+ +

Kératocône

Kératocône: définition, causes et facteurs de risque

Définition du kératocône

La définition classique du Kératocône, du grec kératos pour cornée et conus pour forme de cône, est celle d’une dystrophie cornéenne classiquement idiopathique (cause inconnue) bilatérale, asymétrique, non inflammatoire, caractérisée par un amincissement et une déformation progressive de la cornée. Sur le plan optique, cette déformation induit de l’astigmatisme régulier et irrégulier (aberrations optiques de haut degré) provoqué par une altération marquée de la géométrie de la cornée.

Aspect macroscopique d’un kératocône évolué,  photo choisie car elle illustre de manière spectaculaire l’étymologie du terme « Kératocône » (cornée en forme de cône):

kératocône

Kératocône évolué de l’oeil gauche. Il est beaucoup plus difficile si ce n’est impossible d’identifier les formes débutantes et moyennement avancées à l’oeil nu. Le recours à la topographie cornéenne est indispensable.

Définition alternative et moderne du kératocône

A cette définition classique, descriptive et fonctionnelle, l’auteur de ce site propose de substituer une définition plus causale. Le kératocône se caractérise par l’apparition d’une déformation de la cornée. Cette déformation est directement liée à l’action de frottements oculaires répétés, responsables d’un stress mécaniques de la cornée.  Le kératocône ne serait pas  une dystrophie primitive, mais une affection d’origine mécanique: sans frottements, sans stress mécanique répété, il n’y a pas de survenue de déformation du dôme cornéen, et donc de kératocône (voir page consacrée au rôle des frottements oculaires répétés vis à vis de l’incidence du kératocône, voir article  « Eye rubbing; a sine qua non for keratoconus?« ).

Un site est dédié à la prise en charge moderne et non biaisée du kératocône: https://defeatkeratoconus.com/. De nombreux cas de kératocône sont présentés et illustrent le fait que les frottements oculaires sont un élément indispensable et nécessaire à la génèse du kératocône.

 Le kératocône n’est pas une dystrophie idiopathique mais un syndrome dont l’expression topographique traduit la déformation provoquée par le stress mécanique représenté par les frottements oculaires répétés.

Justification de l’hypothèse mécanique du kératocône

Cette hypothèse vise à résoudre le mystère qui entoure cette affection, pour laquelle il semble que de nombreux chercheurs aient poursuivi une fausse piste: le kératocône pourrait n’être qu’une pathologie primitivement mécanique. Que les frottements soient la cause du kératocône, et non simplement « un facteur de risque », est une hypothèse simple et de bon sens, mais qui heurte frontalement l’idée ancienne d’une dystrophie (mutation génétique et mécanisme biomoléculaire) d’origine inconnue, soutenue de manière spontanée et dogmatique par de nombreux praticiens.
Selon l’auteur de cette page, le kératocône ne peut apparaître ou évoluer sans l’action d’une force mécanique externe, qui est véhiculée par les mains (doigts ou phalanges) des patients qui se frottent les yeux.
 Les patients qui frottent régulièrement leurs yeux avec les phalanges plutôt que la pulpe des doigts sont ainsi particulièrement à risque de développer un tableau de kératocône. Ces frottements sont vigoureux et répétés, et provoquent une modification définitive de l’architecture du dôme cornéen, en raison d’une fragilisation biomécanique progressive, aboutissant à une perte de la régularité du galbe cornéen.
De même, la survenue d’une compression oculaire continue pendant le sommeil, chez les patients qui dorment de côté ou sur le ventre avec la tête « enfouie » dans l’oreiller, pourrait être un facteur prédisposant au kératocône. Cette habitude de sommeil favorise certainement la survenue d’une irritation oculaire du côté ou l’oeil est au contact prolongé du matelas ou de l’oreiller. On observe souvent chez les patients qui dorment en « appuyant sur leurs yeux » des aspects topographiques particuliers, marqués par la survenue d’une cambrure plus marquée en inférieur mais sans amincissement excessif. Ces aspects peuvent faire évoquer la présence d’un kératocône débutant; la déformation n’est pas causée par l’appui contre l’oreiller mais par les frottements consécutifs à l’irritation oculaire engendrée.
D’après mon expérience fondée sur des dizaines de cas bien documentés, il apparaît que les frottements oculaires (ou les stress mécaniques répétés) ne sont pas la conséquence du kératocône, ni même un simple facteur de risque associé, mais très probablement LA cause du kératocône.
Il est avéré que les patients atopiques (allergiques) présentent un risque de kératocône plus élevé. En effet, les enfants et adolescents qui se frottent vigoureusement les yeux en raison des démangeaisons et de l’inflammation provoquée par les phénomènes d’allergie oculaire (conjonctivite allergique) risquent de provoquer l’apparition d’un kératocône. Les forces exercées sur le dôme cornéen par les doigts et particulièrement les os des phalanges  lors des frottements sont suffisamment intenses pour provoquer une rupture des jonctions reliant les fibres collagènes du stroma cornéen antérieur.
Le dôme cornéen peut être assimilé à une coque dont la géométrie à l’équilibre dépend de la différence entre la pression intraoculaire (exercée sur sa surface postérieure) et la pression atmosphérique. Au delà d’un certain seuil, les contraintes mécaniques (compression, cisaillement) véhiculées par les frottements sont responsables d’une fragilisation biomécanique, liée à la rupture de l’arrangement harmonieux des fibres collagènes, ce qui provoque une déformation irréversible de la cornée (ce mécanisme est analogue au « flambage » en résistance des matériaux).
Autrement dit, selon l’auteur de ce site, un enfant ou un adolescent qui ne se frotterait jamais les yeux ne risquerait pas d’avoir un kératocône. De cette conception étio-pathogénique découle une conséquence importante: l’éviction des frottements permettrait d’éradiquer la maladie, et l’arrêt des frottements de la stopper. Ma pratique clinique confirme le fait que l’arrêt de frottements permet de stopper l’évolution du kératocône. Ce point est fondamental.
Cette hypothèse est par ailleurs fondée sur de nombreuses observations cliniques et déductions effectuées lors du diagnostic et du suivi du kératocône. Certains patients, ne se frottant qu’un œil, développent un véritable kératocône unilatéral. Quand les patients atteints de kératocône arrêtent strictement de se frotter les yeux, le kératocône ne progresse plus (et ceci rend caduque la réalisation d’un cross-linking, dont l’efficacité objective est douteuse, même si la prescription de cette technique semble s’être généralisée de manière malheureusement très abusive).
Des patients ayant soudain développé l’habitude de se frotter les yeux (exposition à des poussières en milieu professionnel) ont par exemple développé un kératocône bilatéral en quelque mois ou années (2 à 3 ans en moyenne): l’œil où les frottements oculaires sont plus marqués et vigoureux présente en général une déformation plus importante.
La position de sommeil semble jouer un rôle déterminant dans la genèse de certains cas de kératocône. Le fait d’appuyer la tête sur un avant-bras ou un oreiller (en dormant sur le ventre ou sur le côté) pourrait favoriser l’envie de se frotter les yeux (ou l’oeil en cas d’appui prédominant d’un côté), en particulier au réveil. On observe que les patients qui dorment principalement du côté droit ont généralement un kératocône plus marqué de ce côté, et inversement. La compression chronique du globe oculaire, et/ou le contact avec la literie et les acariens, l’éversion ou la distension du rebord palpébral avec inocclusion,  sont autant de facteurs susceptibles de provoquer une inflammation chronique locale, un prurit, et provoquer des frottements répétés.
La maladie de Marfan est une affection bien documentée qui implique des mutations de gènes bien identifiées et une atteinte de la structure du collagène des fibres élastiques qui sont présentes dans les tissus oculaires dont la cornée. La maladie de Marfan constitue un modèle clinique de fragilisation de la paroi cornéenne. Or, cette maladie n’est pas responsable d’un tableau de kératocône, mais au contraire, d’un aplatissement de la cornée. Cet aplatissement est consécutif à la distension cornéenne qui survient de manière progressive et se répartit de manière homogène en regard de la paroi cornéenne, en en augmentant le rayon de courbure (réduction de la courbure).  A l’inverse, le kératocône est généralement marqué par une déformation asymétrique au sein de la cornée, focale, et asymétrique entre les deux yeux (un oeil – le plus frotté, est plus atteint que l’autre, le moins frotté).
Ainsi, selon l’auteur de ce site, le kératocône ne constitue pas une affection particulière mais un syndrome topographique consécutif à un traumatisme répété de la cornée.  Les frottements oculaires vigoureux et répétés dans le temps conduisent à une fragilisation du tissu cornéen, qui présente une moindre résistance, et se déforme sous l’action conjointe des stress mécaniques répétés, et de la pression intraoculaire qui exerce une force constante contre la surface postérieure de la cornée. La déformation du dôme cornéen s’apprécie et se quantifie au mieux avec la topographie cornéenne. Sans frottements ou stress mécanique, la cornée ne se déforme pas.
Aucune altération histopathologique, aucun mécanisme bio-moléculaire spécifiques n’ont d’ailleurs été retrouvés chez les patients et au sein des cornées atteintes de kératocône.
Les cornées les plus fines sont moins résistantes initialement, et plus sujettes à se déformer sous l’action d’un stress physique identique que des cornées plus épaisses. Ainsi, le kératocône est plus fréquemment associé à la présence d’une cornée dont l’épaisseur centrale est réduite. Il est également probable que les frottements répétés induisent un amincissement supplémentaire du stroma cornéen de part la distension progressive de celui-ci, et de l’induction de phénomènes inflammatoires secondaires susceptibles d’entraîner une altération secondaire de la matrice collagène (apoptose cellulaire)

