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Kératocône

Kératocône: définition, causes et facteurs de risque

Définition du kératocône

La définition classique du Kératocône, du grec kératos pour cornée et conus pour forme de cône, est celle d’une dystrophie cornéenne classiquement idiopathique (sans étiologie bien documentée) bilatérale, asymétrique, non inflammatoire, caractérisée par un amincissement et une déformation progressive de la cornée. Sur le plan optique, cette déformation induit de l’astigmatisme régulier et irrégulier (aberrations optiques de haut degré) provoqué par une altération marquée de la géométrie de la cornée.

Aspect macroscopique d’un kératocône évolué, choisie car elle illustre de manière spectaculaire l’étymologie du terme « Kératocône » (cornée en forme de cône):

kératocône

Kératocône évolué de l’oeil gauche. Il est beaucoup plus difficile si ce n’est impossible d’identifier les formes débutantes et moyennement avancées à l’oeil nu. Le recours à la topographie cornéenne est indispensable.

Définition alternative et moderne du kératocône

A cette définition classique, descriptive et fonctionnelle, l’auteur de ce site propose de substituer une définition plus causale: le kératocône semble principalement (exclusivement?) lié à l’action de frottements ou de stress mécaniques répétés de la cornée.  Le kératocône ne serait pas tant une dystrophie qu’une affection d’origine mécanique: sans frottements, sans stress mécanique répété, pas de kératocône (voir page consacrée au rôle des frottements oculaires répétés vis à vis de l’incidence du kératocône, voir article  « Eye rubbing; a sine qua non for keratoconus?« ).

 Le kératocône n’est pas une dystrophie idiopathique mais un syndrome dont l’expression topographique traduit la déformation provoquée par le stress mécanique représenté par les frottements oculaires répétés.

Justification de l’hypothèse mécanique du kératocône

Cette hypothèse vise à résoudre le mystère qui entoure cette affection, pour laquelle il semble que de nombreux chercheurs aient poursuivi une fausse piste: le kératocône pourrait n’être qu’une pathologie primitivement mécanique. Que les frottements soient la cause du kératocône, et non simplement « un facteur de risque », est une hypothèse simple et de bon sens, mais qui heurte frontalement l’idée ancienne d’une dystrophie (mutation génétique et mécanisme biomoléculaire) d’origine inconnue, soutenue de manière spontanée ou dogmatique par de nombreux praticiens.
Selon l’auteur de cette page, le kératocône ne peut apparaître ou évoluer sans l’action d’une force mécanique externe, qui est véhiculée par les mains (doigts ou phalanges) des patients qui se frottent les yeux.
 Les patients qui frottent régulièrement leurs yeux avec les phalanges plutôt que la pulpe des doigts sont ainsi particulièrement à risque de développer un tableau de kératocône. Ces frottements sont vigoureux et répétés, et provoquent une modification définitive de l’architecture du dôme cornéen, en raison d’une fragilisation biomécanique progressive, aboutissant à une perte de la régularité du galbe cornéen.
De même, la survenue d’une compression oculaire continue pendant le sommeil, chez les patients qui dorment de côté ou sur le ventre avec la tête « enfouie » dans l’oreiller, pourrait être un facteur prédisposant au kératocône. On observe souvent chez les patients qui dorment en « appuyant sur leurs yeux » des aspects topographiques particuliers, marqués par la survenue d’une cambrure plus marquée en inférieur mais sans amincissement excessif. Ces aspects peuvent faire évoquer la présence d’un kératocône débutant.
D’après mon expérience fondée sur des dizaines de cas bien documentés, il apparaît que les frottements oculaires (ou les stress mécaniques répétés) ne sont pas la conséquence du kératocône, ni même un simple facteur de risque associé, mais très probablement LA cause du kératocône.
Il est avéré que les patients atopiques (allergiques) présentent un risque de kératocône plus élevé. En effet, les enfants et adolescents qui se frottent vigoureusement les yeux en raison des démangeaisons et de l’inflammation provoquée par les phénomènes d’allergie oculaire (conjonctivite allergique) risquent de provoquer l’apparition d’un kératocône. Les forces exercées sur le dôme cornéen par les doigts et particulièrement les os des phalanges  lors des frottements sont suffisamment intenses pour provoquer une rupture des jonctions reliant les fibres collagènes du stroma cornéen antérieur.
Le dôme cornéen peut être assimilé à une coque dont la géométrie à l’équilibre dépend de la différence entre la pression intraoculaire (exercée sur sa surface postérieure) et la pression atmosphérique. Au delà d’un certain seuil, les contraintes mécaniques (compression, cisaillement) véhiculées par les frottements sont responsables d’une fragilisation biomécanique, liée à la rupture de l’arrangement harmonieux des fibres collagènes, ce qui provoque une déformation irréversible de la cornée (ce mécanisme est analogue au « flambage » en résistance des matériaux).
Autrement dit, selon l’auteur de ce site, un enfant ou un adolescent qui ne se frotterait jamais les yeux ne risquerait pas d’avoir un kératocône. De cette conception étio-pathogénique découle une conséquence importante: l’éviction des frottements permettrait d’éradiquer la maladie, et l’arrêt des frottements de la stopper. Ma pratique clinique confirme le fait que l’arrêt de frottements permet de stopper l’évolution du kératocône.
Cette hypothèse est par ailleurs fondée sur de nombreuses observations cliniques et déductions effectuées lors du diagnostic et du suivi du kératocône. Certains patients, ne se frottant qu’un œil, développent un véritable kératocône unilatéral. Quand les patients atteints de kératocône arrêtent strictement de se frotter les yeux, le kératocône ne progresse plus (et ceci rend caduque la réalisation d’un cross-linking, dont l’efficacité objective est douteuse, même si la prescription de cette technique semble s’être généralisée de manière malheureusement très abusive).
Des patients ayant soudain développé l’habitude de se frotter les yeux (exposition à des poussières en milieu professionnel) ont par exemple développé un kératocône bilatéral en quelque mois ou années (2 à 3 ans en moyenne): l’œil où les frottements oculaires sont plus marqués et vigoureux présente en général une déformation plus importante.
La position de sommeil semble jouer un rôle déterminant dans la genèse de certains cas de kératocône. Le fait d’appuyer la tête sur un avant-bras ou un oreiller (en dormant sur le ventre ou sur le côté) pourrait favoriser l’envie de se frotter les yeux (ou l’oeil en cas d’appui prédominant d’un côté), en particulier au réveil. On observe que les patients qui dorment principalement du côté droit ont généralement un kératocône plus marqué de ce côté, et inversement. La compression chronique du globe oculaire, et/ou le contact avec la literie et les acariens, l’éversion ou la distension du rebord palpébral avec inocclusion,  sont autant de facteurs susceptibles de provoquer une inflammation chronique locale, un prurit, et provoquer des frottements répétés.
La maladie de Marfan est une affection bien documentée qui implique des mutations de gènes bien identifiées et une atteinte de la structure du collagène des fibres élastiques qui sont présentes dans les tissus oculaires dont la cornée. La maladie de Marfan constitue un modèle clinique de fragilisation de la paroi cornéenne. Or, cette maladie n’est pas responsable d’un tableau de kératocône, mais au contraire, d’un aplatissement de la cornée. Cet aplatissement est consécutif à la distension cornéenne qui survient de manière progressive et se répartit de manière homogène en regard de la paroi cornéenne, en en augmentant le rayon de courbure (réduction de la courbure).  A l’inverse, le kératocône est généralement marqué par une déformation asymétrique au sein de la cornée, focale, et asymétrique entre les deux yeux (un oeil – le plus frotté, est plus atteint que l’autre, le moins frotté).
Ainsi, selon l’auteur de ce site, le kératocône ne constitue pas une affection particulière mais un syndrome topographique consécutif à un traumatisme répété de la cornée.  Les frottements oculaires vigoureux et répétés dans le temps conduisent à une fragilisation du tissu cornéen, qui présente une moindre résistance, et se déforme sous l’action conjointe des stress mécaniques répétés, et de la pression intraoculaire qui exerce une force constante contre la surface postérieure de la cornée. La déformation du dôme cornéen s’apprécie et se quantifie au mieux avec la topographie cornéenne. Sans frottements ou stress mécanique, la cornée ne se déforme pas.
Aucune altération histopathologique, aucun mécanisme bio-moléculaire spécifiques n’ont d’ailleurs été retrouvés chez les patients et au sein des cornées atteintes de kératocône.
Les cornées les plus fines sont moins résistantes initialement, et plus sujettes à se déformer sous l’action d’un stress physique identique que des cornées plus épaisses. Ainsi, le kératocône est plus fréquemment associé à la présence d’une cornée dont l’épaisseur centrale est réduite. Il est également probable que les frottements répétés induisent un amincissement supplémentaire du stroma cornéen de part la distension progressive de celui-ci, et de l’induction de phénomènes inflammatoires secondaires susceptibles d’entraîner une altération secondaire de la matrice collagène (apoptose cellulaire)

