Hypermétropie

Hypermétropie : définition

L’hypermétropie est un défaut optique fréquent, caractérisé par l’existence d’un oeil trop court. L’image formée sur la rétine par un oeil hypermétrope au repos est floue, car les rayons lumineux issus de la cible observée convergent dans un plan situé en arrière de la rétine.  Si la distance entre la cornée et la rétine est trop courte par rapport à la distance de focalisation du couple cornée-cristallin, les symptômes visuels de l’hypermétropie sont variables et dépendent de l’âge du sujet hypermétrope, de son degré d’hypermétropie, et de l’existence d’une presbytie associée. Dans tous les cas, l’hypermétrope voit d’autant plus flou que les objets qu’il observe sont rapprochés.

La vision de loin (10 mètres et au delà) est parfois conservée, et certains hypermétropes sont satisfaits de leur vision à grande distance, alors que les objets situés à quelques mètres, comme dans une pièce de bureau, leur paraissent plus ou moins flous.

 

Sur le plan optique l’hypermétropie est principalement liée à une longueur axiale insuffisante de l’oeil, qui fait que l’image d’un objet éloigné est défocalisée spontanément en arrière de la rétine. L’image projetée dans le plan de la rétine est floue.

L’hypermétropie se corrige par le port de verres de lunettes ou de lentilles de contact convexe: ces dispositifs font converger  les rayons vers le plan rétinien. Le degré d’hypermétropie exprimé en dioptrie (ex : +2 D) correspond à la puissance du verre nécessaire à refocaliser l’image sur la rétine.

hypermétropie

Hypermétropie : l’image la plus nette se forme en arrière de la rétine. L’oeil est trop court (insuffisance de l’ongueur axiale) vis à vis de la distance focale de la cornée et du cristallin

 

Dans certains cas, beaucoup plus rares, l’hypermétropie est principalement liée à une puissance cornéenne (vergence) insuffisante. La cornée n’est pas assez bombée, les rayons incidents ne convergent pas assez vite après réfraction par le dioptre cornéen.

hypermétropie cornéenne

Dans cet exemple, l’hypermétropie est d’origine cornéenne. Elle est liée à une kératométrie centrale largement inférieure à la moyenne (37.5 D à l’oeil droit et à l’oeil gauche), alors que la longueur axiale (mesure par biométrie optique) est proche de la normale (environ 23 mm). La profondeur de la chambre antérieure de l’oeil est relativement importante (3 mm). Une formule de calcul biométrique utilisant la kératométrie pour prédire la position d’un implant de cataracte (comme la formule SRK-T) prédirait une position relativement rapprochée de la cornée. Le calcul biométrique des yeux hypermétrope est réputé moins précis que pour les yeux emmétropes et myopes, car les dimensions relatives des éléments réfractifs de l’oeil hypermétrope (kératométrie, rapport entre les longueurs respectives des segments antérieur et postérieur) sont sujettes à une variabilité plus importante.

Signes associées à l’hypermétropie

Il faut distinguer deux types d’hypermétropie : l’hypermétropie faible et modérée, qui est souvent bien tolérée (hypermétropie latente) et n’oblige pas le patient à se corriger en permanence (du moins jusqu’à l’installation de la presbytie vers 40 ans), et l’hypermétropie forte, qui nécessite une correction permanente, apparaît en général tôt dans l’enfance, et est souvent associée à des troubles de la vision binoculaire (strabisme) ou de l’amblyopie. La frontière entre ces deux types d’hypermétropie se située autour de 2 à 3 dioptries.

Hypermétropie modérée

Si l’hypermétropie est modérée, l’accommodation (normalement réservée à la vision de près) peut être mise en jeu afin de re-focaliser l’image de l’objet éloigné sur la rétine. La vision éloignée sera donc corrigée, mais au prix d’un effort accommodait plus ou moins permanent. Cet effort est toutefois bien toléré chez les sujets jeunes (voir la page consacrée à l’hypermétropie et la presbytie). La vision de loin des hypermétropes faibles est paradoxalement excellente, car une mise au point sur la rétine est parfaite et peut être ajustée pour une perception optimale (principe de l' »autofocus »). Les hypermétropes modérés jugent le plus souvent leur vision de loin excellente, en particulier pour les cibles « très éloignées »: panneaux routiers,  etc.  La notion de « distance » diffère notablement chez l’hypermétrope vis à vis du myope; un hypermétrope considère comme éloignées des cibles situées à plusieurs dizaines de mètres, alors que pour le myope, un tableau d’acuité visuelle a 5 mètres fait partie du domaine du lointain.

Si la vision de « très loin » est bonne, pour être nette, la vision de près requiert chez les patients hypermétrope un effort supplémentaire qui peut, en particulier s’il est prolongé (lecture, travail de près minutieux, ect.), induire des symptômes variés de « fatigue visuelle »: yeux sensibles à la lumière et facilement irritables, maux de tête, vision se brouillant par intermittence, rougeurs oculaires intermittentes,  ect.