Diagnostic du Kératocône:  topographie cornéenne

Le kératocône évolué se manifeste par une ectasie de la cornée qui est visible à la lampe à fente, et entraîne avec le temps une myopie, un astigmatisme prononcé souvent oblique ou inverse, et une diminution de l’acuité visuelle non complètement corrigible par les verres de lunettes. Il touche essentiellement des patients de moins de 40 ans.
Le diagnostic objectif du kératocône repose sur la topographie cornéenne.
comparaison topographie d'élévation et profil en photo d'une cornée atteinte de kératocône
Clichés du profil cornéen rapporté à l’image en topographie d’élévation (Orbscan) d’un patient atteint d’un kératocône bilatéral plus évolué à droite, où la déformation est perceptible de manière « macroscopique », et plus difficile à discerner du côté gauche (même si l’on devine une légère asymétrie du galbe cornéen)

 

Le kératocône affecte les deux yeux (les frottements sont souvent bilatéraux), mais souvent, il existe une différence de stade évolutif entre l’œil droit et l’œil gauche, en particulier quand le patient atteint de kératocône frotte plus un œil que l’autre, ou encore qu’il dort plus systématiquement d’un côté que de l’autre (avec appui prolongé de l’œil sur la main, le matelas, ou l’oreiller), ou sur le ventre, étant alors forcé de tourner la tête d’un côté.
Le côté le plus atteint est très souvent celui qui correspond à celui qui est au contact de l’oreiller. Il est probable que l’irritation provoquée par l’appui, la contamination par des acariens de literie, l’augmentation locale de la chaleur contribuent à induire une sensation de gêne, de démangeaison, conduisant à des frottements oculaires prédominant de ce côté.
kératocone évolué asymétrique
Kératocône bilatéral plus marqué du côté gauche. le patient se frottait les yeux depuis plusieurs années, avec une technique particulièrement violente du côté gauche, en utilisant son index gauche comme « crochet pour mieux gratter et soulager l’œil ». La cornée gauche présentait à l’examen biomicroscopique des opacités. Les opacités cornéennes caractérisent un stade très évolué du kératocône, et se rencontrent toujours chez des patients se frottant très vigoureusement les yeux. A gauche, la déformation cornéenne se voit à l’œil nu. Les coupes optiques par caméra Scheimpflug (en haut) montrent également de manière éloquente la déformation cornéenne, majeure à gauche.

Stades et formes cliniques

Il existe plusieurs stades de kératocône, et différentes classifications existent pour les regrouper.
On distingue classiquement les formes dites cliniques et les formes dites infra-cliniques.
Les formes cliniques correspondent à un stade avancé de la maladie: la déformation cornéenne est visible à l’examen biomicroscopique, l’acuité visuelle corrigée en lunette peine à atteindre les 10/10 en raison d’un important astigmatisme irrégulier (induction d’aberrations de haut degré). La topographie cornéenne est caractéristique: amincissement marqué du mur cornéen, déformation asymétrique et irrégulière de la face antérieure de la cornée, élévation marquée de la face postérieure, etc.  Il est rare de faire le diagnostic à un stade clinique très évolué, car les troubles visuels caractérisés par un astigmatisme évolutif rapide mal corrigé en lunettes, d’accentuation rapide à l’adolescence, amène souvent à soulever le diagnostic de kératocône débutant (confirmé par la topographie cornéenne). Quand la déformation liée à la maladie atteint un stade très évolué, elle est visible à l’examen direct; le signe de Munson correspond à une déformation caractéristique du rebord palpébral dans le regard vers le bas:
Signe de Munson, kératocône
SIgne de Munson; ce patient, dont les topographies et coupes Scheimpflug sont représentées plus haut, se frottait vigoureusement et de manière quotidienne l’oeil gauche.
Les formes infracliniques se caractérisent par une découverte souvent fortuite, à l’occasion d’un bilan ophtalmologique (pour chirurgie réfractive, c’est à dire  avant une opération des yeux au laser pour corriger myopie et astigmatisme). Cette découverte est faite grâce à la réalisation d’une topographie cornéenne, qui doit être systématique dans ce contexte: elle montre des signes qui éveillent la suspicion vis à vis d’une forme débutante de kératocône. En fonction de ces anomalies, on pourra classer la cornée comme « suspecte de kératocône« , ou présentant une « forme fruste de kératocône » (- kératocône fruste). Les patients qui présentent une topographie « suspecte » sont souvent ceux qui se frottent les yeux régulièrement, parfois (souvent) à leur insu, et/ou dorment sur le côté ou sur le ventre. Les frottements n’ont toutefois pas encore été suffisamment intenses et ou prolongés pour entraîner une déformation plus importante, et on observe une légère irrégularité topographique, en deçà des seuils de détection.
L’hypothèse des frottements comme « sine qua non » pour la survenue de la déformation cornéenne explique l’existence de formes si différentes, en terme de stade évolutif, du kératocône lors de sa découverte;
Une certitude toutefois : quelque soit son stade et son caractère évolutif, le kératocône, même débutant représente une contre-indication absolue à la chirurgie par LASIK, car la réalisation de cette technique ne peut se faire que si la cornée présente une épaisseur et une régularité suffisante. La découpe d’un capot stromal et la photoablation sont à même d’affaiblir brutalement la résistance cornéenne déjà amoindrie par des frottements répétés, et la déformation peut alors s’accentuer par le franchissement du seuil de décompensation biomécanique.
De ce fait, il est crucial de dépister la présence d’une forme débutante de kératocône chez les patients demandeurs de chirurgie réfractive. Dans l’esprit de l’auteur de ce site, une forme débutante de kératocône correspond plus exactement à une déformation cornéenne modérée, induite par la répétition de frottements oculaires dont l’intensité et la durée ne sont pas suffisamment prononcées pour déclencher l’apparition d’une forme avérée, caractérisée par une déformation cornéenne plus sévère et source de troubles visuels non corrigibles en lunettes. Pour une même durée et une même intensité de frottements, une cornée plus épaisse et résistante pourra présenter une déformation moins marquée qu’une cornée fine et moins résistante.
  La réalisation d’un LASIK chez un patient atteint de kératocône fruste provoque une l’évolution de celui-ci vers une forme avérée, et l’on parle alors de kératocône iatrogène, ou encore d’ectasie induite par le LASIK. Un aspect de kératocône débutant traduit la présence d’un certain degré de fragilité biomécanique (d’origine mécanique: les frottements); le LASIK produit un affaiblissement supplémentaire qui peut accroître cette fragilité.
Le traitement fonctionnel du kératocône avéré vise la réhabilitation optique du patient et comprend les verres de lunettes, les verres de contact, l’insertion intra cornéenne de segments d’anneaux, la greffe de cornée (lamellaires profondes, transfixiante). La réalisation d’un « cross-linking » du collagène cornéen est la seule thérapeutique qui vise à freiner (voire stopper) l’évolution du kératocône. Elle fait encore l’objet d’évaluation afin d’en préciser l’efficacité réelle et l’absence de complications à long terme.