Kératocône et topographie cornéenne

Le kératocône évolué se manifeste par une ectasie de la cornée qui est visible à la lampe à fente, et entraîne avec le temps une myopie, un astigmatisme prononcé souvent oblique ou inverse, et une diminution de l’acuité visuelle non complètement corrigible par les verres de lunettes. Il touche essentiellement des patients de moins de 40 ans.
Le diagnostic objectif du kératocône repose sur la topographie cornéenne.
comparaison topographie d'élévation et profil en photo d'une cornée atteinte de kératocône
Clichés du profil cornéen rapporté à l’image en topographie d’élévation (Orbscan) d’un patient atteint d’un kératocône bilatéral plus évolué à droite, où la déformation est perceptible de manière « macroscopique », et plus difficile à discerner du côté gauche (même si l’on devine une légère asymétrie du galbe cornéen)

 

Le kératocône affecte les deux yeux (les frottements sont souvent bilatéraux), mais souvent, il existe une différence de stade évolutif entre l’oeil droit et l’oeil gauche, en particulier quand le patient atteint de kératocône frotte plus un oeil que l’autre, ou encore qu’il dort plus systématiquement d’un côté que de l’autre (avec appui prolongé de l’oeil sur la main, le matelas, ou l’oreiller).
kératocone évolué asymétrique
Kératocône bilatéral plus marqué du côté gauche. le patient se frottait les yeux depuis plusieurs années, avec une technique particulièrement violente du côté gauche, en utilisant son index gauche comme « crochet pour mieux gratter et soulager l’oeil ». La cornée gauche présentait à l’examen biomicroscopique des opacités. Les opacités cornéennes caractérisent un stade très évolué du kératocône, et se rencontrent toujours chez des patients se frottant très vigoureusement les yeux. A gauche, la défomation cornéenne se voit à l’oeil nu. Les coupes Scheimpflug montrent également de manière éloquente la déformation cornéenne, majeure à gauche.

Stades et formes cliniques

Il existe plusieurs stades de kératocône, et différentes classifications existent pour les regrouper.
On distingue classiquement les formes dites cliniques et les formes dites infra-cliniques.
Les formes cliniques correspondent à un stade avancé de la maladie: la déformation cornéenne est visible à l’examen biomicroscopique, l’acuité visuelle corrigée en lunette peine à atteindre les 10/10 en raison d’un important astigmatisme irrégulier (induction d’aberrations de haut degré). La topographie cornéenne est caractéristique: amincissement marqué du mur cornéen, déformation asymétrique et irrégulière de la face antérieure de la cornée, élévation marquée de la face postérieure, etc.  Il est rare de faire le diagnostic à un stade clinique très évolué, car les troubles visuels caractérisés par un astigmatisme évolutif rapide mal corrigé en lunettes, d’accentuation rapide à l’adolescence, amène souvent à soulever le diagnostic de kératocône débutant (confirmé par la topographie cornéenne). Quand la déformation liée à la maladie atteint un stade très évolué, elle est visible à l’examen direct; le signe de Munson correspond à une déformation caractéristique du rebord palpébral dans le regard vers le bas:
Signe de Munson, kératocône
SIgne de Munson; ce patient, dont les topographies et coupes Scheimpflug sont représentées plus haut, se frottait vigoureusement et de manière quotidienne l’oeil gauche.
Les formes infracliniques se caractérisent par une découverte souvent fortuite, à l’occasion d’un bilan ophtalmologique (pour chirurgie réfractive, c’est à dire  avant une opération des yeux au laser pour corriger myopie et astigmatisme). Cette découverte est faite grâce à la réalisation d’une topographie cornéenne, qui doit être systématique dans ce contexte: elle montre des signes qui éveillent la suspicion vis à vis d’une forme débutante de kératocône. En fonction de ces anomalies, on pourra classer la cornée comme « suspecte de kératocône« , ou présentant une « forme fruste de kératocône » (- kératocône fruste). Les patients qui présentent une topographie « suspecte » sont souvent ceux qui se frottent les yeux régulièrement, parfois (souvent) à leur insu, et/ou dorment sur le côté ou sur le ventre. Les frottements n’ont toutefois pas encore été suffisamment intenses et ou prolongés pour entraîner une déformation plus importante, et on observe une légère irrégularité topographique, en deçà des seuils de détection.
L’hypothèse des frottements comme « sine qua non » pour la survenue de la déformation cornéenne explique l’existence de formes si différentes, en terme de stade évolutif, du kératocône lors de sa découverte;
Une certitude toutefois : quelque soit son stade et son caractère évolutif, le kératocône, même débutant représente une contre-indication absolue à la chirurgie par LASIK, car la réalisation de cette technique ne peut se faire que si la cornée présente une épaisseur et une régularité suffisante. La découpe d’un capot stromal et la photoablation sont à même d’affaiblir brutalement la résistance cornéenne déjà amoindrie par des frottements répétés, et la déformation peut alors s’accentuer par le franchissement du seuil de décompensation biomécanique.
De ce fait, il est crucial de dépister la présence d’une forme débutante de kératocône chez les patients demandeurs de chirurgie réfractive. Dans l’esprit de l’auteur de ce site, une forme débutante de kératocône correspond plus exactement à une déformation cornéenne modérée, induite par la répétition de frottements oculaires dont l’intensité et la durée ne sont pas suffisamment prononcées pour déclencher l’apparition d’une forme avérée, caractérisée par une déformation cornéenne plus sévère et source de troubles visuels non corrigibles en lunettes. Pour une même durée et une même intensité de frottements, une cornée plus épaisse et résistante pourra présenter une déformation moins marquée qu’une cornée fine et moins résistante.
  La réalisation d’un LASIK chez un patient atteint de kératocône fruste provoque une l’évolution de celui-ci vers une forme avérée, et l’on parle alors de kératocône iatrogène, ou encore d’ectasie induite par le LASIK. Un aspect de kératocône débutant traduit la présence d’un certain degré de fragilité biomécanique (d’origine mécanique: les frottements); le LASIK produit un affaiblissement supplémentaire qui peut accroître cette fragilité.
Le traitement fonctionnel du kératocône avéré vise la réhabilitation optique du patient et comprend les verres de lunettes, les verres de contact, l’insertion intra cornéenne de segments d’anneaux, la greffe de cornée (lamellaires profondes, transfixiante). La réalisation d’un « cross-linking » du collagène cornéen est la seule thérapeutique qui vise à freiner (voire stopper) l’évolution du kératocône. Elle fait encore l’objet d’évaluation afin d’en préciser l’efficacité réelle et l’absence de complications à long terme.

