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Crosslinking (CXL)

Souvent désigné sous l’acronyme CXL, la technique du crosslinking (réticulation du collagène cornéen) est proposée au patient pour augmenter la rigidité de la cornée en cas de kératocône évolutif. Malgré son essor en ophtalmologie au cours des dernières années, aucune augmentation significative de la rigidité de la cornée n’a pu être mise en évidence in vivo, chez les patients opérés par cette technique, quelle que soit son type de réalisation (retrait de l’épithélium : epi off CXL, non retrait de l’épithélium,: epi on CXL, ou encore diffusion par iontophorèse de la riboflavine dans le stroma cornéen, etc.).  Ceci devrait suffire à rendre le CXL sujet à controverses. Il est légitime d’émettre des doutes quand à son efficacité réelle sur la biomécanique cornéenne et discuter son intérêt dans la prise en charge du kératocône (voir ici), ainsi que cet article écrit à la lumière de données récentes.

La prise en charge des patients atteints de kératocône repose sur l’éradication de la cause ayant conduit à son apparition et sa progression: l’arrêt strict des frottements suffit pour enrayer l’évolution du kératocône. 

Si le crosslinking échoue à durcir la cornée, son effet mesuré sur la topographie cornéenne découle principalement de modifications cicatricielles de la surface cornéenne (remodelage de l’épithélium cornéen). Il est relativement faible en magnitude et cliniquement peu significatif (une à deux dioptries maximum). Cet effet survient à long terme (plusieurs mois) ce qui confirme l’effet indirect du cross linking. Ces faits qui devraient stimuler l’esprit critique, et interroger quant à la rigueur scientifique mise en jeu pour juger du bien fondé de la réalisation du crosslinking cornéen en clinique humaine, sont rassemblés dans une publication (en anglais). De nombreux exemples cliniques montrant qu’il n’est pas nécessaire d’effectuer une procédure de CXL pour stabiliser l’évolution d’un kératocône sont rassemblées sur le site: https://defeatkeratoconus.com/

Qu’est-ce que le cross linking?

Le cross linking (ou CXL)  est une réaction chimique qui vise à créer des liaisons covalentes entre des atomes ou des molécules (ex: chaines de polymères). Ces liaisons supplémentaires entre les atomes concernés (on parle de réticulation du collagène) apportent alors en principe une rigidité accrue au matériau ou tissu traité. Comme toute réaction chimique de réticulation (création de liaisons inter atomiques), elle nécessite un apport énergétique (lumière ultraviolette dans le cas du CXL cornéen), un substrat, et du temps. La vulcanisation du caoutchouc, ou la création des polymères utilisés dans l’art dentaire sont des exemples de réalisation utilisant le cross linking. L’objectif du cross linking est de DURCIR le tissu traité. La technique de « crosslinking »  nécessite ainsi un apport énergétique qui peut être effectué sous forme de chaleur, ou irradiation par des particules (ex : électrons, ou photons). Certaines réactions nécessitent également l’adjonction d’un agent chimique (molécule) : « cross linking agent ». En plus d’énergie et de substrat, le cross linking nécessite du temps. Enfin, les modifications des propriétés mécaniques des substances « cross linkées » dépendent de la densité des liaisons créées. Le CXL est utilisé dans l’art dentaire, pour durcir des amalgames: conformément aux principes physiques mis en jeu, le durcissement d’un substrat photopolymérisé se produit au moment de l’exposition à la lumière ultraviolette. Curieusement, en ophtlamologie et pour ce qui concerne le CXL cornéen, aucun durcissement  n’est mesuré, ni au décours immédiat, ni (logiquement, puisque le durcissement attendu dépend de l’exposition à la lumière UV qui fournit l’énergie nécessaire) à plus long terme.