Épidémiologie du kératocône

La fréquence du kératocône donne lieu à de nombreuses estimations. Cette affection concernerait 1 personne sur 2 000. Sa prévalence est ainsi estimée à 50 cas pour 100 000 habitants mais avec des taux plus élevés chez les candidats à la chirurgie réfractive, qui consultent souvent pour une intolérance aux lentilles de contact et bénéficient de méthodes diagnostiques plus sensibles (topographie cornéenne).
S’il s’agit d’une maladie rare, le kératocône est toutefois désignée comme la « dystrophie « de cornée la plus fréquente dans la population générale.
Le kératocône touche indifféremment les deux sexes, mais une légère prédominance masculine est rapportée. Cette dystrophie est découverte à la puberté mais elle peut survenir à un âge beaucoup plus tardif (82% des cas débutent toutefois avant 40 ans).
Les frottements exercées par les sujets de sexe masculin sont généralement plus vigoureux et fréquents que ceux des sujets de sexe féminin; le maquillage des paupières représente un frein à la propension à se frotter les yeux. Les allergies se développent généralement dans l’enfance, à l’adolescence ou chez le jeune adulte. Ainsi, l’effet des frottements sur la topographie de la cornée apparait souvent à un âge relativement précoce, mais des formes tardives sont observées, toutes chez des patients ayant commencé à se frotter les yeux plus tard dans l’existence (exemple :changement de profession avec exposition brusque à des poussières ou des allergènes).
Des études longitudinales ont montré son caractère toujours ou presque bilatéral et asymétrique. Des taux de kératocône unilatéraux variant de 14,3% à 41% ont été rapportés lorsque le diagnostic était basé sur des critères cliniques. En utilisant des techniques de vidéotopographies numérisées, ces taux ont diminués à des valeurs comprises entre 0,5 à 4%. Mon expérience tend à suggérer l’existence de forme strictement unilatérales, chez des patients qui ne se frottent qu’un seul oeil, ce qui est relativement peu commun.
Le rôle croissant de la pollution et des allergènes pourrait expliquer l’augmentation de la fréquence de cette affection, par le biais d’une augmentation de la prévalence des allergies oculaires et des frottements associés.
Le rôle du travail sur écran mériterait également d’être étudié, car de nombreux patients atteints de kératocône se frottent les yeux en raison d’une sensation de « fatigue oculaire » après une séance de travail sur écran prolongée ou intensive.

Histologie du kératocône

Les modifications histologiques provoquée par le kératocône concernent toutes les couches tissulaires de la cornée, mais elles sont non spécifiques. La couche épithéliale est souvent amincie au centre de la cornée (voir plus bas), et il existe des ruptures localisées ou des irrégularités de la membrane basale. L’absence de spécificité de ces éléments, qu’un traumatisme régulier chronique comme les frottements pourrait à lui seul causer, invalident a priori la présence d’une dystrophie.
La couche de Bowman est également affectée par la maladie, avec parfois un contact direct du stroma cornéen et de la couche épithéliale. Au niveau de la couche stromale on retrouve une diminution du nombre de lamelles de collagène et une désorganisation spatiale, sans diminution d’épaisseur des lamelles elles-même, La densité des cellules kératocytaires diminue en particulier dans le stroma antérieur en regard de la membrane de Bowman ainsi que dans les 2/3 postérieurs du stroma.
Cet aspect histologique est tout à fait compatible avec ce que produirait un stress mécanique répété comme celui que provoquent les frottements oculaires répétés.
Les nerfs cornéens présentent une augmentation de diamètre avec des kératocytes associés à leur périphérie.
Ces changements sont essentiellement dus à un dysfonctionnement des enzymes qui règlent le maintien et le renouvellement des cellules cornéennes. Ainsi nous trouvons dans le stroma, une augmentation des enzymes qui dégradent le tissu et une diminution des enzymes qui freinent l’apoptose. L’apoptose est la mort des cellules génétiquement programmée. Par conséquent, il en résulte une perte de tissu et un amincissement de la cornée. Des expériences cliniques ont montré que le simple fait de se frotter les yeux induit une élévation de molécules pro-inflammatoires au sein des larmes.
En outre, les cornées atteintes de kératocône présentent une réduction des enzymes rendant inactifs les déchets nuisibles provoqués par les radicaux libres. Cela entraîne une progression de l’apoptose dans le stroma, qui mène à une détérioration du tissu cornéen et à la formation de cicatrices dans la zone de l’ectasie.
Dans les formes les plus avancées, avec amincissement majeur, la membrane de Descemet (à la face postérieure de la cornée) présente des lignes de rupture localisée et des plis sans réelle différence de composition des différents constituants protéiques par rapport à des cornées normales. La couche de cellules endothéliale présente des anomalies de forme et de densité qui pourrait être liées aux ruptures localisées de la membrane de Descemet.

Correction de la vision et kératocône

Les lentilles de contact rigides (lentilles rigides permeables à l’oxygène, lentilles à appui scléral) offrent la meilleure correction visuelle pour les patients atteints de kératocône. Il est malheureusement fréquent de constater un certain interventionnisme chez des patients qui pourraient bénéficier en premier lieu d’une correction en lentilles. Les résultats obtenus par la pose d’anneaux intracornéens sont inconstants, et les anneaux compliquent l’adaptation des lentilles rigides qui demeurent souvent nécessaires. Le crosslinking n’a pas d’effet bénéfique sur la vision. Il est sensé ralentir ou stopper l’évolution du kératocône, mais cet effet n’est pas réellement démontré, et dans notre expérience, n’a pas d’intérêt chez les patient qui ne se frottent plus les yeux une fois le diagnostic du kératocône effectué.

lentille rigide et kératocône en OCT haute résolution Zeiss Cirrus

Coupe en OCT haute résolution (Zeiss Cirrus) d’une cornée atteinte de kératocône. La lentille permet de « resurfacer » la surface de la cornée et d’absorber les irrégularités optiques à l’origine de l’astigmatisme régulier et irrégulier. Noter l’épaississement de la couche épithéliale en regard de la zone d’amincissement stromal qui correspond à la zone initialement traumatisée par des frottements oculaires répétés (patient très allergique s’étant frotté les yeux pendant quelques années avant l’apparition du kératocône).

Kératocône ou corneal warpage ?

En préopératoire, le principal intérêt de la topographie cornéenne est de dépister un kératocône infraclinique qui constitue l’une des principales contre-indications au LASIK. Le diagnostic différentiel le plus rencontré du kératocône est le corneal warpage.
En effet, cette déformation de la cornée est due à une mauvaise adaptation en lentilles de contact et beaucoup de patients intéressés par la chirurgie réfractive en sont porteurs. Le corneal warpage est en effet une déformation réversible induite par le port chronique de lentilles de contact.
Cette déformation est similaire dans son principe de survenue à celle que provoque la compression de l’oeil par l’oreiller ou la main pendant le sommeil! Mais la compression par la lentille rigide s’exerce plutôt sur le centre du dôme cornéen et provoque un aplatissement typiquement paracentral inférieur.
Dans la majorité des cas il est dû à un décentrement modéré de la lentille et d’un appui asymétrique de la situation. Le diagnostic différentiel entre corneal warpage et kératocône infraclinique se pose fréquemment chez les personnes demandeuses de chirurgie réfractive car elles sont souvent porteuses de lentilles de contact.
La ressemblance entre le kératocône infraclinique et le corneal warpage se constate sur les images topographiques. Il est donc demandé au patient de retirer ses lentilles avant la réalisation de toute topographie cornéenne. La durée suffisante de ce retrait dépend du type de lentilles : 2-3 jours pour les lentilles souples hydrophiles et jusqu’à 30 jours pour les lentilles rigides. Une image topographique anormale chez un porteur de lentilles qui ne s’améliore pas malgré l’arrêt du port doit faire éliminer la présence d’un kératocône frustre.
En revanche, aucune étude n’a montré le rôle des lentilles rigides dans l’apparition ou l’aggravation du kératocône. Les lentilles ne semblent pas non plus ralentir l’évolution du kératocône.