Épidémiologie du kératocône

La fréquence du kératocône donne lieu à de nombreuses estimations. Cette affection concernerait 1 personne sur 2 000. Sa prévalence est ainsi estimée à 50 cas pour 100 000 habitants mais avec des taux plus élevés chez les candidats à la chirurgie réfractive, qui consultent souvent pour une intolérance aux lentilles de contact et bénéficient de méthodes diagnostiques plus sensibles (topographie cornéenne).
S’il s’agit d’une maladie rare, le kératocône est toutefois désignée comme la « dystrophie « de cornée la plus fréquente dans la population générale.
Le kératocône touche indifféremment les deux sexes, mais une légère prédominance masculine est rapportée. Cette dystrophie est découverte à la puberté mais elle peut survenir à un âge beaucoup plus tardif (82% des cas débutent toutefois avant 40 ans).
Les frottements exercées par les sujets de sexe masculin sont généralement plus vigoureux et fréquents que ceux des sujets de sexe féminin; le maquillage des paupières représente un frein à la propension à se frotter les yeux. Les allergies se développent généralement dans l’enfance, à l’adolescence ou chez le jeune adulte. Ainsi, l’effet des frottements sur la topographie de la cornée apparait souvent à un âge relativement précoce, mais des formes tardives sont observées, toutes chez des patients ayant commencé à se frotter les yeux plus tard dans l’existence (exemple :changement de profession avec exposition brusque à des poussières ou des allergènes).
Des études longitudinales ont montré son caractère toujours ou presque bilatéral et asymétrique. Des taux de kératocône unilatéraux variant de 14,3% à 41% ont été rapportés lorsque le diagnostic était basé sur des critères cliniques. En utilisant des techniques de vidéotopographies numérisées, ces taux ont diminués à des valeurs comprises entre 0,5 à 4%. Mon expérience tend à suggérer l’existence de forme strictement unilatérales, chez des patients qui ne se frottent qu’un seul oeil, ce qui est relativement peu commun.
Le rôle croissant de la pollution et des allergènes pourrait expliquer l’augmentation de la fréquence de cette affection, par le biais d’une augmentation de la prévalence des allergies oculaires et des frottements associés.
Le rôle du travail sur écran mériterait également d’être étudié, car de nombreux patients atteints de kératocône se frottent les yeux en raison d’une sensation de « fatigue oculaire » après une séance de travail sur écran prolongée ou intensive.

Histologie du kératocône

Les modifications histologiques provoquée par le kératocône concernent toutes les couches tissulaires de la cornée, mais elles sont non spécifiques. La couche épithéliale est souvent amincie au centre de la cornée (voir plus bas), et il existe des ruptures localisées ou des irrégularités de la membrane basale. L’absence de spécificité de ces éléments, qu’un traumatisme régulier chronique comme les frottements pourrait à lui seul causer, invalident a priori la présence d’une dystrophie.
La couche de Bowman est également affectée par la maladie, avec parfois un contact direct du stroma cornéen et de la couche épithéliale. Au niveau de la couche stromale on retrouve une diminution du nombre de lamelles de collagène et une désorganisation spatiale, sans diminution d’épaisseur des lamelles elles-même, La densité des cellules kératocytaires diminue en particulier dans le stroma antérieur en regard de la membrane de Bowman ainsi que dans les 2/3 postérieurs du stroma.
Cet aspect histologique est tout à fait compatible avec ce que produirait un stress mécanique répété comme celui que provoquent les frottements oculaires répétés.
Les nerfs cornéens présentent une augmentation de diamètre avec des kératocytes associés à leur périphérie.
Ces changements sont essentiellement dus à un dysfonctionnement des enzymes qui règlent le maintien et le renouvellement des cellules cornéennes. Ainsi nous trouvons dans le stroma, une augmentation des enzymes qui dégradent le tissu et une diminution des enzymes qui freinent l’apoptose. L’apoptose est la mort des cellules génétiquement programmée. Par conséquent, il en résulte une perte de tissu et un amincissement de la cornée. Des expériences cliniques ont montré que le simple fait de se frotter les yeux induit une élévation de molécules pro-inflammatoires au sein des larmes.
En outre, les cornées atteintes de kératocône présentent une réduction des enzymes rendant inactifs les déchets nuisibles provoqués par les radicaux libres. Cela entraîne une progression de l’apoptose dans le stroma, qui mène à une détérioration du tissu cornéen et à la formation de cicatrices dans la zone de l’ectasie.
Dans les formes les plus avancées, avec amincissement majeur, la membrane de Descemet (à la face postérieure de la cornée) présente des lignes de rupture localisée et des plis sans réelle différence de composition des différents constituants protéiques par rapport à des cornées normales. La couche de cellules endothéliale présente des anomalies de forme et de densité qui pourrait être liées aux ruptures localisées de la membrane de Descemet.

