Aberrométrie et décentrement post LASIK

L’aberrométrie est particulièrement utile en cas de décentrement post LASIK. Elle permet de visualiser les conséquences du décentrement du traitement, qui résulte en un décalage de la zone optique vis à vis de l’axe visuel. Un décentrement peut être provoqué par un désaxage de l’oeil vis à vis du faisceau laser incident, ou un mauvais réglage du système de poursuite oculaire (eye tracker).

Dans cet exemple, un patient se plaint d’une sensation de flou visuel au niveau de l’œil gauche, apparue immédiatement après LASIK pour une correction de -3 D. L’œil droit, opéré le même jour, a une acuité visuelle  sans correction de 10/10, alors que l’œil gauche présente une acuité visuelle de 3/10 sans correction, qui s’améliore à 10/10 avec une correction de -2 D.  Toutefois, avec cette correction, le patient signale une impression permanente de dédoublement vertical des lettres, des images fantômes autour de certains éclairage ou motifs comme les sous titres au cinéma. Ce type de symptomatologie est évocateur de décentrement (vision dédoublée et sous correction). Il convient toutefois d’écarter systématiquement le diagnostic d’ectasie cornéenne. Dans ce cas, l’apparition immédiate des symptômes et la direction inférieure du décentrement (en plus d’une topographie cornéenne préopératoire normale) sont autant d’éléments qui permettent d’infirmer la possibilité d’une ectasie post LASIK.

Un examen par aberrométrie et topographie combinée (OPD SCAN 3) est indiqué pour objectiver la présence d’un décentrement. Sur la carte « overview » (vue d’ensemble), le décalage de la zone optique en inférieur semble modéré sur la topographie cornéenne en mode axiale.

aberrometrie topographie décentrement LASIK

Cette carte montre une augmentation des irrégularités, qui prédominent au niveau de la cornée (au centre). La carte topographique (au centre) suggère la présence d’un décentrement inférieur.

La topographie cornéenne seule ne permet pas de quantifier l’effet du décentrement : le mode axial n’est d’ailleurs pas le plus intéressant dans ce contexte. Une carte en mode réfractif pourrait s’avérer plus pertinente.

LASIK décentrement carte réfractive

La carte en mode « réfractif » révèle la présence d’un décalage inférieur de la zone de moindre puisance (zone optique) vis à vis de la pupille (dont le contour est délimité par un cercle blanc). La carte en mode réfractive est plus « fonctionnelle » que la carte axiale, car elle tient compte de l’incidence des rayons lumineux, dont l’angle avec la surface cornéenne augmente à distance de l’axe optique.

Il est plus intéressant d’objectiver le retentissement optique (visuel) de ce décalage inférieur de la zone optique. La carte OPD, qui montre les fluctuations de la réfraction au sein de la pupille, permet de confirmer la présence d’une « gradient » vertical de myopie résiduelle. La sous correction prédomine logiquement en supérieur, puisque le traitement démyopisant est décentré en inférieur.

carte décentrement vergence

La carte OPD montre un gradient de myopie au sein de la zone optique. Cette variation, que l’on ne peut corriger en lunettes, explique les symtômes visuels. Le décentrement induit une élévation des aberrations de type coma. Ces aberrations expliquent que la puissance optique locale varie au sein de la pupille.

L’examen aberrométrique montre l’induction d’un taux élevé d’aberrations optiques de haut degré, au sein desquelles prédomine l’aberration de type coma, qui est d’origine cornéenne.

aberrations HOA décentrement totale interne cornéenne

Cartes de front d’onde : total (œil entier), cornéen, et interne. Le front d’onde total (œil entier) est dominé par la présence d’une aberration de type de coma. Celle-ci est liée au décentrment, puisque le front d’onde cornéen est également déformé par de l’aberration coma (flèches)

L’aberration de coma est orientée verticalement (dans l’axe du décentrement).

aberration coma décentrement LASIK

L’aberration de type coma caractérise l’existence d’un déphasage asymétrique entre deux moitiés de l’aire pupillaire. Le front d’onde est en avance en bas, et retardé en haut, car le traitement photoablatif a retiré une épaisseur de cornéee supérieure en inférieur (décentrement inférieur).

 

L’étude de la Point Spread Function (PSF) pour les seules aberrations de haut degré montre un aspect en « comète » ; la lumière focalisée « fuse » dans la direction du décentrement.

PSF coma comète

L’image d’un point source sur la rétine (PSF) est calculée à partir des informations recueillies par l’aberromètre. L’aspect en « comète » explique l’utilisation du mot « coma » pour caractériser ce type d’aberration.

 

L’image convoluée d’une planche d’optotypes (lettres) objective l’origine des symptômes visuels du patient (dédoublements, images fantômes).

optotypes convolution coma

Le calcul de l’image rétinienne d’une planche d’optotypes (lettre) par convolution avec la PSF illustre la présence des images fantômes.

L’aberration de type trefoil est également fréquemment retrouvée en cas de décentrement.

Le traitement du décentrement consiste à recueillir le front d’onde oculaire total, et le front d’onde cornéen. La mesure de l’épaisseur cornéenne permet de s’assurer qu’il existe un mur cornéen suffisamment épais pour bénéficier du traitement de reprise laser. Il est souvent nécessaire d’envisager deux retouches ; l’une pour corriger les conséquences du décentrement, l’autre pour corriger une éventuelle myopie (ou hypermétropie) et astigmatisme régulier résiduels.

Dans cet exemple, un traitement par photoablation personnalisée à visée cornéoplatique est effectué ; à partir d’un recueil du front d’onde cornéen, un profil d’ablation customisé est établi. Il vise à corriger le gradient vertical de myopie au sein de la pupille.

Après soulèvement du capot et délivrance du traitement personnalisé, l’étude de la réfraction (carte OPD) montrent une répartition homogène de l’erreur réfractive résiduelle.

carte OPD recentrement reprise LASIK

Carte OPD qui montre l’homogénéisation apportée par le traitement personnalisé (guidé par la topographie et le recueil du front d’onde cornéen). Ce type d’erreur réfractive est dorénavant corrigible par luenttes, ou par un traitement laser secondaire.

Ce traitement a permis de réduire fortement l’existence des symptômes visuels (disparition de la vision dédoublée). Cette amélioration fonctionnnelle découle de la réduction des aberrations de haut degré (coma). Un second traitement à visée réfractive (correction de la myopie) est alors possible.; une photoablation à visée réfractive pour corriger la myopie pourra être programmée secondairement.

 

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