Conclusion

Même si cette hypothèse est surprenante, le kératocône n’est peut-être pas une dystrophie, mais une affection d’origine mécanique (comme une entorse), liée à a répétition d’un stress mécanique répété (frottements). Cette explication a le mérite de la simplicité et est compatible avec l’ensemble des données publiées dans la littérature médicale. Il est crucial d’expliquer aux patients atteints et à risques (allergiques, travailleurs de nuit, sur écran, etc.) de ne pas/plus se frotter les yeux. Cette simple prescription a le potentiel d’éradiquer cette maladie, et d’en stopper la progression.

52 réponses à “Kératocône”

  1. M S dit :

    Avec l’accord de ma fille, je me permets de vous contacter à son sujet. Agée de 31 ans, elle a consulté récemment un ophtalmologue suite à un ressenti de fatigue oculaire. Le diagnostic préalable a été « astigmatie sévère » puis a été remplacé brutalement par « maladie des yeux : kératocône ». Devant l’inquiétude de ma fille sur la perte de la vue, le médecin a adouci le trait en disant qu’il n’y avait rien de grave : au mieux elle aurait des lunettes, au pire une chirurgie. La spécialiste rencontrée lui propose un cross linking, sans expliquer la maladie et son évolution et sans expliquer pourquoi une solution alternative telle que lunettes ou lentilles ne peut être envisagée. Ma fille refuse cette méthode.

    Elle est consciente que sa vue puisse diminuer et est parfois gênée par la lumière trop vive mais elle reste surprise d’entendre que des lunettes ne serviraient à rien alors qu’à ce jour, elle lit de très petits caractères. Elle admet avoir besoin et est prête à porter des lunettes ou lentilles bien qu’elle pense ne pas avoir assez de larmes pour supporter ces dernières.
    Pour information, ma fille avait consulté un ophtalmogue à 18 ans pour des raisons de migraines ophtalmiques ; celui-ci n’avait rien diagnostiqué de tel et avait juste préconisé des sessions d’orthoptie. Une fois les séances faites, ma fille n’a plus ressenti de fatigue oculaire jusqu’à récemment.

    La lecture de vos articles concernant le cross linking et le kératocône apporte des réponses et confirme l’inquiétude sur cette technique trop souvent proposée dès la première consultation.
    Je découvre que le kératocône est souvent provoqué par les frottements oculaires et répétés des yeux, pratique exercée depuis de nombreuses années par ma fille. Elle manque également de larmes (sécheresse oculaire) qu’elle compense par des gouttes. Suite à cette annonce, elle ne se frotte plus les yeux car souhaite stopper l’évolution du kératocône.

  2. Dr Damien Gatinel dit :

    Je préconiserais le port de lentilles ou de lunettes effectivement. Le kératocône est à un stade avéré mais a priori un équipement en lentilles rigides devrait permettre de remonter l’acuité visuelle corrigée à un niveau satisfaisant.
    Il est bien entendu crucial de cesser tout frottement oculaire. Si cette préconisation est respectée, le kératocône ne devrait plus évoluer. Une greffe ne me parait pas devoir être envisagée dans le futur.

  3. M.T dit :

    Dans un premier je tenais à vous remercié pour toutes les informations que vous donnez sur le Kératocône, cela m’a permis de rassurer certaine craintes.
    J’aurais aimez savoir si les sports de combat type boxe peuvent être pratiqués lorsque nous somme atteints du Kératocône ?

    Cordialement,

  4. Dr Damien Gatinel dit :

    La pratique de la boxe et des sports de combats est possible en cas de kératocône; il convient comme toujours de protéger les yeux contre les coups portés en direct.

  5. Emilie dit :

    Bonjour
    Mon fils a la maladie « kératocône », il a eu une greffe les deux yeux depuis 7 ans. Il a de déficit visuelle. Il ne supporte pas de lentilles, puisque à chaque fois qu’il met de lentilles, ça lui gratte beaucoup les yeux, ils sont rouges. C’est la raison qu’il ne met rarement de lentilles.
    Depuis quelques temps, il ne voit de moins en moins bien et gratte beaucoup les yeux.
    J’aimerais savoir quels sont les gestes à éviter pour minimiser les risques de déficit visuelle de plus en plus grave ?
    S’il existe de médicament ou traitement pour nettoyer ses yeux ou éviter de les gratter?
    Qu’est ce qu’il faut faire et ce qu’il faut pas faire ou il n’y a pas de solutions vu la gravité de ses yeux. (j’incite qu’on voit très biens les traits blanc sur ses yeux après opérations les deux yeux)
    Est ce que cette maladie est transmissible à ses enfants ?
    Est ce qu’il doit éviter ou pas forcer sur la musculation car il en fait beaucoup

    Je vous remercie pour votre réponse

  6. Dr Damien Gatinel dit :

    Il est très important que votre fils ne se frotte plus les yeux, sous peine d’induire une récidive du kératocône. Si les frottements sont liés à une allergie, il faut tenter une désensibilisation et traiter les symptômes de l’allergie par des collyres (anti histaminiques) ou des traitements per os. Plutôt que de frotter quand les yeux sont irrités, il est préférable de bien les rincer avec du sérum physiologique. La pratique de la musculation est possible. Concernant la transmission du kératocône, il est classique de considérer cette maladie comme génétique, car on observe parfois la présence d’un kératocône chez plusieurs membres d’une fratrie, chez l’un des parents biologique, etc. Toutefois, le mode de transmission n’est pas clair et il n’y a pas de gène spécifiquement identifié pour le kératocône. Il est en revanche probable que certains traits génétiques prédisposent à avoir un terrain atopique, des cornées plus ou moins épaisses et résistantes… et que la pratique de frottements oculaires induise plus vite un kératocône chez certains sujets que chez d’autres. De mon point de vue, l’absence de frottements oculaires (ou de l’application répétée de contraintes mécaniques sur la cornée) devrait à elle seule suffire à éradiquer le kératocône. Même si l’on est en droit de douter de cette assertion tant les traités définissent classiquement le kératocône comme une dystrophie cornéenne dont l’origine est inconnue, il est admis que les frottements oculaires répétés accentuent la déformation cornéenne et accélèrent l’évolution de la maladie (de mon point de vue, les frottenents sont LA cause de ce qu’on appelle le kératocône et leur intensité et fréquence en conditionnent l’évolution)

  7. Alex dit :

    bonjour je suis atteint de keratocone depuis 6 ans. On m’a proposé un crosslinking mais depuis que j’ai lu votre site très bien fait je ne me frotte plus les yeux ce que je faisais depuis l’enfance (J’ai 29 ans). Mon keratocone n’évolue plus d’après un autre Opthalmo qui a donné des lentilles rigides. Je vois mieux qu’en lunettes mais est ce que le port des lentilles dures est mauvais en cas de keratocone pour la cornée? Merci

  8. ZIANI dit :

    Bonjour Docteur,
    Je suis expatrié, ma acuité visuel s’est détérioré en quelques temps. Je suis allé faire des examens, on m’a diagnostiqué un kératocône. Pour le moment seul mon œil droit est atteint, on m’a parlé d’un kératocône frustre à gauche. Je redoute le pire, j’ai toujours une bonne vue, ancien sportif de haut niveau, vie saine. Je ne sais pas trop comment m’y prendre.
    Suis-je condamné à moins bien voir ?

