposés pour occuper simultanément plusieurs cases de l’échiquier politique, et au luxe bien quantique de pouvoir plaire à tout le monde.

A la lumière de ces analogies, le qualificatif moqueur « d’hologramme » dont a été affublé Emmanuel Macron revêt une pertinence certaine : un hologramme est une construction rendue possible par certaines propriétés quantiques de la lumière, à la fois onde et photon. Ceci n’a pas empêché l’auteur de cette pertinente impertinence d’apporter son soutien au candidat d’En marche. Ceci n’est pas si surprenant, quand on sait qu’une autre propriété remarquable des particules est de pouvoir transférer leur état quantique à d’autres particules. Gageons que François Bayrou, avant d’offrir son soutien à la candidature d’Emmanuel Macron, fut à son tour touché par la grâce quantique.

 

 

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