Presbytie : définition, mécanisme et correction
La presbytie est la perte progressive de la capacité d’accommodation liée au vieillissement du cristallin. Elle touche 1,8 milliard de personnes dans le monde et apparaît avec une constance remarquable autour de 43 ans.
Important
Points clés : la presbytie •Prévalence mondiale : 1,8 milliard de personnes (25 %), 2,1 Mds en 2030 •Âge d’apparition : remarquablement constant, 42-44 ans chez l’emmétrope •Mécanisme : perte d’élasticité du cristallin et de sa capsule (pas musculaire) •Évolution : addition progressive de +0,75 D à +3,00 D sur 15-20 ans •Impact variable : plus précoce chez l’hypermétrope, mieux toléré chez le myope •Correction : progressifs, lentilles multifocales, LASIK, implants, collyres
La presbytie correspond à un flou visuel en vision de près qui apparaît un peu après l’âge de 40 ans. Elle est provoquée par la réduction progressive de la capacité d’accommodation de l’œil. Avant la presbytie, l’accommodation permet d’effectuer une mise au point efficace et confortable en vision rapprochée (les mécanismes sont expliqués sur la page consacrée à l’accommodation du cristallin).
La difficulté croissante à lire de petits caractères rend nécessaire le recours à une aide optique (loupes, lunettes, lentilles multifocales). La presbytie évolue sur une quinzaine d’années ; les premiers verres sont prescrits vers 45 ans (voir la prévalence de la presbytie), et la correction augmente puis se stabilise vers 55-60 ans.
Épidémiologie de la presbytie
La presbytie est la condition réfractive la plus répandue dans le monde. La prévalence devrait atteindre 2,1 milliards en 2030. Le besoin non satisfait de correction est estimé à 45 % au niveau mondial, avec un fardeau plus important dans les zones rurales des pays à faibles ressources.
Mécanisme de la presbytie
La presbytie traduit la diminution progressive du pouvoir d’accommodation de l’œil (amplitude d’accommodation), directement liée à la réduction de l’élasticité du cristallin et de sa capsule. Le cristallin est une lentille naturellement souple et transparente, située dans le segment antérieur de l’œil, qui permet de réaliser la mise au point pour une vision nette des objets rapprochés. C’est l’équivalent du principe de l’« autofocus » pour un appareil photo — bien que, dans ce cas, la variation de la distance de mise au point soit effectuée par un déplacement de la lentille(s) et non par une modification de courbure.
Chez un sujet emmétrope (voyant net sans correction au loin) devenant presbyte, la vision rapprochée, comme en lecture, devient de plus en plus floue, alors que la vision des cibles plus éloignées demeure normale.

Théorie de Helmholtz : accommodation et presbytie
Selon la théorie de Helmholtz, universellement acceptée, l’accommodation résulte de la contraction du muscle ciliaire, qui relâche la tension des zonules et permet au cristallin de se bomber sous l’effet de l’élasticité de sa capsule.
Avec l’âge, le cristallin subit des modifications biomécaniques et biochimiques : augmentation de volume, compactage des fibres cristalliniennes (surtout dans le noyau), agrégation et réticulation des protéines (cristallines), perte d’élasticité de la capsule. Ces changements réduisent progressivement la capacité du cristallin à se déformer, même si le muscle ciliaire reste fonctionnel (il subit même une hypertrophie compensatoire). La presbytie est donc un phénomène lenticulaire, non musculaire.

Conséquences fonctionnelles de la presbytie
La presbytie se traduit par l’apparition d’une gêne croissante à la lecture de près ou à l’identification de détails fins dans un motif observé à distance rapprochée (moins de 1 mètre). Le statut de la vision de loin — l’absence ou la présence d’un défaut optique (myopie ou hypermétropie) — conditionne le type et l’importance des symptômes.
Gêne en vision de près, surtout pour les petits caractères et la faible luminosité. Correction nécessaire vers 43 ans, renouvelée et croissante (addition +0,50 à +2,75 D).
Le retrait des lunettes permet une vision de près nette (la distance dépend du degré de myopie). Moins de gêne en lecture avec lunettes qu’en lentilles. En savoir plus
Installation « mal vécue » : dégradation de la vision de près ET de loin (perte de la compensation accommodative). Apparition plus précoce. En savoir plus
Myope presbyte et lunettes vs lentilles
Les myopes presbytes ont généralement moins de mal à lire quand ils portent leurs lunettes de loin qu’en correction par lentilles : les objets vus à travers des verres de myope sont plus petits mais surtout apparaissent comme étant situés plus loin (sollicitant donc moins la mise au point de près). Pour voir de près, le myope retire ses lunettes ; les verres progressifs permettent de conserver la même paire.