  9. Dr Damien Gatinel dit :

    Dans un premier temps il convient de confirmer le diagnostic de kératocône. Celui-ci peut parfois être porté par excès, en fonction de la carte topographique réalisée, et des critères utilisés pour le diagnostic. S’il s’agit d’un kératocône, il s’agit de mon point de vue des conséquences d’un traumatisme répété de cos cornées, qui doit être plus fréquent et prononcé du côté le plus atteint; les frottements oculaires répétés sont bien sûr le mécanisme le plus souvent retrouvé. Plus le kératocône apparaît tard au cours de l’existence, et plus son évolution est réputée lente. Il s’agit certainement d’un biais d’appréciation; quand le kératocône apparait tard (ex: après 30 ans), c’est qu’il découle d’un processus lui même d’évolution lente, et qui mène donc plus tardivement à l’éclosion de la maladie. Vous n’avez donc pas forcément à redouter le pire. Ne vous frottez plus les yeux, et faites une autre topographie cornéenne dans quelques mois.

  10. Dr Damien Gatinel dit :

    Le port de lentilles rigides bien adaptée n’est absolument pas un risque concernant l’évolution de votre kératocône. La pression exercée par les paupières et transmise à la cornée par la lentille rigide est de plusieurs ordres de magnitude inférieure à celle des doigts ou phalanges lors des frottements oculaires. L’amélioration significative de votre vision grâce aux lentilles est liée au fait que leur géométrie permet de rendre un galbe plus harmonieux à la surface de l’oeil, ce qui permet de réduire considérablement les aberrations optiques qu’inflige, seul, le kératocône.

  11. Gaouar dit :

    Bonjour,

    J’ai 26 ans et on viens de me diagnostiquer un kératocone DPM évolutif d’après le spécialiste.
    Un astigmatisme qui a évolué les derniers mois/années.
    Je porte actuellement des lunettes ainsi que des lentilles souples pour le sport 4 fois semaines.
    Je me frotte régulièrement les yeux. (Fatigue, lentilles, poussière, réveil )
    Le chirurgien me propose une opération très rapide via le crosslinking .. Je suis assez méfiant concernant cette technique et surtout l’aspect urgent de l’opération.
    Que me conseillez vous ?
    Merci

  12. Dr Damien Gatinel dit :

    Si vous lisez les pages conacrées au kératocône et au crosslinking de ce site, vous pourrez deviner ma réponse à vos interrogations. Premièrement, le kératocône a été provoqué dans votre cas et dans (à mon avis) tous les autres cas par les frottements oculaires. Son évolution, qui doit être jugée sur la réalisation de topographies espacées dans le temps, et dont les différences doivent être significatives, est également liée à la poursuite de ces frottements.
    De cette assertion découle une conclusion limpide: si vous cessez strictement de vous frotter les yeux, votre kératocône n’aura plus de raison d’évoluer. De mon point de vue (nourri par la pratique et l’observation et suivi de dizaines de cas de kératocône), le kératocône n’est pas une dystrophie cornéenne dont l’apparition découle d’un terrain génétique favorable et de certains facteurs environnementaux. Son origine est beaucoup plus simple: il est le fruit d’une fragilisation biomécanique de la cornée acquise et directement provoquée par les frottements oculaires répétés, qui provoquent un étirement progressif et une désorganisation des lamelles collagènes de la cornée.

    Il n’y a jamais d’urgence à réaliser un CXL car même si l’on croit à l’efficacité de cette technique (non prouvée par les méta analyses sérieuses), il faut réaliser au moins deux topographies à quelques semaines d’intervalle prouvant une progression de l’affection pour poser l’indication de CXL. Si le KC n’évolue pas, pourquoi réaliser une technique consistant à réaliser un stress oxydatif intense destiné à induire d’hypothétiques liaisons covalentes au sein du tissu cornéen? Les modifications apportées par le CXL sont modestes et liées à la cicatrisation de la surface cornéenne, pas à une réelle solidification de celle-ci.

  13. Chender Djamel dit :

    Est ce qu’on peut pratiquer la musculation quand on est au stade 3 du kératocône?

  14. Dr Damien Gatinel dit :

    Il n’y a pas de contre indication pour la musculation, ou toute autre activité sportive tant que celle-ci ne vous conduit pas à vous faire vous frotter les yeux. Gares donc aux poussières, ou à la sueur qui coulerait dans les yeux.

  15. lerat marion dit :

    Bonjour,
    Je suis greffée de la cornée depuis 16 ans pour l ‘ oeil droit et 15 ans pour l ‘ oeil gauche ,effectivement d ‘ aussi longtemps que je me souvienne je me frottais très souvent les yeux,ma vue a dégringolé en un an et demi et suis passée de 10/10 à 1 et 2/10ème en un an et demi ,j’avais 17 ans,je me renseigne depuis qqs temps sur les lentilles sclérales et il semblerait que les lentilles sur greffons réduisent leur durée de »vie ». (Actuellement je porte des lunettes mais ne suis pas à 10,un essai de lentilles sclérales m ‘ a redonné goût à bien mieux voir ),qu’ en pensez-vous?avez vous déjà réalisé des études sur cette question?
    Par ailleurs je suis en contact avec des keratoconiens sur fb,qui ont leur source auprès d’ ophtalmos et pour le CXL (crosslinkin) effectivement l’ efficacité est loin d ‘ être prouvée.
    En vous remerciant.
    Marion

  16. Dr Damien Gatinel dit :

    Le port de lentille sclérale est possible en cas de greffe de cornée, sans réduire la durée de vie des greffons, et l’amélioration attendue pour votre vision est a priori substantielle.

  17. Laurent dit :

    Bonjour,

    Je suis atteint de kératocône sur l’œil gauche depuis plus de 20 ans (j’en ai 34 actuellement), il est vrai que je me suis beaucoup frotté les yeux dans ma vie étant allergique au pollen et aux acariens donc l’hypothèse que vous avancez ne me paraît pas absurde.
    Sur l’œil droit je n’ai qu’une myopie (bien que lui aussi ait eu droit à sa dose de frottements) et je pensais à me faire opérer au laser mais je ne suis pas sûr que ça soit une bonne idée, cela ne risquerait-il pas de fragiliser la cornée de mon œil droit ?

    Vous remerciant par avance de votre retour.

    Cordialement,

    Laurent

  18. Dr Damien Gatinel dit :

    Je vous remercie de votre question, et de ne pas trouver absurde l’idée que la déformation cornéenne observée au cours du kératocône soit la conséquence directe des frottements oculaires. A dire vrai, il est de mon point de vue absurde de prétendre que la cornée puisse se déformer sans l’action d’une force mécanique externe (les frottements), alors que l’on a jamais mis en évidence de mécanisme biochimique, de mutation responsable d’une anomalie protéique ou autre. Ceci a son importance, car dans votre cas, si l’oeil droit est indemne de kératocône (absence de déformation ou déformation minime), et que vous avez cessé de vous frotter les yeux, alors il n’est pas incongru de mon point de vue de vous proposer une technique de correction de la myopie, plutôt en PKR. Si vous avez frotté les yeux dans le passé, vous avez peut être fragilisé la cornée du côté droit, donc il me parait préférable d’opter pour une technique de laser de surface (PKR), si toutefois celle-ci est possible – et un bilan topographique avec mesure de votre correction à délivrer pourra peut être confirmer ceci.

  19. Michèle dit :

    Est-ce que la cornée qui est un tissus, peut se régénérer si la déformation n’est pas trop importante et que je ne me frotte plus les yeux ?

  20. Dr Damien Gatinel dit :

    L’arrêt des frottements interrompt le mécanisme à l’origine de la déformation cornéenne, mais malheureusement celle-ci est définitive. Parfois, on observe cependant une petite amélioration quelques semaines après l’arrêt des frottements, probablement grâce à un léger remodelage épithélial.