Kératocône : Origines et théories

Selon l’hypothèse d’un rôle prépondérant (nécessaire et suffisant) des frottements oculaires répétés*, éventuellement accentué par l’existence d’une compression nocturne chronique (appui de l’oeil sur l’oreiller, possiblement source d’une irritation chronique elle-même source de prurit), la survenue du kératocône serait ainsi dépendante d’un terrain génétique qui ne serait pas univoque, mais correspondrait à induire un phénotype de cornée plus « fragile » (cornée plus « molle », plus « fine »), et donc plus prompte à se déformer sous un stress mécanique (ex: les frottements). La prédisposition génétique à un déséquilibre immunitaire conduisant aux allergies pourrait jouer un rôle confondant, mais favorisant les frottements digitaux répétés des globes oculaires et donc le kératocône.
La vidéo suivante représente un exemple caricatural de frottements oculaires susceptible de provoquer l’apparition d’un kératocône:

 L’image suivante correspond à l’examen topographique Pentacam de l’œil droit de cette patiente, qui s’est frotté les yeux dans l’enfance, jusqu’à l’âge adulte, et qui présente un kératocône bilatéral très évolué.
kératocone et amincissement, carte Pentacam Overview
Cette carte est obtenue grâce à un balayage par caméra Sheimpflug, dont une des images est représentée en haut. Cette coupe optique du segment antérieur révèle la déformation du galbe cornéen et l’amincissement central. En bas à droite, la carte de courbure sagittale montre une cambrure très accentue au centre, avec réduction périphérique rapide.

Les conséquences de frottements oculaires répétés associent:

  • – amincissement épithélial
  • – augmentation de la température locale
  • – augmentation de médiateurs pro inflammatoires dans les larmes
  • – élévation brutale de la pression intraoculaire
  • – redistribution de la matrice extracellulaire
  • – contraintes en torsion et compression des fibres collagènes du stroma cornéen
  • – déplacement des fibres collagènes
  • – lésions cellulaires (apoptose des kératocytes) liées à des modifications de pression mécanique et hydrostatique

Tous ces mécanismes peuvent concourir à la décompensation biomécanique du dôme cornéen et entrainer une déformation irrégulière de celui-ci sous l’effet de la pression intra-oculaire.

Le kératocône est confirmé par la réalisation de la topographie cornéenne. La constatation de certaines déformations mineures évocatrices comme une zone de cambrure marquée en inférieur est souvent associée à l’existence d’une position de sommeil particulière, provoquant un appui et une compression prolongée de l’une ou des deux cornées.
Voici deux exemples caractéristiques d’association entre déformation asymétrique de la cornée (et beaucoup plus marquée d’un côté que de l’autre):
pillow hugging
Patient présentant une baisse d’acuité visuelle de l’oeil droit. La topographie spéculaire révèle la présence d’une hypercambrure temporale inféro externe de la cornée de l’oeil droit. Le patient, interrogé sur sa position favorite pour dormir, signale qu’il enfouit sa tête dans l’oreiller, en « appuyant » avec les mains sous son oeil droit.
pillow hugging
Comme dans l’exemple précédent, ce patient mime sa position de sommeil qu’il pense être systématique: la tête est enfouie dans l’oreiller, avec appui ressenti sur l’oeil droit. La topographie axiale cornéenne de l’oeil droit présente une hypercambrure inférieure. Ce patient se frottait (à son insu, il n’en avait pas conscience jusqu’à la première consultation) les yeux, avec une prédilection pour l’oeil droit.

 

Pour la plupart des autres auteurs les causes et le mécanisme exact d’apparition du kératocône demeurent inconnus et  à élucider. Les frottements et la compression ne sont que des facteurs de risque associés, et ne seraient pas forcément nécessaires à la survenue de la maladie (ce que réfute l’auteur de ce site).
Ainsi, une origine génétique supposé du kératocône a été suggérée à partir du résultat de certaines études épidémiologiques. L’étude des arbres généalogiques a fait envisager plusieurs modes de transmission possibles. Le mode de transmission autosomique dominant à pénétrance variable serait le plus probable. Des probabilités de l’ordre de 10% pour développer la maladie ont été accordées à un sujet lorsque l’un des deux parents est porteur d’un kératocône. A ce jour aucune étude n’a permis de dégager un typage particulier à cette pathologie.
Des cas avec transmissions de type autosomique dominant ou récessifs ont été décrits, mais on ne retrouve des antécédents familiaux que dans 6 à 24% des cas.
Quelques loci et gènes ont par ailleurs été retrouvés dans le cadre d’études familiales.
Néanmoins, il est difficile, devant une atteinte familiale, de faire la part entre l’hérédité et l’action de facteurs de risques communs sur les membres d’une même famille. Les facteurs génétiques dégagés par certaines études pourraient être indirectement lié au kératocône (ex: susceptibilité à développer des allergies, dont l’expression oculaire conduit à des frottements oculaires).
Certains cas de récidive du kératocône sur des patients ayant bénéficié d’une kératoplastie transfixiante suggéreraient (sans démontrer) un processus actif avec une re-prolifération de kératocytes anormaux par la périphérie de la cornée. Ces récidives pourraient également correspondre à la greffe d’une cornée provenant d’un donneur lui même atteint d’une forme débutante ou méconnue de kératocône, ou encore une mauvaise interprétation de la topographie cornéenne effectuée en postopératoire. Toute zone de cambrure accentuée sur un greffon ne doit pas s’interpréter comme une récidive de kératocône mais plutôt un astigmatisme irrégulier lié aux tractions exercées par les fils de sutures.
L’auteur de ce site considère au contraire que le kératocône est provoqué et entretenu par les frottements oculaires ou tout autre stress mécanique de la cornée, et qu’en l’absence de ceux-ci, il n’est possible de développer cette affection.
Quand les patients cessent strictement de se frotter les yeux, on observe la stabilisation de l’affection, qui est objectivée sur les cartes de topographie cornéenne.
Absence de progression du kératocône de l'oeil droit : comparaison de cartes topographiques (OPDscan III)
Absence de progression du kératocône de l’oeil droit : comparaison de cartes topographiques (OPDscan III) réalisées à 6 mois d’intervalle. Lors de la découverte du kératocône, le patient a été informé de la nécessité de ne plus se frotter les yeux. La cessation totale de cette habitude a permis de stopper l’évolution du kératocône débutant.
Absence de progression du kératocône de l'oeil droit : comparaison de cartes topographiques (OPDscan III)
Absence de progression du kératocône de l’oeil gauche: comparaison de cartes topographiques (OPDscan III), qui révèlent également l’absence de progression du kératocône, après la cessation des frottements oculaires.

Architectonique cornéenne

Le kératocône se traduit par un déséquilibre architectural global qui altère les résistances biomécaniques de la cornée. La cornée est un tissu biologique très transparent. Cette transparence est liée en partie à l’agencement régulier et l’entrelacement de lamelles de collagènes,
De nombreuses études révèlent une activité enzymatique globalement augmentée ayant pour conséquence une altération architecturale du collagène, et de l’arrangement orthogonal des lamelles entre elles. Le diamètre des fibres de collagène est altéré avec une diminution de l’espace interfibrillaire. Les études histologiques ont également rapporté une nette diminution de la densité cellulaire intrastromale dans le kératocône. La proportion des différents constituants de la matrice extracellulaire semble également modifiée.
Ainsi, l’organisation des lamelles de collagène est profondément altérée dans les cornées kératoconiques et une diminution de leur entrelacement a été démontrée. De plus leur orientation préférentielle dans le stroma postérieur est plus oblique et moins régulière, ce qui modifie également les propriétés biomécaniques de ces cornées.
Cette désorganisation pourrait être provoquée par la répétition de mouvements répétés, dont l’énergie est suffisante, à l’échelle de la cornée, pour en perturber l’agencement harmonieux.
L’épithélium, qui est une couche cellulaire stratifiée (plusieurs couches de cellules épithéliales, dont les plus superficielles sont les plus aplaties), contribue à limiter la déformation du galbe cornéen antérieur. Ceci est particulièrement évident en cas de kératocône évolué, comme illustré ici:
OCT haute résolution kératocone, epithélium vs stroma
Cartes obtenues par une mesure OCT (coupe verticale en haut, verticale en bas). La déformation du galbe cornéen est très prononcée. La déformation du profil antérieur de la cornée est en partie atténuée par l’épithélium cornéen, dont l’épaisseur est modulée de manière à limiter les variations de courbures du stroma antérieur sous-jacent.