Cross linking de la cornée

L’épaisseur du mur cornéen est constituée de deux couches tissulaires principales: le stroma (constitué de lamelles collagènes entrelacées) et l’épithélium, en surface, qui est une couche pluricellulaire stratifiée. Les fibres collagènes sont elles-même constituées de fibrilles de différents type de collagène. Dans le cas de la cornée, l’objectif de la réaction de crosslinking est de réaliser des liaisons chimiques supplémentaires (liaisons covalentes) entre les fibrilles de collagènes du stroma cornéen. Il est important de garder à l’esprit qu’avant toute chose, le crosslinking est une technique pensée et conçue pour durcir le collagène cornéen. Son efficacité doit ainsi être jugée à l’aune de ce renforcement. On observe actuellement une dérive consistant à présenter le CXL comme une technique susceptible d’induire un certain remodelage cornéen, bénéfique à la vision des patients opérés. L’étude de la littérature révèle que le bénéfice visuel du cross linking est faible et peu significatif au regard de dégradation infligée par la déformation cornéenne. En moyenne la réduction de cambrure obtenue ne dépasse pas une dioptrie à une dioptrie et demie, et est consécutive à la cicatrisation de la cornée (repousse épithéliale). La technique de crosslinking pour les cornées atteintes de kératocône a été initialement proposée par l’équipe du Dr Théo Seiler (Zurich, Suisse). Elle nécessite l’adjonction d’une molécule de riboflavine (également appelée vitamine B2) et l’irradiation du tissu cornéen par des photons ultraviolets A (UVA). La riboflavine doit imprégner le stroma cornéen ; irradiée par les UVA (radiations particulièrement énergétiques), cette molécule génère des radicaux libres contenant de l’oxygène, qui seraient à l’origine de la création de liaisons covalentes. Les radicaux oxygénés (ex : peroxyde, ions oxygène) sont très réactifs car ils possèdent des paires d’électrons libres; ces électrons sont alors disponibles pour former des liaisons chimiques covalentes. Divers protocoles ont été proposés depuis, visant généralement à raccourcir la durée de l’intervention (en augmentant la puissance des UV). Ils sont toutefois responsables d’un stress oxydatif, et sont toxiques pour les cellules vivantes comme les kératocytes du stroma cornéen. Les mécanismes chimiques intimes mis en jeu par le cross linking cornéen ne sont pas encore connus avec précision. Le CXL est utilisé avec une certaine efficacité pour le traitement d’infections à des germes résistants aux antiobiothérapies même ciblées: ceci souligne sa potentielle toxicité pour les cellules vivantes. Si la solidification de la cornée a été mesurée in vitro (sur des cornées animales, en laboratoire), aucune augmentation de la rigidité cornéenne n’a été mesurée in vivo (sur des cornées humaines, traitées pour un kératocône). Ce point pour le moins surprenant, et qui devrait conduire à s’interroger sur l’efficacité réelle du cross linking, sera développé infra. Des techniques non invasives destinées à évaluer les propriétés visco élastiques locales de la cornée ont été  développées au cours des dernières années (ex: Brillouin microscopie). Il est intéressant de constater qu’à la fin de l’année 2023, les études publiées concernant l’évaluation des résultats du cross liking sur la cornée avec la Brillouin microscopy ne concernent que des études expérimentales ex vivo/ in vitro… Il est peut être trivial de mentionner que la réaction de CXL proprement dite s’arrête dès que le stroma cornéen imprégné de riboflavine n’est plus irradié par les UV-A (c’est à dire dès lors que la lampe à UV est éteinte, généralement au bout de 30 minutes, mais il existe des variantes et des formes de CXL dites « accélérées »). Pourtant, certains mettent en rapport les variations topographiques tardives avec la procédure de réticulation du collagène proprement dite. Il pourrait s’agir d’une forme de « pensée magique« , mais en réalité, les modifications tardives de la courbure de la cornée (tardives et modestes, bien loin de ce qu’il faudrait obtenir pour régulariser la géométrie de la cornée et faire disparaître le kératocône) sont liées à des phénomènes non spécifiques de remodelage cicatriciel. On observe ce genre de variations cicatricielles au décours de nombreuses procédures chirurgicales de la cornée, ou affections diverses comme les infections, les kératites interstitielles, etc.  