  21. jessie dit :

    Bonjour Docteur Gatinel , j’ai besoin de vos réponses. Votra assistant Docteur Saad m’a diagnostiqué un début de kératocone il y a deux mois et prescrit une adaptation aux lentilles rigides avec le docteur VAYR. Etant de Rouen , je l’ai faite hier à Rouen. Seulement voila on me dit que mes yeux ne les supportent pas après 3 modèles différents et on me laisse repartir sans rien me dire. Je dois alors laisser ma vue baisser comme ça sans rien pouvoir faire pour me soulager ? J’avais l’impression de les supporter comment peut on voir que mes yeux eux non ? Je pensais qu’il y avait forcément un modèle de lentilles nous correspondant ? Je pensais aller voir le docteur VAYR pour un deuxieme avis mais j’ai peur d’avoir la même réponse. Que dois je faire pour soulager ma vue floue sachant que mes lunettes ne me corrigent presque plus ? Merci d’avance
    Cordialement
    Jessie 25 ans.

  22. Jérôme prieto dit :

    Bonjour et merci pour ce forum
    J’ai 42 ans et ai subi une pose d’anneaux sur l’oeil droit en 2001 me permettant de retrouver une vue correcte 7/10ième.
    Aujourd’hui mon oeil semble faire un rejet, nécessitant un retrait.
    Quelles solutions se proposent à moi pour retrouver une vue correcte. Puis-je envisager de nouvelles lentilles. Les derniers tests en 2000, n’avaient pas été concluant me provoquant de fortes irritations.
    Y a t’il eu des évolutions à ce sujet ?
    Je vous remercie par avance pour votre réponse

  23. Dr Damien Gatinel dit :

    Si les anneaux sont mal tolérés localement, il est effectivement indiqué de les retirer. Il est indiqué de réévaluer l’intérêt d’une nouvelle adaptation contactologique, car des progrès ont été accomplis dans le domaine des lentilles destinées à la réhabilitation visuelle des patients atteints de kératocône.

  24. Louis dit :

    Bonjour
    Mon ophtalmologiste m’a parler d’un keratocone. Il n’est pas sur de lui et était en retard dans ces rdv et donc ne pas plus expliqué. Il a fait un courrier pour un specialiste en indiquant qu il n y avait pas d opacités de la cornée et les fonds oeils sont normaux mais un aspect de KC et mon acuité visuelle est corrigée à 6/10 au max pour les deux yeux.
    Il m’a quand meme prescrit des lunettes.
    OG -3,50 (-4,50 à10°)
    OD -4,75(-5,00 à 163°)
    C est la premiere fois que je change de lunette en 3 ans.
    J’ai 31 ans et j’ai peur au vu des messages et remoignages que j’ai pu lire.
    Est ce vraiment un Keratocone?? Peut il evolué rapidemnet à mon age ??
    Merci de votre rèponse

  25. Dr Damien Gatinel dit :

    Le diagnostic du kératocône repose sur la réalisation d’une topographie cornéenne. Cet examen permet d’apprécier la forme de la cornée, son épaisseur, et sa régularité. Le kératocône est caractérisé par une déformation de la cornée, qui peut donner (ou augmenter) la myopie, et l’astigmatisme. Sans topographie, il est difficile d’affirmer qu’il existe un kératocône, même si le contexte clinique peut être évocateur. De mon point de vue, le mécanisme de la déformation de la cornée est directement lié aux frottements oculaires. La première chose à faire est d’arrêter de se frotter les yeux et faire des contrôles à intervalles régulier. Les patients qui ne se frottent plus les yeux ne progressent plus. voir ici : https://www.gatinel.com/2016/12/faire-devant-decouverte-dun-keratocone/

  26. Nad dit :

    Bonjour docteur. Je suis tombée sur votre site en recherchant des informations concernant le keratocone. J’ai lu tout votre article et c’est vraiment intéressant. J’ai fait une topographie cornéenne et c’est mentionné « Aspect clinique d’un keratocone ODG avec astigmatisme moyen de 8,89 OD et de -10,11 OG.
    OD: Simk à 60,81 astigmatisme 8,89
    OG: Simk à 60,48 astigmatisme-10,11 »
    Je ne verrai le médecin que la semaine prochaine et j’aimerais connaître le type de keratocone que j’ai (s’il est à un stade grave ou non) et le meilleur traitement à adopter selon vous. A savoir que j’ai une myopie très forte qui ne pouvait pas être corrigée d’après plusieurs ophtalmologistes. Merci d’avance

  27. Dr Damien Gatinel dit :

    Les chiffres que vous rapportez sont effectivement très évocateurs de kératocône. Dans cette configuration, il convient de cesser de se frotter les yeux (définitivement) et de tenter une adaptation de lentilles de contact rigides. Consultez ce lien : https://www.gatinel.com/2016/12/faire-devant-decouverte-dun-keratocone/

  28. Rachid dit :

    Bonjour docteur, déjà merci pour cet article concernant le keratocone et également pour le temps que vous consacrez a répondre a nos questions.je suis actuellement atteins d’un keratocone bilatérale, et aux stades 3 (og/od),et on m’a prescrit des lentilles hybrides lcs,car je supporte mal les menicon rigides. Pouvez vous m’en dire plus sur les hybrides, surtout les inconvénients, parait il qu’il peut y avoir un abcès de la cornée, a cause du matériau de celle-ci(pas assez oxygéné) ?merci,bonne continuation, dans le domaine médical et même privé.

  29. Dr Damien Gatinel dit :

    Les risques d’abcès sont faibles avec les lentilles hybrides si vous respectez les règles d’entretien et de port. Le confort des lentilles hybrides est supérieur à celui procuré par les lentilles rigides a priori.

  30. Alaeddine dit :

    Bonjour Dr,
    Merci pour cet article tres interessant.
    En effet je suis atteind par une keratocones un peut evoluee, et j’ai quelques questions :
    1-Etant un ingenieur informatique (developpeur de logiciels) travaillant en Arabie Saoudite a Riyadh ou le climat est tres sec, est ce que cela peut agraver la maladie?
    2 – j’ai fait deux topographies corneennes ( difference 6 mois ) :
    – la premiere a 29/06/2016 : OD Simk -6.4 D max 47.6 D thinnest 421 um / OS SimK -7.4 D max 52.4 D thinnest 383 um.
    – la deuxieme 05/02/2017 : OD Simk max 52.1 D thinnest 431 um / OS SimK max 53.9 D thinnest 423 um.
    Puis-je savoir a quelle stade je suis?
    Est ce que les anneaux seront une bonne solution dans mon cas?
    J’ai entendu parler que les anneaux sont tres genants la nuit surtout avec les lumieres de voitures, est ce que c’est vrai?
    Merci beaucoups

  31. Dr Damien Gatinel dit :

    Il n’est pas possible de définir un stade de kératocône à partir de ces informations. La notion de stade est toutefois arbitraire. Il est plus intéressant de classer le kératocône en fonction de la gêne fonctionnelle engendrée. Si vous êtes adaptable en lentilles rigides, c’est une donnée essentielle car elle vous permet en principe de vivre relativement « normalement ». Les anneaux cornéens permettent, quand l’amélioration est effective, de réduire l’astigmatisme cornéen, mais ils ne peuvent solutionner tous les problèmes optiques posés par la déformation de la cornée. Ils peuvent effectivement occasionner des symptômes visuels indésirables quand la pupille se dilate, c’est à dire dans les situations de faible luminosité (pénombre, conduite de nuit, etc.). Au risque de me répéter, le plus important dans un premier temps est de ne plus vous frotter les yeux, et d’essayer de vous faire adapter en lentilles de contact rigides. En ce qui concerne l’évolution potentielle du kératocône, il serait intéressant de réaliser des cartes différentielles entre les examens réalisés à ces différentes dates.

  32. Alaeddine Lemjid dit :

    Merci beaucoups Dr,
    Cette question est importante pour moi : Etant un ingenieur informatique (developpeur de logiciels) travaillant en Arabie Saoudite a Riyadh ou le climat est tres sec, est ce que cela peut agraver la maladie?