Malgré le caractère global de la déformation du dôme cornéen, la face antérieure de la cornée présente généralement un aspect « moins tourmenté » que sa face postérieure:

imagerie HR profil cornéen
Le re-lissage de la couche épithéliale superficielle est bien mis en évidence sur cette coupe en imagerie haute résolution. La face postérieure présente une déformation qui, en l »absence d’une couche cellulaire aux propriétés « plastiques », ne peut être atténué. L’épithélium cornéen est une couche pluri-stratifiée dont la plasticité, sous l’influence des milliers de clignements quotidiens, permet un lissage global de la face antérieure de la cornée (flèche orange), alors que la face postérieure présente souvent en regard des variations plus marquées de sa courbure (flèches bleues). L’épithélium a la possibilité de s’épaissir, ou s’amincir (flèche verte) en regard du sommet cornéen.

 

 

Kératocône et facteurs généraux

La littérature médicale permet de retrouver des associations entre kératocône et affections générales:

– L’atopie (allergie)

Il se trouve que beaucoup de patients souffrant de kératocône ont une prédisposition aux allergies, et développent souvent un eczéma, une conjonctivite allergique et/ou une rhinite printanière. En effet, la présence d’un terrain atopique est retrouvée pour près de 50% des cas, alors que sa fréquence en est seulement de 10% dans la population générale . Ces données suggèrent qu’il existerait une relation entre le kératocône et un dérèglement du système immunitaire. En pratique, il est évident qu’un terrain atopique favorise les sensations de prurit oculaire et les frottements oculaires digitaux répétés: ces frottements sont, dans l’opinion de l’auteur de ce site, un élément nécessaire à l’apparition de la maladie.

– Les hormones

L’apparition du kératocône est souvent notée aux alentours de la puberté, ce qui soulève l’hypothèse (non démontrée) que certaines hormones ou un dérèglement du système endocrinien [6] soient en cause [5]. En réalité, l’existence de frottements oculaires répétés dès la petite enfance pourrait expliquer l’apparition de la maladie à cette période de la vie. Le kératocône peut également apparaître plus tard dans la vie. L’hypothèse d’un dérèglement hormonal est donc peu plausible.

– Les maladies générales

Le kératocône serait plus fréquemment rencontré chez des personnes ayant une autre maladie génétique ou ophtalmologique, telle que la trisomie 21, la rétinite pigmentaire, l’amaurose congénitale de Leber, la maladie d’Ehler-Danlos, l’osteogenesis imperfectum, le syndrome oculo-digital, le syndrome d’Appert, la dystocie cranio-faciale de Crouzon, le prolapsus de la valve mitrale…
Dans ces formes associées, une anomalie du collagène ou des protéoglycanes est certainement à l’origine des signes oculaires et généraux. Les frottements oculaires incoercibles sont souvent notés chez les patients atteints de trisomie 21 (syndrome de Down).

– Facteurs mécaniques et irritatifs

Les antécédents de frottements oculaires répétés sont fréquemment signalés dans la littérature à propos de sujets atteints de kératocône. La prévalence de ces frottements oculaires est évaluée entre 66 et 73%. Cette notion est particulièrement retrouvée associée au terrain atopique, et à la trisomie 21 (frottements compulsifs). Une étude a montré que la déformation de la cornée tendait à être plus accentuée du côté de la main dominante. De fait, le frottement des yeux doit être proscrit, en particulier pour les formes débutantes de la maladie, pour en enrayer la progression. La compression prolongée de l’oeil au cours du sommeil (patients dormant la tête dans l’oreiller, sur le côté, sur le ventre) est également fréquemment retrouvée chez les patients atteints de kératocône. L’œdème cornéen nocturne rend certainement la cornée plus fragile à un stress mécanique comme les frottements.
Les patients qui dorment sur le même côté, ou qui alternent mais s’appuient contre un oreiller au niveau des tempes ou des joues présentent parfois des aspects évocateurs de kératocône débutant (cambrure marquée en inférieur sur la topographie cornéenne). Un mécanisme de compression répétée (pression sur l’oreiller, etc.) pourrait engendrer cette déformation qui aboutit un pattern topographique évocateur de kératocône, mais caractérisé par un plus faible amincissement central que les formes liées aux frottements oculaires digitaux.
Arrêter de se frotter les yeux est le meilleur moyen de ralentir voir stopper l’évolution d’un kératocône.
Cette attitude est certainement au moins aussi efficace que le cross linking, dont les résultats, malgré l’engouement pour cette technique, sont en pratique décevants et incertains. Les méta analyses récentes (Cochrane library, ou HAS) concluent à l’absence d’efficacité démontrée du CXL pour la prise en charge efficace du kératocône.
Certains patients atteints de kératocône n’ont pas conscience de se frotter les yeux de manière quotidienne ou plus répétée; il est crucial d’interroger leur entourage, et d’amener ces patients à se rendre compte qu’ils se frottent les yeux plus qu’ils ne le croient, notamment après avoir retiré leurs lentilles, avant de dormir, au réveil, en faisant des pauses devant l’ordinateur, etc. Les frottements sont souvent effectués au réveil, ou au moment de l’endormissement.
Selon l’auteur de ce site, le cross linking n’a pas de véritable intérêt thérapeutique, car il ne modifie pas les propriétés biomécaniques de la cornée, et que l’arrêt de frottements oculaires suffit à stopper l’évolution de la maladie.

Correction de la vision et kératocône

Les lentilles de contact rigides (lentilles rigides permeables à l’oxygène, lentilles à appui scléral) offrent la meilleure correction visuelle pour les patients atteints de kératocône. Il est malheureusement fréquent de constater un certain interventionnisme chez des patients qui pourraient bénéficier en premier lieu d’une correction en lentilles. Les résultats obtenus par la pose d’anneaux intracornéens sont inconstants, et les anneaux compliquent l’adaptation des lentilles rigides qui demeurent souvent nécessaires. Le crosslinking n’a pas d’effet bénéfique sur la vision.

lentille rigide et kératocône en OCT haute résolution Zeiss Cirrus

Coupe en OCT haute résolution (Zeiss Cirrus) d’une cornée atteinte de kératocône. La lentille permet de « resurfacer » la surface de la cornée et d’absorber les irrégularités optiques à l’origine de l’astigmatisme régulier et irrégulier. Noter l’épaississement de la couche épithéliale en regard de la zone d’amincissement stromal qui correspond à la zone initialement traumatisée par des frottements oculaires répétés (patient très allergique s’étant frotté les yeux pendant quelques années avant l’apparition du kératocône).