Les hypermétropes « modérés » ont souvent bénéficié dans l’enfance ou l’adolescence d’une prescription de lunettes dites « de repos », qu’ils ne portaient que pour les devoirs ou regarder la télévision. Une large proportion des hypermétropies modérées passent inaperçu et ne se démasquent que vers l’âge de la presbytie.

Ainsi, l’ hypermétropie modérée est souvent très bien tolérée (en raison de la compensation accommodative), apparaît relativement tard, en se « décompensant » parfois lors de l’installation de la presbytie. En effet, la puissance de l’effort accommodatif compensateur diminue, ne permettant plus au patient de voir net de loin sans correction de façon confortable. Les patients atteints, n’ayant jamais porté de lunettes, doivent, vers la quarantaine, s’équiper non seulement pour la vision de près, mais également parfois pour la vision de loin, sauf pour des activités peu exigeantes, et des cibles très éloignées (en raison du défaut optique mis en jeu, et de facteurs cliniques comme le diamètre de la pupille, les hypermétropes modérés jugent leur vision de loin relativement satisfaisante pour des objets lointains, à plusieurs dizaine de mètres, alors que la mesure de leur acuité visuelle non corrigée à 5 mètres est inférieure à 10/10).

Hypermétropie moyenne à forte

Si l’hypermétropie est plus importante (ou la presbytie déjà bien installée chez un hypermétrope moyen), elle induira une gêne importante en vision de près de loin, l’accommodation ne suffisant plus à sa compensation totale.

Contrairement aux « faibles » hypermétropes chez qui les troubles visuels commencent après 40 ans, les « forts » hypermétropes sont généralement corrigés dès l’enfance et présentent souvent des antécédents de strabisme ayant parfois fait l’objet d’une intervention chirurgicale.

La fixation des yeux fortement hypermétropes implique généralement une rotation externe marquée vis à vis de l’axe optique de l’oeil, et une augmentation de l’angle Kappa. Ces considérations sont importantes en chirurgie réfractive pour parfaire le centrage des corrections laser.

Hypermétropie secondaire

Ce type d’hypermétropie est observé après chirurgie de la myopie par la technique de kératotomie radiaire; chez certains patients, on observe un effet prolongé de la chirurgie, qui aboutit à une sur correction et une hypermétropie secondaire. Une correction par PKR pour hypermétropie post kératotomie radiaire est possible dans la plupart des cas.

Une forte hypermétropie résulte également d’une chirurgie de la cataracte où il n’a pas été posé d’implant (aphakie). Le retrait du cristallin correspond au retrait d’une lentille biconvexe, dont la puissance dans le plan lunettes est équivalente à 12 à 15 D (20 D environ dans le plan du cristallin). La pose d’un implant de cristallin artificiel vise à donc à suppléer à cette perte de puissance optique et corriger une hypermétropie qui ne manquerait pas de réduire la vision et obliger le patient à porter d’épais verres convexes en cas de non-pose d’implant.

Une hypermétropie secondaire peut enfin être observée chez un patient opéré de la cataracte ayant reçu un implant de puissance inférieure à celle qui eut été nécessaire pour obtenir l’emmétropie (vision de loin nette sans lunettes).

Correction de l’hypermétropie

Correction optique

L’hypermétropie est corrigée par l’utilisation de verres de lunettes ou de lentilles convexes qui permettent de refocaliser l’image d’un objet éloigné au plus près de la rétine. La puissance de ces verres, exprimée en Dioptrie, est positive (ex : +3 D).

hypermétropie correction

Correction de l’hypermétropie en verres : la vergence positive du verre convexe permet de ramener le plan de li’mage nette dans celui de la rétine.

Plus l’hypermétropie est importante, plus le verre correcteur sera bombé et donc épais au centre (comme une loupe). Outre le côté inesthétique, de tels verres peuvent induire un grossissement des images et un rétrécissement du champ visuel périphérique.
Les lentilles de contacts éviterons ces problèmes sous réserve de leur tolérance et de leur acceptation.

Correction chirurgicale

La chirurgie réfractive cornéenne la plus efficace pour la correction de l’hypermétrope est le LASIK, qui  utilise le Laser Excimer pour induire un bombement de la partie centrale de la face antérieure de la cornée. Après LASIK, la vision redevient nette sans effort d’accommodation, et la fatigue visuelle peut ainsi disparaître. En cas de cataracte débutante, ou de forte hypermétropie chez le sujet de la quarantaine et plus (> +6 D), le retrait du cristallin avec pose d’un implant de cristallin artificiel peut être indiqué.

La correction de l’hypermétropie faible et moyenne est effectuée de façon élective par la technique du LASIK. Elle présente certaines particularités qui sont abordées dans la pages suivantes:

En savoir plus sur: la chirurgie de l’hypermétropie –  le LASIK hypermétropiqueles photoablations hypermétropiques

 

Biométrie de l’oeil hypermétrope

 

L’oeil hypermétrope est un oeil en moyenne plus court que l’oeil emmétrope, et bien entendu de l’oeil myope.