    Merci

  33. Dr Damien Gatinel dit :

    Répétons que le kératocône étant selon moi une déformation secondaire à des frottements excessifs (dont l’énergie finit par vaincre la résistance ou limite d’élasticité de la cornée), seuls les frottements sont à même de faire évoluer cette déformation, et donc ce que l’on appelle « kératocône ». L’air sec est une source d’irritation oculaire, et en ce sens peut conduire à avoir envie de se frotter les yeux. Il faut absolument cesser cela et simplement instiller des collyres mouillants régulièrement.

  34. Vincent dit :

    Bonjour Docteur,

    Je me permets de vous contacter car diagnostiqué avec un kératocône je vois des halos autour des sources lumineuses rendant la conduite difficile surtout de nuit, on m’a donné des lentilles de contact spéciales qui rendent ma vue très bonne cependant les halos ne sont que légèrement modifiés, que dois je faire pour améliorer ce problème ?

    J’ai arrêté les frottements qui pourraient être la cause du kératocône. (prurit le matin dans l’oeil)

    Merci par avance.

  35. Dr Damien Gatinel dit :

    Tout d’abord bravo pour l’arrêt des frottements qui expliquent la survenue de la déformation cornéenne. Ne plus frotter permettra à votre cornée d’être stable. Concernant les halos, ceux-ci devraient en principe être réduits avec les lentilles (si celles-ci sont rigides), en particulier les déformations lumineuses asymétriques (traînées lumineuses, spicules, rayons en étoiles partant vers le bas, etc.). Cependant, la disparition totale des halos est difficile pour plusieurs raisons; citons le fait que certaines aberrations ne sont pas complètement réduites par les lentilles (notamment l’aberration sphérique qui est parfois même augmentée de manière paradoxale, en raison d’une asphéricité imparfaite de la lentille). Par ailleurs, la déformation conjointe de la face postérieure de la lentille induit des aberrations (qui sont orientées « à l’envers des aberrations de la face avant de la cornée et tendent à réduire un peu le taux global des aberrations optiques d’origine cornéenne). Quand vous portez les lentilles, la face avant est « corrigée », mais ceci démasque la déformation de la face arrière de la cornée. Si vous observez que la direction dans laquelle la lumière « bave » sans lentille (généralement plutôt vers le bas) est inversée avec la lentille (léger décalage vers le haut), alors cette dernière hypothèse pourrait être accréditée.

  36. Abir dit :

    Cette maladie est est-elle due à une sur méningite, avec élévation de la température?

  37. Dr Damien Gatinel dit :

    Non, le kératocône n’est pas une maladie infectieuse ni lié à la méningite. C’est une maladie plurifactorielle, principalement liée à la réalisation de frottements oculaires répétés et vigoureux (donc plus fréquente chez les patients allergiques, ou sujets à la fatigue chronique, au travail sur écran prolongé, etc.).

  38. jessie dit :

    Bonjour,
    Je souhaitais savoir pourquoi le kératocone est rare chez les personnes hypermétropes ? Le kératocone est il aussi évolutif que pour ceux atteints de myopie ? Merci par avance. Cordialement. Jessie.

  39. Hedi dit :

    Bonjour Dr,

    je voudrais savoir si le fait que je ne porte pas mes lentilles SPOT aggrave mon kératocone ?

    Je deteste les lentilles et les supporte mal, néanmoins j’arrive a me débrouiller sans lentilles avec une vie a peu près normale ( même si c’est compliqué parfois ) , je m’y suis habitué .

    Je pense que mon keratocone s’est relativement stabilisé depuis que j’ai arrêté de me frotter les yeux .

    J’ai une autre question : est ce vrai que le kératocone arrète d’évoluer après 30 ans ?

    Merci pour votre réponse .

    Cordialement .

  40. Hedi dit :

    J’ai une autre question docteur, quand mes yeux me grattent ou que j’ai une poussière je ne me frotte pas les yeux mais j’ai une technique qui consiste a  » tirer  » mes cils ce qui me soulage un peu . Je fais attention a ne pas mettre de forte pression sur la cornée .

    Pensez-vous que je devrais arrêter ?

  41. dz dit :

    Le keratocone peut il rendre aveugle ?

  42. Dr Damien Gatinel dit :

    En pratique, la gestion éclairée du kératocône permet d’éviter les complications sévères et de devenir aveugle. Le seul traitement pleinement efficace pour stopper l’évolution du kératocône est l’arrêt des frottements oculaires. C’est à la fois simple, et compliqué (il est parfois difficile de résister à la tentation de se frotter le yeux irrités).

  43. Dr Damien Gatinel dit :

    Ce genre de technique, qui permet d’éviter de frotter l’oeil et appuyer sur la cornée, est nettement préférable à celle qui consisterait à « appuyer » et frotter vigoureusement.

  44. Dr Damien Gatinel dit :

    Mon expérience étendue me permet de vous affirmer que l’arrêt des frottements oculaires permet à lui seul de stopper l’évolution de la déformation cornéenne. On vous proposera ici et là des techniques comme le cross linking, mais une étude non biaisée des résultats de la littérature et un esprit un tant soi peu scientifique (et dénué d’arrières pensées commerciales) suffit à reconsidérer cette technique, qui n’a toujours pas bien fait la preuve de son efficacité première, ce pour quoi elle est conçue, c’est à dire rigidifier la cornée. Cela paraît curieux, voire inquiétant, de penser que l’on puisse proposer à des patients une technique si faiblement efficace (et non dénuée de complications), mais c’est comme cela… Encore une fois, et comme vous l’avez constaté, l’arrêt des frottements stabilise le kératocône, à n’importe quel âge. Faites attentions au moments de la journée comme le réveil, ou la douche, pendant lesquels les patients se frottent parfois les yeux à leur insu.

  45. Alaeddine Lemjid dit :

    Bonjour Dr,
    Je viens de m’equiper de lentilles rigides en piggy-back ( avec lentilles souples ),
    Ma question est comment choisir les lentilles souples? de quelle puissance? de quelle type?
    Merci

  46. Ivan dit :

    Bonjour,
    J’ai 30 ans et ai un kératocone déjà bien avancé. Est-ce que lorsque j’aurai 90 ans si j’atteins cet age je serais très certainement aveugle à l’oeil le plus détérioré, même si je le stabilise ?

  47. Delphine dit :

    Bonjour Docteur,
    J’ai lu tout ce que vous avez pu rédiger sur le kératocône depuis déjà un moment. J’ai été diagnostiquée il y a 4 ans, suite à un test pour une chirurgie pour la myopie. Le premier ophtalmo l’ayant détecté voulait bien m’opérer et réaliser un cross-linking en même temps…et proposait de faire cela rapidement. Angoissée par cette nouvelle , j’ai été consulter en clinique universitaire chez une spécialiste où je suis suivie depuis lors. Celle-ci ne préconise pas d’opération de la myopie sur un oeil « malade ». Par contre elle m’a confirmé lors de ma dernière consultation que mon kératocône était toujours légèrement évolutif, alors même que j’ai stoppé les frottements à l’oeil comme elle me l’avait d’ailleurs dit, dès la première consultation, il y a +- 4 ans. J’ai un peu d’astigmatisme à présent en plus de la myopie. Elle m’a dit qu’il faudrait « un jour songer à l’opération du cross-linking » avant que cela ne se dégrade plus. J’avoue être échaudée par tous ces diagnostics et avoir développé la peur qu’on m’opère/touche à mes yeux. Ayant arrêté les grattements, je pense donc que c’est ma position de sommeil qui favorise une compression de l’oeil. J’essaie autant que possible de dormir sur le dos mais je dors régulièrement sur le côté gauche (oeil effectivement le plus atteint) sur un oreiller ferme ergonomique. Si cette pression favorise le développement du kératocône, que puis-je donc faire, quel type d’oreiller choisir? Je précise aussi que je suis sujette aux allergies saisonnières et que j’ai eu une grossesse (influence des hormones?) En vous remerciant,