Kératocône ou corneal warpage ?

En préopératoire, le principal intérêt de la topographie cornéenne est de dépister un kératocône infraclinique qui constitue l’une des principales contre-indications au LASIK. Le diagnostic différentiel le plus rencontré du kératocône est le corneal warpage.
En effet, cette déformation de la cornée est due à une mauvaise adaptation en lentilles de contact et beaucoup de patients intéressés par la chirurgie réfractive en sont porteurs. Le corneal warpage est en effet une déformation réversible induite par le port chronique de lentilles de contact.
Cette déformation est similaire dans son principe de survenue à celle que provoque la compression de l’oeil par l’oreiller ou la main pendant le sommeil! Mais la compression par la lentille rigide s’exerce plutôt sur le centre du dôme cornéen et provoque un aplatissement typiquement paracentral inférieur.
Dans la majorité des cas il est dû à un décentrement modéré de la lentille et d’un appui asymétrique de la situation. Le diagnostic différentiel entre corneal warpage et kératocône infraclinique se pose fréquemment chez les personnes demandeuses de chirurgie réfractive car elles sont souvent porteuses de lentilles de contact.
La ressemblance entre le kératocône infraclinique et le corneal warpage se constate sur les images topographiques. Il est donc demandé au patient de retirer ses lentilles avant la réalisation de toute topographie cornéenne. La durée suffisante de ce retrait dépend du type de lentilles : 2-3 jours pour les lentilles souples hydrophiles et jusqu’à 30 jours pour les lentilles rigides. Une image topographique anormale chez un porteur de lentilles qui ne s’améliore pas malgré l’arrêt du port doit faire éliminer la présence d’un kératocône frustre.
En revanche, aucune étude n’a montré le rôle des lentilles rigides dans l’apparition ou l’aggravation du kératocône. Les lentilles ne semblent pas non plus ralentir l’évolution du kératocône.

Conclusion

Même si cette hypothèse est surprenante, le kératocône n’est peut-être pas une dystrophie, mais une affection d’origine mécanique (comme une entorse), liée à a répétition d’un stress mécanique répété (frottements). Cette explication a le mérite de la simplicité et est compatible avec l’ensemble des données publiées dans la littérature médicale. Il est crucial d’expliquer aux patients atteints et à risques (allergiques, travailleurs de nuit, sur écran, etc.) de ne pas/plus se frotter les yeux. Cette simple prescription a le potentiel d’éradiquer cette maladie, et d’en stopper la progression.

25 réponses à “Kératocône”

  1. M S dit :

    Avec l’accord de ma fille, je me permets de vous contacter à son sujet. Agée de 31 ans, elle a consulté récemment un ophtalmologue suite à un ressenti de fatigue oculaire. Le diagnostic préalable a été « astigmatie sévère » puis a été remplacé brutalement par « maladie des yeux : kératocône ». Devant l’inquiétude de ma fille sur la perte de la vue, le médecin a adouci le trait en disant qu’il n’y avait rien de grave : au mieux elle aurait des lunettes, au pire une chirurgie. La spécialiste rencontrée lui propose un cross linking, sans expliquer la maladie et son évolution et sans expliquer pourquoi une solution alternative telle que lunettes ou lentilles ne peut être envisagée. Ma fille refuse cette méthode.

    Elle est consciente que sa vue puisse diminuer et est parfois gênée par la lumière trop vive mais elle reste surprise d’entendre que des lunettes ne serviraient à rien alors qu’à ce jour, elle lit de très petits caractères. Elle admet avoir besoin et est prête à porter des lunettes ou lentilles bien qu’elle pense ne pas avoir assez de larmes pour supporter ces dernières.
    Pour information, ma fille avait consulté un ophtalmogue à 18 ans pour des raisons de migraines ophtalmiques ; celui-ci n’avait rien diagnostiqué de tel et avait juste préconisé des sessions d’orthoptie. Une fois les séances faites, ma fille n’a plus ressenti de fatigue oculaire jusqu’à récemment.

    La lecture de vos articles concernant le cross linking et le kératocône apporte des réponses et confirme l’inquiétude sur cette technique trop souvent proposée dès la première consultation.
    Je découvre que le kératocône est souvent provoqué par les frottements oculaires et répétés des yeux, pratique exercée depuis de nombreuses années par ma fille. Elle manque également de larmes (sécheresse oculaire) qu’elle compense par des gouttes. Suite à cette annonce, elle ne se frotte plus les yeux car souhaite stopper l’évolution du kératocône.

  2. Dr Damien Gatinel dit :

    Je préconiserais le port de lentilles ou de lunettes effectivement. Le kératocône est à un stade avéré mais a priori un équipement en lentilles rigides devrait permettre de remonter l’acuité visuelle corrigée à un niveau satisfaisant.
    Il est bien entendu crucial de cesser tout frottement oculaire. Si cette préconisation est respectée, le kératocône ne devrait plus évoluer. Une greffe ne me parait pas devoir être envisagée dans le futur.

  3. M.T dit :

    Dans un premier je tenais à vous remercié pour toutes les informations que vous donnez sur le Kératocône, cela m’a permis de rassurer certaine craintes.
    J’aurais aimez savoir si les sports de combat type boxe peuvent être pratiqués lorsque nous somme atteints du Kératocône ?

    Cordialement,

  4. Dr Damien Gatinel dit :

    La pratique de la boxe et des sports de combats est possible en cas de kératocône; il convient comme toujours de protéger les yeux contre les coups portés en direct.

  5. Emilie dit :

    Bonjour
    Mon fils a la maladie « kératocône », il a eu une greffe les deux yeux depuis 7 ans. Il a de déficit visuelle. Il ne supporte pas de lentilles, puisque à chaque fois qu’il met de lentilles, ça lui gratte beaucoup les yeux, ils sont rouges. C’est la raison qu’il ne met rarement de lentilles.
    Depuis quelques temps, il ne voit de moins en moins bien et gratte beaucoup les yeux.
    J’aimerais savoir quels sont les gestes à éviter pour minimiser les risques de déficit visuelle de plus en plus grave ?
    S’il existe de médicament ou traitement pour nettoyer ses yeux ou éviter de les gratter?
    Qu’est ce qu’il faut faire et ce qu’il faut pas faire ou il n’y a pas de solutions vu la gravité de ses yeux. (j’incite qu’on voit très biens les traits blanc sur ses yeux après opérations les deux yeux)
    Est ce que cette maladie est transmissible à ses enfants ?
    Est ce qu’il doit éviter ou pas forcer sur la musculation car il en fait beaucoup