Technique chirurgicale de crosslinking

La réalisation technique classique du crosslinking nécessite le retrait de l’épithélium de la cornée (comme en chirurgie réfractive par laser de surface  ou « PKR »), et l’imprégnation du tissu stromal sous-jacent (dont l’épaisseur doit être d’au moins 400 microns) par de la riboflavine. Des gouttes contenant de la riboflavine en suspension sont instillées à intervalle régulier pendant 30 minutes. Un rayonnement ultralviolet (360 nm, 3 mW/cm) est ensuite délivré à 5 cm de distance sur le stroma cornéen dénudé. Après l’intervention survient donc une phase de cicatrisation épithéliale superficielle. Divers protocoles ont été proposés, mais ceux qui consistent à réduire la durée de l’intervention, ou conserver l’épithélium n’apparaissent pas plus efficaces (moins inefficaces sur le plan biomécanique) que le protocole classique (voir cette étude où il est intéressant de constater que la rigidité de la cornée, objectif premier du CXL, n’est même pas évaluée). Cette cicatrisation explique certainement à elle seule les modifications topographiques mesurées après cross linking (opinion de l’auteur de ce site qui découle d’arguments logiques mentionnés plus haut, et que ne nombreux résultats cliniques et expérimentaux confortent). En effet, on observe par exemple le même type de modification après photokeratectomie à visée thérapeutique (PKT : cette technique comporte aussi le retrait de l’épithélium, suivi de l’application d’une photoablation superficielle de quelques microns, et d’une cicatrisation épithéliale qui est d’amplitude comparable à celle que l’on peut observer après CXL, dans un contexte toutefois moins inflammatoire). Alors que l’objectif du CXL est de rigidifier la cornée (ce qui n’est malheureusement pas obtenu en pratique clinique), l’existence de modifications topographiques (faibles, de l’ordre de 2 dioptries) permet aux promoteurs de cette technique de se convaincre de son « efficacité ». Plus récemment, des techniques consistant à imprégner la cornée de riboflavine sans retrait de l’épithélium ont été proposées (ex: iontophorèse, qui permet de faire migrer les molécules de riboflavine à travers l’épithélium sous l’action d’un champ électrique). Leur efficacité semble aussi nulle sur la rigidité cornéenne que la technique classique avec désépithélialisation, mais les modifications observées en terme de topographie cornéenne sont également cette fois-ci non significatives (l’absence de retrait de l’épithélium expliquant probablement la modestie des résultats observés en matière de modification de la géométrie cornéenne). Ces résultats suggèrent fortement que les modifications épithéliales expliquent les changements topographiques observés après CXL, qui ne sont donc pas spécifique à cette technique, et surviendraient également au décours de toute technique impliquant retrait puis repousse de l’épithélium. Si la cornée est particulièrement amincie par l’évolution du kératocône, le cross linking peut s’avérer toxique pour la couche de cellules endothéliales. Ces cellules sont situées à la face profonde de la cornée et chargées de maintenir le tissu cornéen dans un état de déshydratation relatif. L’activation des radicaux libres dans les couches profondes de la cornée peut être source de mort cellulaire endothéliale, avec risque d’œdème cornéen. Une épaisseur minimale suffisante de cornée doit être mesurée avant de proposer un CXL. Signalons au passage que la cornée est généralement plus fine après réalisation du cross linking, ce qui n’est pas un gage d’efficacité de la technique.   Enfin, des variantes consistant en un cross linking accéléré, où l’irradiation UV est plus intense mais plus brève ont été proposées: leur efficacité est comparable (nulle sur la biomécanique cornéenne, partielle sur la topographie de la surface cornéenne); elles  visent essentiellement à simplifier le protocole opératoire mais n’apportent pas grand chose de plus que la technique classique. Les effets à long terme du cross linking sont encore méconnus, ainsi que la perennité de l’effet durcisseur envisagé, car il existe un remodelage cornéen physiologique.  