La fixation visuelle de l’oeil hypermétrope résulte généralement en une légère rotation externe du globe oculaire vis à vis de son axe optique (axe médian). L’axe visuel forme un angle relativement plus grand avec l’axe pupillaire que chez l’emmétrope et le myope: augmentation de l’angle kappa. Le reflet d’une cible lumineuse fixée par le patient se forme ainsi dans une portion nasale de la pupille d’entrée.

 

biométrie oeil hypermétrope

Etude des dimensions d’un oeil hypermétrope grâce à un biomètre de dernière génération (interférométrie). Un oeil est considéré comme court quand sa longueur axiale (de la cornée à la fovéa) est inférieure à 22 millimètres.

Le segment antérieur (cornée, chambre antérieure, cristallin) est statistiquement plus court, mais la proportion de raccourcissement est généralement plus faible et relativement peu proportionnelle avec celle du segment postérieur. Ceci peut poser certains problèmes vis à vis du calcul d’implant en chirurgie de la cataracte. Les formules de calcul adaptées aux yeux courts sont les formules de Holladay 2, de Hoffer Q, et de Haigis.

 

La biométrie suivante a été obtenue pour un oeil nanophtalme. La nanophtalmie est une atteinte du développement oculaire, c’est une malformation congénitale assez rare. La croissance du globe oculaire est entravée, mais le volume du cristallin demeure relativement important vis à vis de celui de l’oeil entier. La paroi de l’oeil (sclère) est généralement épaissie. Cette réduction du volume du segment antérieur et postérieure expose à diverses complications, comme le glaucome par fermeture de l’angle, le syndrome d’effusion uvéale, etc.

biométrie oeil nanophtalme

Biométrie d’un oeil nanophtalme, dont la longueur axiale est largement inférieur à 20 mm.

3 réponses à “Hypermétropie”

  1. Julien Rinaldy dit :

    Bonjour,

    J’ai été opéré par Dr Gatinel le jeudi 24 mars 2016 d’hypermétropie et astigmatisme aux deux yeux. L’œil droit était bien plus touché que l’œil gauche – que je jugeais plutôt bon – au point que j’étais plus à l’aise avec l’œil droit fermé qu’avec les deux yeux ouverts.
    J’ai longtemps hésité à me faire opérer de cet œil de gauche qui me semblait tenir la route, mais j’ai franchi le pas pour les deux yeux, absolument sans regret.

    Sur l’œil gauche,sans doute parce que la correction était faible, la vision était nette, de près comme de loin, dès le lendemain. Et la récupération a été très rapide, presque imperceptible.
    Quant à l’œil droit, malgré un flou au-delà de 50-60 cm, la lecture – qui n’est plus une corvée – et le travail sur écran d’ordinateur était grandement améliorés. A titre d’exemple, il y a six mois, avec lunettes, j’avais dû baisser la résolution de mon PC portable 17 » de 1900×1200 à 1280×1024. Quatre jours après l’intervention, je suis repassé à 1900×1200. Chose étonnante : malgré la différence de vision entre les deux yeux, je ne faisais pas d’effort pour compenser.

    Mais la surprise – aussi incroyable qu’inattendue – sur laquelle je veux insister est la disparition totale de maux de tête, de sensation de tête lourde – comme porter un casque – et de fatigue visuelle, qui faisaient partie de mon quotidien malgré le port de lunettes. Rien que pour cela, je suis heureux de l’avoir fait (et ce n’est pas terminé, l’œil n’ayant pas fini de progresser). Je dors et me réveille mieux, je ne me sens plus continuellement fatigué. Les pertes d’équilibre et maladresses debout ont disparu également, grâce à une bien meilleure perception de la profondeur. Je me sens plus à l’aise aujourd’hui en voiture qu’auparavant avec mes lunettes.

    Quelques petits mots sur l’accompagnement médical : professionnel, rassurant, clair dans toutes les explications et très agréable.

    En espérant que mon témoignage pourra servir à d’autres.

  2. Vincent Limoges dit :

    J’ai une question.
    Plus jeune, on m’a dit que puisque je suis hypermétrope, j’ai de la difficulté à estimer la distance qui me sépare d’un objet. Est-ce vrai?
    Par exemple, lorsque mon frère me demande à quelle distance il est de moi et que je lui dis 1,5 mètre, il me répond qu’il est en fait à au moins 3 mètres de moi.

  3. Dr Damien Gatinel dit :

    Cette différence de perception peut être induite par l’effet des lunettes de correction de l’hypermétropie, qui sont des verres « grossissants », et peuvent ainsi faire paraître plus « gros » et plus « proche » les objets alentours. Non corrigée, l’hypermétropie n’est pas une source d’erreur pour l’appréciation des distances a priori.

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