Hypermétrope presbyte : la double peine
Chez l’hypermétrope modéré (< +2 D), l’effet de la réduction accommodative apparaît plus précocement : non seulement la vision de près est floue, mais la vision de loin, jugée bonne voire excellente, se dégrade aussi rapidement vers la quarantaine. Le sujet perçoit une diminution globale de la qualité de sa vision.
Signes de la presbytie
La presbytie est probablement le signe lié au vieillissement dont l’âge d’installation est le plus constant : c’est véritablement vers 43 ans que les effets de la perte de l’amplitude d’accommodation commencent à être ressentis, en particulier chez les emmétropes.
Les symptômes débutent par une difficulté pour voir nets des petits caractères, en particulier au réveil et quand la luminosité ambiante est faible. Il peut s’agir d’une difficulté croissante à lire un texte peu contrasté, comme une étiquette de bouteille de vin au restaurant : à la lumière tamisée s’ajoutent des difficultés intrinsèques, comme le fond coloré et les calligraphies peu usitées.

Dans la plupart des cas, le presbyte débutant ressent la nécessité de faire un « effort » pour lire, alors qu’auparavant la mise au point se faisait de manière « inconsciente » et aisée. Instinctivement, le presbyte recule son plan de lecture (de 35 à 50 cm) en tendant les bras, afin de solliciter moins son accommodation.
Au bout du compte, ce type de stratégie échoue et il devient nécessaire de corriger la vision de près. La lecture sur tablette ou smartphone peut être effectuée sans aide optique au début : le contraste des écrans numériques est élevé et il est possible d’augmenter la taille des caractères.
Évolution de l’addition avec l’âge
La valeur de l’addition (exprimée en dioptries, ex. : +1 D) dépend du degré de presbytie, lui-même en rapport avec l’âge. Les premiers verres prescrits ont une puissance proche de « addition +0,75 D ». Cette addition doit être augmentée au fil du temps et atteindre +2,75 D ou +3,00 D vers la fin de la cinquantaine.
Chez un sujet emmétrope et presbyte, le port de verres de +3 D traduit le fait que la presbytie est « totale » : la vergence fournie par le verre de +3 D fait que la vision de l’œil équipé est nette à 1/3 = 0,33 mètre, soit 33 cm environ.

Peut-on retarder la presbytie ?
La presbytie n’est pas liée à la réduction de la force du muscle ciliaire (mis en jeu lors de l’effort accommodatif), mais à la perte de l’élasticité du cristallin (comprendre le mécanisme de l’accommodation permet d’appréhender celui de la presbytie). Le muscle ciliaire se contracte, la zonule se détend, mais le cristallin lui-même ne bombe plus suffisamment.
Pas de prévention possible de la presbytie
Si la presbytie était liée à une réduction de la contraction musculaire ciliaire, on pourrait imaginer des traitements visant à « remuscler » l’œil. Malheureusement, lors de l’installation de la presbytie, le muscle ciliaire se contracte bien, mais le cristallin, qui augmente de volume et perd sa souplesse au fil de l’existence, ne bombe plus suffisamment.
On ne connaît actuellement aucune thérapeutique efficace pour rétablir l’élasticité perdue du cristallin. Des essais utilisant le laser femtoseconde pour réaliser des incisions dans le cristallin (pour restituer quelque souplesse) n’ont pas donné de résultats suffisants, et le risque de cataracte induite est en revanche réel.
La réponse à la question d’une possible prévention est donc négative, et il est remarquable de constater avec quelle constance la presbytie s’installe dans le temps chez l’être humain (entre 42 et 44 ans le plus souvent).
Principes de la correction de la presbytie
On ne peut pas empêcher la presbytie, mais il est tout à fait possible de la corriger ou de la compenser optiquement. La correction en verre de lunettes bénéficie du fait que l’œil « bouge » derrière le dispositif correcteur et que ce que l’on regarde en vision de près est situé à une inclinaison verticale inférieure (l’œil effectue une rotation inférieure et légèrement nasale pour viser un livre, un smartphone…). Il convient alors de faire varier la correction dans le bas du verre : c’est le principe des verres progressifs.
Les méthodes de correction autres que les lunettes sont statiques : les lentilles, les implants et les corrections cornéennes sont solidaires de l’œil. Il faut alors permettre à certains rayons issus de la cible de près de converger sur la rétine, tout en permettant à d’autres, issus de cibles éloignées, de converger également. Ce concept de partage lumineux s’appelle « multifocalité ».
La correction par implants ou par chirurgie laser consiste à induire une myopisation totale (monovision franche) ou partielle (monovision avec multifocalité ou multifocalité pure) de l’œil opéré pour la vision de près. Les implants multifocaux en chirurgie de la cataracte induisent une « myopisation » partielle. Ce caractère, focalisé de près mais défocalisé de loin, explique la survenue de halos lumineux dans les suites opératoires immédiates.
Verres de lunettes correcteurs
La presbytie se corrige logiquement par le port de verres convexes destinés à pallier le manque de puissance focale et à former une image nette des objets situés à environ 35 cm. La correction optique de près d’un sujet initialement amétrope s’ajoute à la correction de la vision de loin. Elle n’est effectuée que sur la partie inférieure du verre (demi-lune, verre progressif ou double foyer) car le lecteur tend à baisser les yeux pour lire. Quand il existe une correction de myopie, l’addition « réduit » l’importance de cette correction en bas du verre.
Lentilles de contact
La correction par lentilles multifocales est parfois possible, mais le compromis visuel entre la vision de loin et la vision de près peut occasionner une gêne pour certaines activités (conduite nocturne : halos autour des lumières vives). La technique de monovision peut également être réalisée avec des lentilles de contact. Les lentilles sont par ailleurs utiles pour « mimer » les résultats attendus d’une correction chirurgicale en monovision.
Chirurgie réfractive
La chirurgie réfractive cornéenne et la chirurgie du cristallin (cataracte) peuvent permettre au presbyte de lire et voir de loin sans lunettes (voir la chirurgie de la presbytie). La chirurgie cornéenne utilise le laser excimer (LASIK) pour remodeler la cornée et réalise un motif « statique » ; elle ne peut véritablement corriger, au sens propre, la presbytie (qui supposerait la restitution de l’accommodation). Toutefois, la multifocalité peut s’inscrire dans une stratégie d’amélioration visuelle globale.
Options chirurgicales pour la presbytie
Chez les patients présentant une cataracte débutante, la chirurgie s’orientera vers une chirurgie de la cataracte avec pose d’implants multifocaux. Dans tous les cas, une consultation préalable est nécessaire pour déterminer les besoins visuels, l’existence d’une correction de loin et mesurer le degré de presbytie (addition de près).
Collyres (gouttes)
Certaines approches pharmaceutiques font l’objet d’études cliniques. La plupart consistent à utiliser un collyre destiné à provoquer une contraction de la pupille irienne (myosis). Elles reposent sur l’utilisation de solutions de pilocarpine diluées. Cette molécule n’est pas nouvelle : elle était autrefois utilisée pour traiter le glaucome chronique, avant d’être moins utilisée en raison de ses effets indésirables (forte constriction pupillaire permanente, rougeur oculaire, céphalées).
Les solutions actuelles (ex. : Vuity, distribué aux USA par Allergan/AbbVie) disposent de concentrations réduites et d’une galénique optimisée pour réduire les effets indésirables tout en réduisant le diamètre pupillaire : ceci augmente la profondeur de champ.
Approche originale : restituer la souplesse du cristallin
Une autre stratégie consiste à augmenter la souplesse du cristallin en hydrolysant les ponts disulfure reliant les protéines cristalliniennes (protocole UNR844, Novartis). Les effets semblent modestes chez les patients presbytes, avec quelques effets indésirables (dysgueusie, céphalées). Ce type d’approche pourrait être proposé à visée préventive chez des patients à l’orée de la presbytie.
En savoir plus :Chirurgie de la presbytie — Presbytie et multifocalité
Vidéo : émission « Allô Docteur » — La presbytie (France 5)
Invité : Dr Damien Gatinel — Émission TV France 5 « Allô Docteur »
Références
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Dernière mise à jour : Janvier 2025 — Presbytie et multifocalité — Chirurgie de la presbytie
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