Les lentilles de contact sont au contact de la cornée, qui est le tissu opéré en cas de LASIK ou PKR. Indépendamment de la correction qu’elles procurent, ces lentilles ont une géométrie (diamètre, épaisseur), et une « rigidité » particulière (ex : lentille souple, lentille semi-rigide, lentille dure, etc.).
Le contact permanent avec la face antérieure de la cornée (face épithéliale), les frottements induits par les clignements induisent avec le temps une modification de la géométrie de la cornée; on parle de déformation induite par les lentilles de contact (‘corneal warpage’ en anglais). Le terme « déformation induite par les lentilles de contact » fait donc référence aux modifications transitoires de la topographie cornéenne induites par les lentilles de contact. Ces modifications sont plus fréquentes après le port prolongé de lentilles de contact rigides perméables aux gaz. La topographie cornéenne permet de mettre en évidence ces déformations, qui affectent la face antérieure de la cornée (intérêt de la topographie Placido). La majorité des déformations induites par les lentilles concernent l’épithélium de la cornée, qui se « remodèle » en fonction des contraintes mécaniques induites par la lentille. L’épithélium tend par exemple à s’amincir en regard des zones à fort appui.
Il intéressant de noter que l’orthokératologie, qui consiste à apporter une correction (transitoire) de la myopie en adaptant des lentilles rigides qui ne sont portées que la nuit pendant le sommeil, repose sur l’induction d’un « warpage » caractérisé par un aplatissement central (permettant de corriger les myopies faibles et une partie des myopies moyennes). Quand le port des lentilles est interrompu, l’effet correcteur disparaît en 36 à 48h, mais la réalisation d’une topographie cornéenne plus à distance révèle souvent la présence d’une déformation résiduelle de la cornée.
Aspects topographiques du corneal warpage (warpage cornéen):
Les anomalies topographiques peuvent consister en un astigmatisme central irrégulier, la réduction de l’asphéricité cornéenne négative (réduction de l’asphéricité prolate), un aspect en « nœud papillon asymétrique » (‘asymetric bow-tie’) ou des zones de cambrure localisées. Les lentilles rigides produisent habituellement un aplatissement supérieur et une cambrure inférieure relative en raison de l’aplatissement de la cornée sous-jacente à la lentille qui est souvent « accrochée » ou « liftée » en supérieur par la paupière supérieure.

Il est important de faire la distinction entre les anomalies transitoires induites par les lentilles et les anomalies permanentes susceptibles d’altérer la topographie de la cornée. En voici les raisons :
– un faux aspect de kératocône débutant peut être induit par les lentilles (asymétrie)
– une déformation induite par les lentilles peut masquer, ou tout au moins brouiller un aspect de kératocône débutant (risque d’ectasie en cas de LASIK)
– une déformation de la cornée peut modifier la correction optique : en général, les lentilles rigides induisent un aplatissement central, et cet aplatissement résulte en une réduction du pouvoir optique de la cornée. De fait, la myopie native est partiellement réduite, et ceci provoque un risque de sous correction si l’on effectue des mesures alors que la déformation cornéenne subsiste.
Signalons que cette propriété de « déformabilité » de la face antérieure de la cornée est mise à profit par la technique d’orthokératologie, qui consiste à adapter des lentilles rigides dont la géométrie est conçue pour induire un « écrasement » de la partie centrale de la cornée antérieure. Cette technique est peu pratiquée en France, et a été principalement développée par des optométristes anglo-saxons. Ces lentilles sont portées la nuit, et retirées au réveil: l’aplatissement cornéen central dure quelques heures pendant lesquelles une myopie comprise entre -1 et -3.5O D peut être transitoirement corrigée.
Type de lentille et durée déformation cornéenne :
Wang et coll. (2002) ont étudié de manière prospective les yeux de 165 patients consécutifs porteurs de lentilles évalués en vue d’une chirurgie réfractive. Une déformation cornéenne significative induite par les lentilles de contact a été détectée par topographie cornéenne dans 20 yeux de 11 patients (12 %). Chez les patients présentant une déformation induite par les lentilles de contact, la durée moyenne de port antérieur de lentilles était de 21,2 ans (extrêmes : 10-30 ans). Le temps de récupération moyen avant stabilisation de la réfraction, des valeurs kératométriques et du profil topographique a été de 7,8 ± 6,7 semaines. Les taux de récupération ont été différents selon les types de lentilles : lentilles souples à port prolongé 11,6 ± 8,5 semaines, lentilles souples toriques 5,5 ± 4,9 semaines, lentilles souples à port journalier 2,5 ± 2,1 semaines et lentilles rigides perméables aux gaz 8,8 ± 6,8 semaines. Cette étude a montré la nécessité de réfractions répétées, de kératométries et de topographies cornéennes stables documentées avant de planifier une chirurgie réfractive chez les patients avec une suspicion de déformation cornéenne.
EN PRATIQUE :
Quand un patient consulte pour une chirurgie réfractive (ex : chirurgie de la myopie), l »évaluation topographique doit idéalement être réalisée au moins quelques jours à 1 semaine après l’arrêt du port de lentilles souples, même si dans la plupart des cas les modifications liées au port des lentilles souples sont très mineures et n’interfèrent pas de manière très significative avec la correction visuelle mesurée et la topographie cornéenne.
Après l’arrêt du port de lentilles rigides, il est recommandé d’attendre plus longtemps, c’est à dire au moins 3 semaines à un mois avant de procéder à l’évaluation. Si des anomalies cornéennes sont détectées par la topographie, une évaluation mensuelle devra être réalisée jusqu’à stabilisation du profil topographique. Au moins deux topographies ayant le même profil sont recommandées avant de planifier une chirurgie réfractive: ceci car il est nécessaire de s’assurer d’un retour à l’état « stable » de la cornée pour confirmer l’opérabilité (normalité topographique) et s’assurer de réaliser une correction adaptée.
Référence : Wang X, McCulley JP, Bowman RW, Cavanagh HD. Time to resolution of contact lens-induced corneal warpage prior to refractive surgery.CLAO J. 2002;28(4):169-71.