  48. Dr Damien Gatinel dit :

    La corrélation entre l’oeil le plus atteint et la position de sommeil est effectivement frappante, et c’est un argument lourd en faveur de l’origine mécanique du kératocône. Je ne suis pas certain que la pression de l’oeil contre le matelas ou l’oreiller soit la cause directe de la déformation. En revanche, elle favorise l’émergence de nombreux facteurs de risque de frottement : irritation locale, chaleur, contamination par les acariens de literie, germes divers etc. Nous avons étudié la position de sommeil chez les sujets non atteints de kératocône (déclarant ou non se frotter les yeux), et nous en avons plutôt déduit qu’en l’absence de frottements associés, il n’y a pas de kératocône ches les sujets qui dorment « sur l’oeil » mais ne se frottent pas les yeux. Il est toutefois préférable de corriger ce facteur dans votre cas, car il est possible que des frottements réflexes soient effectués pendant le sommeil ou des phases d’éveil rapide. Vous pouvez également porter une coque de protection pendant une nuit ou deux, ce test est assez instructif, car les patients qui se frottent les yeux de manière réflexe en prennent alors conscience (la coque s’interpose entre les paupières et les doigts). Concernant l’évolution de votre kératocône, celle-ci ne doit pas être une simple « impression » mais documentée de manière aussi précise que possible avec des cartes topographiques différentielles. Il existe des fluctuations de mesure entre divers examens, et de fait il est important de ne pas poser le diagnostic de progression par excès. Nous n’avons jamais observé de progression d’une déformation quand les patients cessent réellement de se frotter (je vous invite à consulter le site http://www.defeatkeratoconus.com pour prendre connaissance de ceci si ce n’est déjà fait). Enfin, de mon point de vue, la correction d’une myopie légère par la technique de PKR (laser de surface) est tout à fait possible pour les formes peu évoluées et non évolutives (c’est à dire quand le problème des frottements est définitivement réglé).

  49. Mehdi L dit :

    Bonsoir Docteur Gattinel,
    Je tiens tout d’abord à vous remercier pour votre site.
    J’ai 30 ans, je souffre d’une forte myopie depuis mon jeune age et j’ai été diagnostiqué d’un kératocône bilatéral en 2013 au CHU d’Antibes, kératocône qui a évolué rapidement et fin 2015 on m’a proposé un CXL dans un cabinet externe (moyennant 800 Euros). C’est à ce moment où j’ai découvert votre site. J’ai essayé de ne plus me frotter les yeux depuis, et miracle ! le kératocône n’a quasiment plus évolué. Si jamais j’aurai eu cette recommandation avant, ça m’aurait évité cette dégradation.
    Aujourd’hui j’arrive encore avec les lunettes à avoir 10/10 car la déformation est décentrée sur mon oeil gauche, par contre mon oeil droit avec la correction atteint 5/10 maximum car la déformation est centrée.
    Je voulais prendre votre avis sur deux phénomènes qui me gênent et qui je pense sont liés à la maladie :
    – Je vois des halos lumineux en conduisant la nuit et je suis souvent ébloui par les phares des autres voitures
    – Je vois des corps flottants, en particulier sur mon oeil gauche quand je me concentre sur fond blanc.
    Ma question est : Est ce qu’il y a des moyens/traitements qui permettent de diminuer, voire de faire disparaître ces phénomènes?
    Merci d’avance pour votre réponse.
    Bien cordialement.

  50. Dr Damien Gatinel dit :

    Merci pour votre témoignage. L’arrêt de la progression de votre kératocône ne tient pas du miracle ;-)
    Le kératocône est induit par les frottements répétés et particulièrement soutenus des yeux; en l’absence de frottements (ou à l’arrêt de ceux-ci), il n’y a pas de progression. Cette découverte, que nous avons illustrée par l’exemple ( voir les cas rassemblés ici: https://defeatkeratoconus.com/portfolio-filtersearch/ et qui ne sont pas triés), ne fait pas l’affaire des adeptes du CXL. Néanmoins, tout patient découvert avec un kératocône devrait recevoir une information étayée sur les frottements, être invité à prendre conscience de frottements oculaires intempestifs, et suivi avec des cartes topographiques différentielles… qui révèlent à chaque fois l’arrêt de la progression quand les frottements s’arrêtent.
    Concernant vos questions relatives à des symptômes visuels:
    1) les halos visuels sont en grande partie la conséquence de la déformation cornéenne. Cette déformation est responsable d’une réduction de la qualité optique de l’oeil: la perception d’un écho autour des lumières vives (ex : plusieurs croissants de lune dans le ciel la nuit), de halos, de dédoublement des images constrastées (ex; sous titres) découle de l’asymétrie de la cornée (qui est la lentille optique la plus importante de l’oeil). Pour y remédier, le meilleur mode de correction consiste en l’adaptation de lentilles rigides. De nombreux progrès ont été accompli dans la réalisation des lentilles pour l’équipement des cornées atteintes de kératocône (lentilles hybrides en particulier, qui conjuguent le confort des lentilles souples et la qualité de correction des lentilles rigides). Cette page est un peu technique mais essaye d’expliciter l’effet des aberrations optiques impliquées dans la distorsion visuelle des patients atteints de kératocône; https://defeatkeratoconus.com/vision-disturbances-of-keratoconus/
    2) Il n’y a en revanche pas de traitement pour les corps flottants usuels, qui sont liés à la myopie, et peuvent être plus facilement perçus quand on regarde un motif uni comme un mur blanc, le ciel, etc.

  51. Souleymane TRAORE dit :

    Bonjour Docteur et merci pour ce que vous faîtes.
    J’aurais deux questions à vous poser.
    La première, est-il possible de guérir du kératocône ?
    La seconde, y a t’il une évolution pour la prise en charge de la Sécurité sociale ?
    Quelles sont les dernières avancées concernant cette maladie ?

    Merci d’avance !
    Signé, un patient qui ne supporte pas ses lentilles rigides…

  52. Dr Damien Gatinel dit :

    Il n’est pas possible de guérir du kératocône, mais il est tout à fait possible de stabiliser son évolution en arrêtant définitivement de se frotter vigoureusement les yeux. Le kératocône n’est pas une maladie héréditaire, mais la conséquences d’un terrain propice aux frottements, c’est à dire généralement atopique (allergies), avec fatigue, stress (les yeux sont fatigués et donnent envie de les frotter, etc.). La position de sommeil est un élément important; les patients qui dorment sur un côté (la tête appuyée dans l’oreiller) on souvent un kératocône de ce côté (ou plus marqué du côté le plus « appuyé » pendant la nuit. Si, avant la survenue de frottements répétés et prolongés dans le temps, la cornée est fine, le kératocône (la déformation permanente de la cornée) surviendra plus rapidement.
    La sécurité sociale rembourse les collyres (anti allergiques, hydratants) et certaines opérations liées au kératocône. Les lentilles sont en général l’objet d’une prise en charge dans ce contexte, et constituent le moyen de correction visuelle le plus efficace.
    Les dernières avancées dans cette maladie sont de mon point de vue le fait qu’elle peut être prévenue et stabilisée si l’on accepte l’hypothèse d’une origine directement liée au frottements (pas de frottements, pas de kératocône, « no rub, no cone »). De nombreux éléments logiques, et d’innombrables observations cliniques bien conduites soutiennent cette hypothèse. Elle ne fait malheureusement pas l’objet de beaucoup d’intérêt de la part de ceux qui préfèrent prescrire des techniques coûteuses (et inefficaces quand au premier but recherché, durcir la cornée), comme le cross linking (CXL). Il n’est pas tant important de (tenter de) durcir une cornée ramollie par des années de frottements répétés que de cesser ces frottements! Un site est consacré au kératocône (en anglais): https://defeatkeratoconus.com/ Il rassemble tous les cas vus depuis cette dernière année et suivis depuis plusieurs années par mes soins pour certains. Tous sont stables: car tous les patients ont arrêté de se frotter les yeux, et évitent de dormir sur le ventre ou le côté (ce qui est très corrélé au kératocône).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *