Dioptries et dixièmes : quelle différence ?
Dioptries et dixièmes expriment deux quantités différentes, souvent confondues par les patients. Les dioptries quantifient l’importance d’un défaut optique (myopie, hypermétropie, astigmatisme), tandis que les dixièmes mesurent l’acuité visuelle, c’est-à-dire la capacité de l’œil à distinguer les détails fins.
Dernière mise à jour : janvier 2025
Points clés : Dioptries vs Dixièmes
• Dioptrie (D) : unité de vergence (puissance optique) = inverse d’une distance en mètres (m−1)
• Dixièmes : mesure de l’acuité visuelle (10/10 = acuité normale de référence)
• Pas de conversion linéaire : la relation dioptries → dixièmes n’est pas proportionnelle
• Ordres de grandeur : −0,50 D ≈ 7/10 ; −1 D ≈ 4/10 ; −1,25 D ≈ 2/10
• Facteur important : le diamètre pupillaire influence fortement le flou perçu
• Vision nocturne : la dilatation pupillaire aggrave le flou chez le myope
Les dioptries : unité de puissance optique
Les dioptries (unité de puissance optique ou vergence, symbole : D) permettent de quantifier l’importance d’un défaut optique comme la myopie, l’hypermétropie ou l’astigmatisme. Elles caractérisent la puissance (vergence) d’un système optique ou la magnitude d’un défaut optique.
L’unité dioptrie est équivalente à l’inverse du mètre (m−1) : c’est donc l’inverse d’une distance. Cette définition simple a des conséquences pratiques importantes :
Vergence (D) = 1 / Distance focale (m)
ou de manière équivalente : Distance de vision nette (m) = 1 / Myopie (D)
Exemples pratiques :
— Un myope de −2 D voit net sans effort à 1/2 = 0,5 mètres (50 cm).
— Un myope de −4 D voit plus flou de loin, car il voit net sans effort à 1/4 = 0,25 mètres (25 cm).
— Un myope de −10 D voit net sans effort à 1/10 = 0,1 mètres (10 cm).
On conçoit que plus la myopie est importante (plus la vision nette sans effort est rapprochée), plus l’acuité visuelle de loin va être réduite.
La notion de vergence est fondamentale en optique ophtalmique. Elle est utilisée pour calculer la puissance des verres correcteurs, des lentilles de contact et des implants intraoculaires. Pour approfondir ce concept, consultez la page dédiée à la formule de vergence et ses applications au calcul de puissance d’implant.
Les dixièmes : mesure de l’acuité visuelle
Les dixièmes permettent de quantifier l’acuité visuelle en vision de loin (ex. : 10/10, 8/10, etc.) d’un œil corrigé ou non.
Cette acuité est mesurée en clinique pour un contraste quasi « maximal » (les lettres sont noires sur fond blanc). L’acuité visuelle est liée au pouvoir séparateur de l’œil, qui repose sur l’angle de résolution minimum (MAR : Minimum Angle of Resolution) permettant de séparer deux points (voir : calcul du MAR et définition du MAR).
L’acuité visuelle en dixièmes est définie comme l’inverse du MAR exprimé en minutes d’arc :
Acuité visuelle = 1 / MAR (en minutes d’arc)
Ainsi, une acuité de 10/10 correspond à un MAR de 1 minute d’arc, tandis qu’une acuité de 5/10 correspond à un MAR de 2 minutes d’arc.
Relation entre dioptries de myopie et perte de dixièmes
Le lien entre la magnitude de la myopie et la réduction de l’acuité visuelle non corrigée de loin n’est pas linéaire. Une myopie de −1 D ne fait pas forcément perdre le double de dixièmes qu’une myopie de −0,50 D… Il n’existe pas de formule simple pour effectuer une conversion de dioptries en dixièmes. Bien évidemment, plus le nombre de dioptries figurant sur la formule des verres (ou des lentilles) est élevé, plus le nombre de dixièmes sera faible, mais on ne peut établir une réelle relation de proportionnalité.
Correspondance approximative myopie / acuité visuelle (pupille moyenne) :
| Myopie (D) | Acuité visuelle approximative | Distance de vision nette |
|---|---|---|
| −0,25 D | 9/10 | 4 m |
| −0,50 D | 7/10 | 2 m |
| −0,75 D | 5/10 | 1,33 m |
| −1,00 D | 4/10 | 1 m |
| −1,25 D | 2/10 | 80 cm |
| −1,50 D | 1-2/10 | 67 cm |
| −2,00 D | < 1/10 | 50 cm |
Ces valeurs sont indicatives et varient selon le diamètre pupillaire et les caractéristiques individuelles.
Rôle du diamètre pupillaire
Ces valeurs (nombre de dixièmes pour tant de dioptries de myopie) varient en fonction du diamètre pupillaire : plus la myopie est importante, et plus les rayons issus d’un point situé au lointain convergent en avant de la rétine. De ce fait, pour une même myopie, plus le diamètre pupillaire est grand, et plus la largeur de la tache que ces rayons divergents forment sur la rétine est importante.

