Les corps flottants, ou « mouches volantes » sont responsables de phénomènes visuels décrits comme l’apparition de petites taches grisâtres, mobiles, dans le champ visuel. Ces phénomènes sont dits « entoptiques », car ils sont directement provoqués par des structures anatomiques propres à l’oeil concerné, et non à une source de lumière externe. Ils sont plus facilement visibles quand le sujet regarde un motif clair et uniforme (ex: un mur blanc, le ciel, etc.). Leur nom savant est « myodésopsies« . Les « mouches volantes » apparaissent plus précocement et sont plus fréquents chez les myopes: elles correspondent à des opacités situées dans le corps vitré de l’oeil .
Symptômes évocateurs
Les symptômes devant faire évoquer les corps flottants sont:
-la perception de petits points noirs ou grisés, de filaments de forme et taille variable, qui se déplacent avec les mouvements de l’oeil, mais avec une certaine inertie
– parfois le corps flottant unique, le plus souvent il est accompagné de corps flottants plus petits, et qui passaient jusque là inaperçus. La forme de ce ces corps flottants est variable : filaments, pattes de mouche, grumeaux, anneaux, etc.
– les corps flottants existent en permanence, alors que le patient ne peut les percevoir que dans des conditions d’éclairage particulières, ou lors de l’observation de motifs unis et clairs (nappe blanche, ciel uniforme, mur clair etc.). Les deux yeux sont généralement atteints, sauf causes particulières (inflammation unilatérale du vitré).
L’âge d’apparition des corps flottants est variable : le pic d’apparition chez les faibles myopes et emmétropes se situe vers la fin de la cinquantaine. Chez les myopes, l’apparition des corps flottants est souvent plus précoce et statistiquement plus fréquente, parfois vers la fin de l’adolescence.
La perception de corps flottants est une source d’anxiété parfois importante pour les patients atteints, alors que leur origine est bénigne dans la grande majorité des cas.
Origine des corps flottants
Les corps flottants (myodésopsies) sont situés dans le corps vitré: ils s’interposent entre la rétine et la lumière émise par les sources observées puis réfractée par la cornée et le cristallin: leur perception relève d’un effet d’ombres chinoises (voir: introduction à la vision). L’impression de double contour grisé est probablement lié à la diffraction de la lumière autour de ces opacités microscopiques. L’humeur vitrée est composée d’eau et de protéines arrangées de manière à former un gel, qui remplit la chambre postérieure (l’espace situé entre la face postérieure du cristallin et la rétine). Afin de garantir une bonne transparence, le gel vitréen possède une structure biochimique particulière (arrangements réguliers des chaines protéiques), nécessaire à la limitation de la diffusion de la lumière lors de sa propagation au sein des milieux oculaires. Avec le temps, où lors de certaines affections (inflammation du vitré: hyalite), le vitré peut perdre sa transparence et ses caractéristiques de « gel », de manière localisée.
Chez les myopes, la survenue de corps flottants est plus précoce: l’apparition de mouches volantes peut être observée dès l’adolescence. Il est possible de postuler que cette modification est liée à une altération de la structure du vitré consécutive à l’expansion plus rapide de la cavité oculaire.
Le décollement postérieur du vitré est un phénomène physiologique qui occasionne également la survenue de corps flottants: en particulier, le décollement de la hyaloïde postérieure de la tête du nerf optique entraine dans la cavité vitréenne un « anneau papillaire » (structure globalement annulaire), dont le « volume » peut provoquer l’apparition d’un « gros » corps flottant.
Récemment, nous nous sommes intéressés aux conséquences des frottements oculaires répétés auxquels s’adonnent certains patients (en raison de la fatigue, d’allergies, de sécheresse oculaire, ou tout simplement parce que « cela fait du bien de se frotter les yeux »). Nous pensons que les frottements sont la cause d’une maladie caractérisée par une déformation cornéenne permanente qui finit par provoquer des troubles visuels: le kératocône. Au vu des images, il est possible que le corps vitré soit également très malmené par les frottements, et cela pourrait aussi provoquer l’apparition de corps flottant, au moins théoriquement (lésions d’origine mécaniques entrainant une réduction de la transparence). La vidéo est ici: il ne faut pas hésiter à la partager pour faire prendre conscience du danger que représentent ces frottements:
Quand les corps flottants apparaissent de manière brutale, et abondante il faut éliminer un saignement rétinien, une hyalite ou pars planite (inflammation du corps vitré). Un examen du fond d’oeil est nécessaire, pour prévenir l’évolution vers le décollement de rétine d’une simple déchirure rétinienne ayant entrainé un saignement localisé.
Quand les corps flottants sont accompagnés de la perception de « flashs » lumineux périphériques, l’existence de tractions vitréennes sur la rétine est probable: un examen du fond d’oeil est également indiqué.
La réalisation d’une capsulotomie au laser YAG (cataracte secondaire) peut entrainer l’appariation ou l’accentuation du nombre des corps flottants.
La chirurgie réfractive au laser (PKR , LASIK) n’est pas une cause d’apparition ou d’accentuation des corps flottants. Cependant, certains patients remarquent parfois des corps flottants au décours de l’intervention, après correction au laser d’une myopie par exemple. Il semble que ces patients, devenus particulièrement attentifs à leur vision, remarquent alors les « mouches » qu’ils avaient auparavant négligé. Il en va de même pour les patients opérés de cataracte.
Traitement des corps flottants
Il n’existe pas de traitement spécifique des corps flottants « bénins ». Le laser YAG a été proposé pour détruire ou fragmenter les gros corps flottants, mais il est peu efficace et induit un risque de décollement de rétine. Quand les corps flottants sont très importants et provoquent une opacification irréversible du vitré, une vitrectomie peut être proposée. Il n’existe pas de traitement préventif des corps flottants, qui sont une « fatalité » souvent inquiétante pour les patients nouvellement affectés, mais ne sont pas considérés comme une « maladie », quand ils sont isolés. Quand les corps flottants s’interposent entre la fovéa et la source observée, il peuvent être particulièrement gênants: en bougeant l’oeil par saccades, le patient peut toutefois créer un mouvement interne du gel vitréen qui déplace la « mouche volante » et libère l’axe visuel.