    Je vous remercie pour votre réponse

  6. Dr Damien Gatinel dit :

    Il est très important que votre fils ne se frotte plus les yeux, sous peine d’induire une récidive du kératocône. Si les frottements sont liés à une allergie, il faut tenter une désensibilisation et traiter les symptômes de l’allergie par des collyres (anti histaminiques) ou des traitements per os. Plutôt que de frotter quand les yeux sont irrités, il est préférable de bien les rincer avec du sérum physiologique. La pratique de la musculation est possible. Concernant la transmission du kératocône, il est classique de considérer cette maladie comme génétique, car on observe parfois la présence d’un kératocône chez plusieurs membres d’une fratrie, chez l’un des parents biologique, etc. Toutefois, le mode de transmission n’est pas clair et il n’y a pas de gène spécifiquement identifié pour le kératocône. Il est en revanche probable que certains traits génétiques prédisposent à avoir un terrain atopique, des cornées plus ou moins épaisses et résistantes… et que la pratique de frottements oculaires induise plus vite un kératocône chez certains sujets que chez d’autres. De mon point de vue, l’absence de frottements oculaires (ou de l’application répétée de contraintes mécaniques sur la cornée) devrait à elle seule suffire à éradiquer le kératocône. Même si l’on est en droit de douter de cette assertion tant les traités définissent classiquement le kératocône comme une dystrophie cornéenne dont l’origine est inconnue, il est admis que les frottements oculaires répétés accentuent la déformation cornéenne et accélèrent l’évolution de la maladie (de mon point de vue, les frottenents sont LA cause de ce qu’on appelle le kératocône et leur intensité et fréquence en conditionnent l’évolution)

  7. Alex dit :

    bonjour je suis atteint de keratocone depuis 6 ans. On m’a proposé un crosslinking mais depuis que j’ai lu votre site très bien fait je ne me frotte plus les yeux ce que je faisais depuis l’enfance (J’ai 29 ans). Mon keratocone n’évolue plus d’après un autre Opthalmo qui a donné des lentilles rigides. Je vois mieux qu’en lunettes mais est ce que le port des lentilles dures est mauvais en cas de keratocone pour la cornée? Merci

  8. ZIANI dit :

    Bonjour Docteur,
    Je suis expatrié, ma acuité visuel s’est détérioré en quelques temps. Je suis allé faire des examens, on m’a diagnostiqué un kératocône. Pour le moment seul mon œil droit est atteint, on m’a parlé d’un kératocône frustre à gauche. Je redoute le pire, j’ai toujours une bonne vue, ancien sportif de haut niveau, vie saine. Je ne sais pas trop comment m’y prendre.
    Suis-je condamné à moins bien voir ?

  9. Dr Damien Gatinel dit :

    Dans un premier temps il convient de confirmer le diagnostic de kératocône. Celui-ci peut parfois être porté par excès, en fonction de la carte topographique réalisée, et des critères utilisés pour le diagnostic. S’il s’agit d’un kératocône, il s’agit de mon point de vue des conséquences d’un traumatisme répété de cos cornées, qui doit être plus fréquent et prononcé du côté le plus atteint; les frottements oculaires répétés sont bien sûr le mécanisme le plus souvent retrouvé. Plus le kératocône apparaît tard au cours de l’existence, et plus son évolution est réputée lente. Il s’agit certainement d’un biais d’appréciation; quand le kératocône apparait tard (ex: après 30 ans), c’est qu’il découle d’un processus lui même d’évolution lente, et qui mène donc plus tardivement à l’éclosion de la maladie. Vous n’avez donc pas forcément à redouter le pire. Ne vous frottez plus les yeux, et faites une autre topographie cornéenne dans quelques mois.

  10. Dr Damien Gatinel dit :

    Le port de lentilles rigides bien adaptée n’est absolument pas un risque concernant l’évolution de votre kératocône. La pression exercée par les paupières et transmise à la cornée par la lentille rigide est de plusieurs ordres de magnitude inférieure à celle des doigts ou phalanges lors des frottements oculaires. L’amélioration significative de votre vision grâce aux lentilles est liée au fait que leur géométrie permet de rendre un galbe plus harmonieux à la surface de l’oeil, ce qui permet de réduire considérablement les aberrations optiques qu’inflige, seul, le kératocône.

  11. Gaouar dit :

    Bonjour,

    J’ai 26 ans et on viens de me diagnostiquer un kératocone DPM évolutif d’après le spécialiste.
    Un astigmatisme qui a évolué les derniers mois/années.
    Je porte actuellement des lunettes ainsi que des lentilles souples pour le sport 4 fois semaines.
    Je me frotte régulièrement les yeux. (Fatigue, lentilles, poussière, réveil )
    Le chirurgien me propose une opération très rapide via le crosslinking .. Je suis assez méfiant concernant cette technique et surtout l’aspect urgent de l’opération.
    Que me conseillez vous ?
    Merci

  12. Dr Damien Gatinel dit :

    Si vous lisez les pages conacrées au kératocône et au crosslinking de ce site, vous pourrez deviner ma réponse à vos interrogations. Premièrement, le kératocône a été provoqué dans votre cas et dans (à mon avis) tous les autres cas par les frottements oculaires. Son évolution, qui doit être jugée sur la réalisation de topographies espacées dans le temps, et dont les différences doivent être significatives, est également liée à la poursuite de ces frottements.
    De cette assertion découle une conclusion limpide: si vous cessez strictement de vous frotter les yeux, votre kératocône n’aura plus de raison d’évoluer. De mon point de vue (nourri par la pratique et l’observation et suivi de dizaines de cas de kératocône), le kératocône n’est pas une dystrophie cornéenne dont l’apparition découle d’un terrain génétique favorable et de certains facteurs environnementaux. Son origine est beaucoup plus simple: il est le fruit d’une fragilisation biomécanique de la cornée acquise et directement provoquée par les frottements oculaires répétés, qui provoquent un étirement progressif et une désorganisation des lamelles collagènes de la cornée.

    Il n’y a jamais d’urgence à réaliser un CXL car même si l’on croit à l’efficacité de cette technique (non prouvée par les méta analyses sérieuses), il faut réaliser au moins deux topographies à quelques semaines d’intervalle prouvant une progression de l’affection pour poser l’indication de CXL. Si le KC n’évolue pas, pourquoi réaliser une technique consistant à réaliser un stress oxydatif intense destiné à induire d’hypothétiques liaisons covalentes au sein du tissu cornéen? Les modifications apportées par le CXL sont modestes et liées à la cicatrisation de la surface cornéenne, pas à une réelle solidification de celle-ci.

  13. Chender Djamel dit :

    Est ce qu’on peut pratiquer la musculation quand on est au stade 3 du kératocône?

  14. Dr Damien Gatinel dit :

    Il n’y a pas de contre indication pour la musculation, ou toute autre activité sportive tant que celle-ci ne vous conduit pas à vous faire vous frotter les yeux. Gares donc aux poussières, ou à la sueur qui coulerait dans les yeux.