C’est pour cette raison (dilatation pupillaire) que les myopes voient moins bien le soir et la nuit (la baisse de la luminosité provoque une augmentation du diamètre de la pupille pour que l’œil capte plus de lumière).
Certains myopes faibles (ex. : −0,50 D) se passent volontiers de lunettes dans la journée, mais en ressentent le besoin à la tombée du jour, et ne peuvent s’en passer pour conduire la nuit.
???? Implication clinique : myopie et conduite nocturne
Un patient myope de −0,50 D peut avoir une acuité visuelle de 7-8/10 en journée (pupille de 3 mm), mais seulement 4-5/10 la nuit (pupille de 6 mm). La correction optique devient alors indispensable pour une conduite sécurisée.
Calcul théorique du flou rétinien
On peut estimer que la taille de la tache de flou rétinien est égale à :
Diamètre de la tache = Dp × M / 60
où Dp est le diamètre de la pupille (en mm), et M la myopie de l’œil (en dioptries). Le facteur 60 provient de la conversion en degrés et de la longueur focale de l’œil.
Exemple de calcul : pour un œil myope de 1 D et un diamètre pupillaire de 4 mm, la tache d’éclairement est égale à 1 × 4 / 60 = 0,066 mm (66 microns). Plus cette tache grandit, et plus le pouvoir de résolution de l’œil est réduit. Pour séparer deux points (c’est le pouvoir séparateur), il faut que leurs images rétiniennes soient séparées d’une distance au moins égale à la moitié de leur diamètre (ici 33 microns).
L’angle MAR (Minimum Angle of Resolution ou Angle Minimum de Résolution) est l’angle minimum pour séparer deux points observés. L’angle MAR peut alors être estimé, en utilisant une longueur focale égale à 17 mm : il vaut dans cet exemple 6,5 minutes d’arc, ce qui équivaut à une acuité visuelle théorique de 1/6,5 = 0,15 = 1,5/10.
En pratique clinique
En pratique clinique, une myopie de −1 D est le plus souvent synonyme d’une acuité visuelle proche de 4 à 5/10 : le calcul du MAR ne tient pas compte de certains facteurs neurocognitifs (même vues floues, il est possible de deviner la nature des lettres présentées lors du test d’acuité visuelle).
Ces chiffres sont bien sûr approximatifs et issus de modèles géométriques simplifiés. Même vues « floues », les lettres peuvent demeurer identifiables : la lecture de lettres de taille variable (des plus grandes aux plus petites) est souvent utilisée pour quantifier l’acuité visuelle, et ce type de motif peut « faciliter » l’obtention d’une acuité visuelle un peu meilleure que celle qui serait prédite par la théorie.
De nombreux travaux sont consacrés à l’étude des rapports entre aberrations optiques et acuité visuelle. La décomposition du front d’onde oculaire en fonctions polynomiales permet d’analyser précisément les aberrations de bas degré (défocus, astigmatisme) et de haut degré (coma, aberration sphérique) qui contribuent au flou rétinien. La conversion de ces données en unités dioptriques — via des fonctions de vergence — permet de mieux relier les mesures d’aberrométrie à la réfraction clinique subjective.
???? Pour approfondir
• Acuité visuelle : définition et mesure
• Formule de vergence et applications
Références
- Gatinel D, Malet J. Vergence-based ocular wavefront expansions in diopters: orthogonal functions, clinical metrics, and visualization tools. J Opt Soc Am A. 2025;42(12):1846-1863. DOI: 10.1364/JOSAA.42.001846
- Rampat R, Debellemanière G, Malet J, Gatinel D. Using Artificial Intelligence and Novel Polynomials to Predict Subjective Refraction. Sci Rep. 2020;10:8565. DOI: 10.1038/s41598-020-65417-y
- Gatinel D, Rampat R, Dumas L, Malet J. An Alternative Wavefront Reconstruction Method for Human Eyes. J Refract Surg. 2020;36(2):74-81. PMID: 32027365
- Gatinel D, Debellemanière G, Saad A, Wallerstein A, Gauvin M, Rampat R, Malet J. Impact of Single Constant Optimization on the Precision of IOL Power Calculation. Transl Vis Sci Technol. 2023;12(11):11. PMID: 37930666
- Applegate RA, Marsack JD, Ramos R, Sarver EJ. Interaction between aberrations to improve or reduce visual performance. J Cataract Refract Surg. 2003;29(8):1487-1495. PMID: 12954294
- Thibos LN, Hong X, Bradley A, Cheng X. Statistical variation of aberration structure and image quality in a normal population of healthy eyes. J Opt Soc Am A. 2002;19(12):2329-2348. PMID: 12469728
- Atchison DA, Smith G. Optics of the Human Eye. Oxford : Butterworth-Heinemann, 2000.
- Bennett AG, Rabbetts RB. Clinical Visual Optics. 4th ed. Edinburgh : Butterworth-Heinemann, 2007.
Laisser un commentaire