  15. lerat marion dit :

    Bonjour,
    Je suis greffée de la cornée depuis 16 ans pour l ‘ oeil droit et 15 ans pour l ‘ oeil gauche ,effectivement d ‘ aussi longtemps que je me souvienne je me frottais très souvent les yeux,ma vue a dégringolé en un an et demi et suis passée de 10/10 à 1 et 2/10ème en un an et demi ,j’avais 17 ans,je me renseigne depuis qqs temps sur les lentilles sclérales et il semblerait que les lentilles sur greffons réduisent leur durée de »vie ». (Actuellement je porte des lunettes mais ne suis pas à 10,un essai de lentilles sclérales m ‘ a redonné goût à bien mieux voir ),qu’ en pensez-vous?avez vous déjà réalisé des études sur cette question?
    Par ailleurs je suis en contact avec des keratoconiens sur fb,qui ont leur source auprès d’ ophtalmos et pour le CXL (crosslinkin) effectivement l’ efficacité est loin d ‘ être prouvée.
    En vous remerciant.
    Marion

  16. Dr Damien Gatinel dit :

    Le port de lentille sclérale est possible en cas de greffe de cornée, sans réduire la durée de vie des greffons, et l’amélioration attendue pour votre vision est a priori substantielle.

  17. Laurent dit :

    Bonjour,

    Je suis atteint de kératocône sur l’œil gauche depuis plus de 20 ans (j’en ai 34 actuellement), il est vrai que je me suis beaucoup frotté les yeux dans ma vie étant allergique au pollen et aux acariens donc l’hypothèse que vous avancez ne me paraît pas absurde.
    Sur l’œil droit je n’ai qu’une myopie (bien que lui aussi ait eu droit à sa dose de frottements) et je pensais à me faire opérer au laser mais je ne suis pas sûr que ça soit une bonne idée, cela ne risquerait-il pas de fragiliser la cornée de mon œil droit ?

    Vous remerciant par avance de votre retour.

    Cordialement,

    Laurent

  18. Dr Damien Gatinel dit :

    Je vous remercie de votre question, et de ne pas trouver absurde l’idée que la déformation cornéenne observée au cours du kératocône soit la conséquence directe des frottements oculaires. A dire vrai, il est de mon point de vue absurde de prétendre que la cornée puisse se déformer sans l’action d’une force mécanique externe (les frottements), alors que l’on a jamais mis en évidence de mécanisme biochimique, de mutation responsable d’une anomalie protéique ou autre. Ceci a son importance, car dans votre cas, si l’oeil droit est indemne de kératocône (absence de déformation ou déformation minime), et que vous avez cessé de vous frotter les yeux, alors il n’est pas incongru de mon point de vue de vous proposer une technique de correction de la myopie, plutôt en PKR. Si vous avez frotté les yeux dans le passé, vous avez peut être fragilisé la cornée du côté droit, donc il me parait préférable d’opter pour une technique de laser de surface (PKR), si toutefois celle-ci est possible – et un bilan topographique avec mesure de votre correction à délivrer pourra peut être confirmer ceci.

  19. Michèle dit :

    Est-ce que la cornée qui est un tissus, peut se régénérer si la déformation n’est pas trop importante et que je ne me frotte plus les yeux ?

  20. Dr Damien Gatinel dit :

    L’arrêt des frottements interrompt le mécanisme à l’origine de la déformation cornéenne, mais malheureusement celle-ci est définitive. Parfois, on observe cependant une petite amélioration quelques semaines après l’arrêt des frottements, probablement grâce à un léger remodelage épithélial.

  21. jessie dit :

    Bonjour Docteur Gatinel , j’ai besoin de vos réponses. Votra assistant Docteur Saad m’a diagnostiqué un début de kératocone il y a deux mois et prescrit une adaptation aux lentilles rigides avec le docteur VAYR. Etant de Rouen , je l’ai faite hier à Rouen. Seulement voila on me dit que mes yeux ne les supportent pas après 3 modèles différents et on me laisse repartir sans rien me dire. Je dois alors laisser ma vue baisser comme ça sans rien pouvoir faire pour me soulager ? J’avais l’impression de les supporter comment peut on voir que mes yeux eux non ? Je pensais qu’il y avait forcément un modèle de lentilles nous correspondant ? Je pensais aller voir le docteur VAYR pour un deuxieme avis mais j’ai peur d’avoir la même réponse. Que dois je faire pour soulager ma vue floue sachant que mes lunettes ne me corrigent presque plus ? Merci d’avance
    Cordialement
    Jessie 25 ans.

  22. Jérôme prieto dit :

    Bonjour et merci pour ce forum
    J’ai 42 ans et ai subi une pose d’anneaux sur l’oeil droit en 2001 me permettant de retrouver une vue correcte 7/10ième.
    Aujourd’hui mon oeil semble faire un rejet, nécessitant un retrait.
    Quelles solutions se proposent à moi pour retrouver une vue correcte. Puis-je envisager de nouvelles lentilles. Les derniers tests en 2000, n’avaient pas été concluant me provoquant de fortes irritations.
    Y a t’il eu des évolutions à ce sujet ?
    Je vous remercie par avance pour votre réponse

  23. Dr Damien Gatinel dit :

    Si les anneaux sont mal tolérés localement, il est effectivement indiqué de les retirer. Il est indiqué de réévaluer l’intérêt d’une nouvelle adaptation contactologique, car des progrès ont été accomplis dans le domaine des lentilles destinées à la réhabilitation visuelle des patients atteints de kératocône.

  24. Louis dit :

    Bonjour
    Mon ophtalmologiste m’a parler d’un keratocone. Il n’est pas sur de lui et était en retard dans ces rdv et donc ne pas plus expliqué. Il a fait un courrier pour un specialiste en indiquant qu il n y avait pas d opacités de la cornée et les fonds oeils sont normaux mais un aspect de KC et mon acuité visuelle est corrigée à 6/10 au max pour les deux yeux.
    Il m’a quand meme prescrit des lunettes.
    OG -3,50 (-4,50 à10°)
    OD -4,75(-5,00 à 163°)
    C est la premiere fois que je change de lunette en 3 ans.
    J’ai 31 ans et j’ai peur au vu des messages et remoignages que j’ai pu lire.
    Est ce vraiment un Keratocone?? Peut il evolué rapidemnet à mon age ??
    Merci de votre rèponse

  25. Dr Damien Gatinel dit :

    Le diagnostic du kératocône repose sur la réalisation d’une topographie cornéenne. Cet examen permet d’apprécier la forme de la cornée, son épaisseur, et sa régularité. Le kératocône est caractérisé par une déformation de la cornée, qui peut donner (ou augmenter) la myopie, et l’astigmatisme. Sans topographie, il est difficile d’affirmer qu’il existe un kératocône, même si le contexte clinique peut être évocateur. De mon point de vue, le mécanisme de la déformation de la cornée est directement lié aux frottements oculaires. La première chose à faire est d’arrêter de se frotter les yeux et faire des contrôles à intervalles régulier. Les patients qui ne se frottent plus les yeux ne progressent plus. voir ici : https://www.gatinel.com/2016/12/faire-devant-decouverte-dun-keratocone/

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