Indications du crosslinking

Si l’on croit à l’efficacité du crosslinking, il est logique de le proposer mais dans le cadre d’un kératocône EVOLUTIF, puisque l’enjeu revendiqué par cette technique, faute de pouvoir démontrer un quelconque durcissement, est de freiner l’évolution du kératocône. Du point de vue de l’auteur de ce site, le kératocône est probablement lié de manière intime à la réalisation de frottements oculaires répétés, qui sont plus à même d’expliquer la déformation cornéenne qu’une dystrophie mettant en jeu des mécanismes purement biomoléculaires. Une force mécanique externe (frottements) semble nécessaire à l’éclosion de la maladie, et pour enrayer sa progression, il apparaît logique de ne plus l’exercer (arrêter de se frotter les yeux). Il existe malheureusement une tendance abusive à proposer cette technique dès la découverte d’un kératocône même débutant. De même, des indication abusives de cross linking sont malheureusement parfois constatées, par exemple chez des patients de plus de 30 ans, pour lesquels l’évolution attendue du kératocône est nulle, …sauf bien entendu si les patients continuent à se frotter vigoureusement les yeux. Proposer un cross linking après 35 ans ne relève d’aucun élément scientifique probant car le kératocône est peu ou plus évolutif (…il est malheureusement fort possible que l’on réalise un jour qu’il en est de même quel que soit l’âge du patient). En effet, un équilibre entre le stress mécanique (les frottements) et la perte d’élasticité du tissu cornéen est alors atteint. Ceci peut être différent pour des formes rares et tardives de kératocône, qui surviennent parfois quand le patient concerné a commencé à se frotter très fréquemment et vigoureusement les yeux à l’âge adulte (profession exposée avec irritants oculaires, travail très prolongé sur écran, apparition d’une sécheresse oculaire marquée, etc.). L’argument opposé par les partisans du cross linking contre l’abstention est qu’il « faut bien faire quelque chose »… Le cross linking n’a pourtant pas les caractéristiques et l’innocuité d’un placebo, tant cette technique s’avère potentiellement agressive pour le tissu cornéen. Le crosslinking consiste en une réaction oxydative puissante, dont on connait pourtant les effets délétères potentiels sur les tissus biologiques, et dont le taux de complication est loin d’être négligeable, … ainsi que le coût pour le patient. L’argument mis en avant est que si les lentilles ou certaines procédures sont à même de restaurer tout ou ou partie de la fonction visuelle, il est nécessaire de stopper l’évolution du kératocône. Les patients légitimement inquiets et peu informés sont très sensible à ce discours et envisagent très positivement la réalisation d’une technique censée stopper leur maladie et sont prêts à débourser des sommes parfois conséquentes pour cela. En effet, les patients atteints de kératocône, et leurs proches, sont souvent très inquiets, et demandeurs d’une intervention qui pourrait si ce n’est les guérir, au moins enrayer l’évolution de la maladie, ce qui explique la facilité avec laquelle cette technique de CXL est acceptée. Comme souligné par l’étude de référence de la librairie Cochrane publiée en 2015, il n’existe pourtant aucune étude à même de démontrer que le CXL retarderait la greffe de cornée. Les études publiées n’ont pas de valeur statistique car il n’y a pas de groupe témoin, et que les critères d’évaluation utilisés pour le monitoring du kératocône sont insuffisamment précis. Que la réalisation du CXL retarde la greffe est une vue de l’esprit, et parfois un biais lié au fait que les médecins qui réalisent le CXL retardent naturellement l’indication d’une greffe au décours de celui-ci. Par ailleurs, il est possible qu’un effet bénéfique du CXL consiste en l’arrêt des frottements oculaires: mais ce dernier peut et doit plutôt être obtenu sans qu’il soit besoin de réaliser un geste relativement invasif pour un tissu cornéen déjà mis à mal par la répétition d’un traumatisme mécanique parfois violent (en particulier pour les patients qui frottent avec la partie dure des phalanges des doigts). L’évolutivité du kératocône doit être confirmée par la topographie cornéenne. La réalisation d’examens topographiques et tomographiques de bonne qualité est cruciale: il est préférable d’effectuer plusieurs mesures à chaque visite car la répétabilité de la mesure topographique est inférieure en cas de kératocône. De plus, l’évolutivité du kératocône doit être jugée sur un faisceau de critères, et non un critère topographique unique comme la kératométrie simulée (sim-K). Au mieux, il faut réaliser une carte topographique différentielle, qui est un examen objectif relativement aisé à interpréter. Il n’est pas licite, même si l’on est convaincu d’un effet ralentisseur, de proposer un crosslinking lors de la première visite après découverte d’un kératocône quel que soit son stade. Il existe en effet des formes non évolutives de kératocône, en particulier les formes infra cliniques (dont le kératocône fruste). Ces formes sont souvent rencontrées chez des patients atopiques, qui se sont frottés les yeux  à certaines périodes de leur existence et ont cessé ou fortement réduit ces frottements. Dans les formes avérées de kératocône, il ne sert à rien (pour le patient du moins) de faire un cross linking si le kératocône n’évolue plus. Répétons qu’après 30/35 ans, la majorité des kératocônes n’évoluent plus (sauf poursuite de frottements vigoureux répétés des yeux). Inversement, la pratique de frottements oculaires répétés peut tout à fait  provoquer une déformation (souvent appelée « ectasie » du mur cornéen) et même après 30 ans. Plutôt que de prescrire un CXL à la hâte, et présenter ce besoin comme « urgent », il est crucial d’expliquer au patient qu’il faut absolument arrêter de se frotter les yeux, ce que font très souvent (toujours?) les patients atteints de kératocône. Il faut également interroger les patients sur leur manière de dormir et proscrire les compressions oculaire prolongées la nuit (patients dormant sur le ventre ou sur le côté, la tête dans l’oreiller, en appui orbitaire sur une main ou l’avant-bras, etc.). Certains moments de la journée sont propices à des frottements souvent inconscients: le matin au réveil, sous la douche, devant l’écran (travail soutenu), le soir au coucher. Le démaquillage est parfois effectué de manière un peu « violente » pour les cornées, et on observe souvent chez les femmes qui se démaquillent avec vigueur certaines déformations cornéennes (le plus souvent peu prononcées, car le geste n’est effectué qu’une fois par jour). Le suivi rigoureux de patients atteints de kératocône enseigne que l’arrêt des frottements suffit à enrayer l’évolution du kératocône. Ceci renforce si ce n’est démontre l’hypothèse d’un mécanisme causal des frottements oculaires. Cette assertion peut être simplement vérifiée en consultant les cas rassemblés sur le site defeatkeratoconus.com.  Cette collection unique d’observation non triées fournit autant d’exemples éloquents du rôle des frottements, de la position de sommeil, dans la génèse du kératocône, et de l’effet bénéfique et stabilisateur obtenu par le simple arrêt de ces frottements (les cas sont consultables ici). Enfin, un minimum d’objectivité et d’esprit scientifique devrait conduire à réaliser que les résultats du cross linking sont discutables, en particulier sur le plan biomécanique (voir plus loin « Le crosslinking en question« ). La méthodologie utilisée dans les études destinées à évaluer le cross linking ne permet pas d’affirmer la supériorité de cette technique sur un « placebo », ou même sur l’absence de toute thérapeutique à visée freinatrice !! De nombreuses formes de kératocône ne subissent pas de progression spontanée au delà d’un certain temps d’évolution, en l’absence de traumatisme local répété (toujours les frottements oculaires). Il est absolument vrai qu’in VITRO, on observe un effet « durcisseur » du crosslinking: celui-ci est engendré pour des cornées animales ou indemnes de kératocône. Mais in VIVO, l’effet durcisseur du crosslinking n’a jamais pu être mis en évidence, ce qui est pour le moins surprenant car le crosslinking n’a comme but que celui de réticuler le stroma cornéen pour en modifier les propriétés visco-élastiques. Les effets mesurables du CXL ne pourraient être qu’induits par un remodelage épithélial (plutôt que stromal antérieur), c’est à dire une réaction cicatricielle superficielle.  On observe d’ailleurs souvent une opacification plus ou moins discrète dans le stroma antérieur superficiel, qui peut induire une gêne visuelle à type de brouillard appelée « haze ».

haze post cross linking
Opacité cornéenne superficielle, située dans le stroma antérieur sous épithélial, après la réalisation d’un cross linking pour kératocône.

    Suivant l’importance de l’opacité, une simple gêne visuelle ou un handicap fonctionnel plus important peuvent être observés.

Exemple de haze (opacité cornéenne diffuse) survenue après réalisation d'un cross linking chez un sujet de 22 ans, dès la découverte d'un kératocône lié à des frottements oculaires répétés.
Exemple de haze (opacité cornéenne diffuse) survenue après réalisation d’un cross linking chez un sujet de 22 ans, dès la découverte d’un kératocône lié à des frottements oculaires répétés.

Ainsi en résumé : Après CXL du collagène cornéen, certains cas d’aplatissement tardifs (réduction de la courbure de la cornée) ont été rapportés, mais ils ne sont pas spécifiques à cette technique et ont été également rapportés après des épisodes de kératite ou d’inflammation du stroma de la cornée. Les modifications de la courbure de la cornée observées après CXL (le plus souvent de faible amplitude , soit 1 à 2 D) sont probablement liées à des remaniements cicatriciels de la tunique la plus superficielle de la cornée (l’épithélium), et n’ont pas grand chose à voir avec les conséquences d’un quelconque durcissement du stroma cornéen (qui n’a répétons le jamais été mesuré après cette technique in vivo, alors que la solidification de la cornée est la raison d’être d’une technique de cross linking!). Le kératocône est souvent associé (très probablement provoqué par) à des frottements oculaires répétés et vigoureux (effectués avec les phalanges, plus dure que la pulpe des doigts)… aggravant la distorsion et les ruptures entre les fibre collagènes reliant les lamelles cornéennes, et la création (supposée) de liaisons chimiques covalentes ne peut probablement pas véritablement réparer les véritables liaisons naturelles, ni rétablir l’organisation spatiale harmonieuse des fibres collagènes. L’auteur de ce site est convaincu de la nécessité d’un traumatisme physique externe pour expliquer la survenue et l’évolution du kératocône (théorie « no rub, no cone »): les frottements oculaires répétés sont le plus fréquemment incriminés, mais dans des formes plus rares, la compression nocturne prolongée par la main ou l’oreiller semble associée à des formes uni ou bilatérales de kératocône (syndrome du « pillow hugging »). Les patients qui dorment sur le ventre ou sur le côté sont plus exposés à cette forme de kératocône. Ces kératocônes ont généralement une topographie particulière (cambrure périphérique marquée). Soustraire le dôme cornéen aux facteurs physiques externes à même d’en compromettre la rigidité biomécanique est la première mesure à envisager lors de la découverte d’une forme évocatrice de kératocône débutant, ou d’un kératocône avéré. La cessation des frottements oculaires (ou de tout traumatisme répété sur le dôme cornéen) suffit dans mon expérience fondée sur le suivi de centaines d’yeux à stopper net l’évolution du kératocône.   Il n’est jamais urgent d’effectuer un crosslinking. Il est peut être même jamais opportun de le faire. Si vous doutez de cela, consultez les résultats de nos travaux concernant le suivi des patients atteints de kératocône et pris en charge de manière éthique et conforme à la réalité du kératocône:

  • cessation strictes des frottements oculaires
  • modification éventuelle de la position de sommeil
  • protection des globes oculaires (coques de protection) la nuit
  • traitement des affections responsables des frottements ocuaires (atopie, allergie, blépharite, sécheresse oculaire, stress, travail soutenu sur écran, etc.)

Ces travaux confirment que l’arrêt des frottements suffit pour arrêter l’évolution de la déformation et de l’amincissement de la cornée. Cette page recense des arguments scientifiques pour justifier le scepticisme de l’auteur de ce site, qui n‘est pas un esprit chagrin, mais doué d’esprit critique et de probité intellectuelle. Elle est également destinée à rassurer les patients atteints de kératocône auquel les lignes suivantes s’adressent plus particulièrement: -N’oubliez jamais que vous pouvez stopper l’évolution de la déformation cornéenne en ne vous frottant plus jamais vigoureusement les yeux. Ce n’est pas votre faute si vous avez un kératocône, l’information sur les frottements oculaires et leurs dangers est malheureusement quasi inexistante en dehors de ce site et quelques autres. La communauté ophtalmologique dans son ensemble continue de considérer le kératocône comme une affection génétique dont les mécanismes sont incompris, et que la maladie du tissu oculaire est liée à des phénomènes constitutionnels et/ou inflammatoires locaux. Il est difficile de lutter contre les certitudes inculquées depuis des décennies, et il faudra du temps pour faire évoluer la compréhension et l’acceptation du caractère mécanique du kératocône. De nombreuses équipes se consacrent à la recherche de gènes, de mécanismes moléculaires qui pourraient à eux seuls expliquer la maladie. Il n’est forcément aisé  pour des chercheurs impliqués dans la recherche de mécanismes biomoléculaires pointus d’admettre que la déformation cornéenne puisse être simplement la conséquence de la répétition d’un traumatisme local (les frottements): cette explication est pourtant la plus évidente et à même de rendre compte de ce qui est rencontré au cours du kératocône. – Les arguments critiques développés à l’encontre du CXL sont étayés de constatations logiques et qu’il est tout à fait possible de vérifier dans la littérature médicale (voir le lien vers l’article en anglais). Si votre ophtalmologue vous a vivement recommandé le CXL, il est très probable qu’il l’ai fait en étant convaincu du bénéfice de cette technique.  Prenez plusieurs avis, et usez de votre esprit critique. – Cette page ne fait la promotion d’aucun produit concurrent ou alternatif. Ne plus se frotter les yeux ne coûte rien, si ce n’est parfois beaucoup de volonté. NB 7 Février 2014 : Cette hypothèse d’un effet prédominant de l’épithélium cornéen vient d’être confirmé par une étude menée grâce à l’utilisation de la technologie OCT spectral domain; l’étude en coupe de cornées ayant « bénéficié » d’un CXL avant et après l’intervention montre l’absence de changements au niveau du stroma (là où le CXL est sensé agir) mais des modifications de la couche épithéliale (expliquant les changements topographiques rapportés après CXL) : http://www.healio.com/ophthalmology/journals/jrs/{44a6ce76-aa3e-439b-8dd5-58e1d68647d6}/epithelial-and-stromal-remodeling-after-corneal-collagen-cross-linking-evaluated-by-spectral-domain-oct Si l’on croit au bien fondé du CXL, sa réalisation n’est toutefois pas possible de le proposer pour tous les patients, et il existe des contre indications classiques pour le CXL. En cas de cornée fine, le risque est celui d’une toxicité endothéliale (l’endothélium est la couche la plus profonde de la cornée: sa lésion entraine un œdème irréversible), il ne faut pas réaliser de cross linking si la cornée atteinte de kératocône possède une épaisseur centrale inférieure à 400 microns au centre. Toute lésion cicatricielle active est également une contre indication. Enfin, rappelons encore que le cross linking n’est pas indiqué en cas de kératocône non évolutif, et qu’en cas de forme évolutive, il est nécessaire de vérifier que l’évolution continue même quand le patient arrête de se frotter les yeux. La réalisation d’un cross linking lors de la découverte d’un kératocône chez un adulte relève souvent d’une indication abusive. Certaines recommandations médicales suggèrent de proposer un CXL a tout patient jeune (ex 18 ans), avant de vérifier que le kératocône progresse. Dans l’expérience (vaste) de l’auteur de ce site, l’arrêt strict des frottements oculaires permet de stopper l’évolution du kératocône. A l’inverse, et malgré le cross linking, le kératocône progresse toujours quand on se frotte les yeux.

Résultats du cross linking

Les résultats cliniques suggèrent la survenue d’une stabilisation (mais pas d’une régression ni guérison) du kératocône et des ectasies cornéennes. En réalité, les effectifs des études publiées sont bien insuffisants pour démontrer de manière statistiquement significative que le CXL enraye l’évolution du kératocône.  Le cross linking ne permet pas non plus la guérison du kératocône; même si les études étaient suffisamment robustes, le recul limité dans le temps de cette technique ne permettrait pas encore d’affirmer qu’il existe un effet stabilisateur du cross linking à moyen et long terme. Par ailleurs, il existe de nombreuses formes non évolutives de kératocône, ce qui ne permet pas de conclure forcément à l’efficacité du cross linking en cas de stabilisation après réalisation de cette technique. En particulier, l’arrêt strict des frottements digitaux oculaires suffit dans la plus part des cas à stopper l’évolution du kératocône chez les adultes jeunes. Répétons en se faisant l’écho de l’étude Cochrane, qu’aucune étude statistique bien construite ne permet de démontrer que le CXL stoppe plus l’évolution du kératocône que l’arrêt des frottements oculaires, ou que l’évolution spontanée qu’aurait eu la maladie en l’absence de traitement. Des modifications topographiques (comparaison de la topographie cornéenne avant et après cross linking) ont été observées ; augmentation initiale de la cambrure (liée au retrait de l’épithélium et au démasquage probable de la géométrie de la couche de Bowman) avant réduction plus tardive de celle-ci. Toutefois, cette réduction est de faible amplitude au regard de la déformation causée par le kératocône (un peu moins de 2 dioptries en moyenne, alors que le kératocône peut augmenter la kératométrie de 10 à 20 Dioptries). Dans une étude récente, la cambrure cornéenne centrale (kératométrie) et l’astigmatisme cornéen n’ont diminué que de 0.16±2.20 and 0.10±1.69 D (voir le résumé de l’étude). L’amélioration de la vision est en moyenne modeste et proche d’une ligne de meilleure acuité visuelle corrigée. Ces résultats sont comparables à ceux que l’on pourrait espérer en dénudant la cornée de son épithélium, en créant une réaction inflammatoire locale, et en observant les effets de la repousse épithéliale sur la cornée ! Des complications du cross linking ont été rapportées :  inflammation locale (haze), infections cornéennes (abcès cornéen), et lésions endothéliales (l’endothélium est la couche la plus profonde de la cornée dont l’atteinte peut causer un œdème irréversible). Dans les cas les plus graves, une fonte stromale (nécrose centrale de la cornée) peut être observée. Le taux de complications rapporté est généralement compris entre 2 et 3%. Insistons encore sur un point important et trop souvent négligé: il existe une technique simple et dénuée de risque (et dont le coût financier est nul pour le patient…) pour éviter de faire progresser un kératocône: convaincre le patient atteint d’arrêter de se frotter les yeux. On observe dans certains cas, après l’arrêt des frottements oculaires, une certaines régularisation du galbe cornée (de faible amplitude, environ 1D, mais qui semble réelle et non liée à des fluctuations de mesures, et probablement liée à la réduction de l’inflammation induite par les frottements et une certaine régularisation épithéliale). Les frottements oculaires répétés et vigoureux sont une cause prouvée d’évolutivité pour le kératocône, qui provoque souvent une envie irrépressible de se frotter les paupières, car les larmes s’étalent moins bien sur la cornée déformée, qu’il existe de facteurs inflammatoires associés au kératocône au niveau de la surface oculaire.   Ces données justifient la remise en question de l’efficacité réelle du cross linking. La vidéo suivante (en anglais), enregistrée lors du congrès de la Société Française d’Ophtalmologie 2015,  résume les raisons qui font que le scepticisme devrait être de règle en matière de cross linking : http://www.healio.com/ophthalmology/cornea-external-disease/news/online/%7B909f9158-4926-4bac-9016-c673992ccf59%7D/video-speaker-discusses-issues-with-cross-linking

En RESUME :

Le cross-linking du collagène cornéen a été conçu pour solidifier la cornée des patients atteints d’une forme progressive de kératocône, mais aucune preuve de durcissement cornéen n’a jamais été observée chez des patients atteints de kératocône et ayant subi cette technique. Les partisans de celle-ci rejettent habituellement l’absence de preuve d’efficacité clinique sur les instruments de mesure, qui ne seraient pas assez performants pour mesurer ce durcissement. Or, ces instruments mesurent parfaitement le « ramollissement » cornéen consécutif à la présence et l’évolution d’un kératocône, ou d’une chirurgie cornéenne, ou encore d’une pathologie cornéenne responsable d’une réduction de la rigidité cornéenne (ex :œdème de la cornée). Si la cornée durcissait de manière significative après CXL, ce durcissement serait mis en évidence, au moins de manière tendancielle sur de larges effectifs, en vertu du principe élémentaire en physique de réversibilité d’un phénomène avec la flèche du temps. L’enjeu du CXL s’est déplacé vers la stabilisation supposée du kératocône, et la réduction de la courbure centrale de la cornée. Aucune étude statistique bien construite n’existe pour valider la preuve formelle d’un ralentissement de l’évolution du kératocône, car il existe de nombreuses formes spontanément non-évolutives. Les études portent sur de faibles échantillons, sans groupe témoin de qualité, sans tenir compte de la répétabilité moindre des mesures pour juger de la progression et/ou de al stabilisation. Les résultats de ces études sont malheureusement interprétées avec un biais caractérisé par un a priori favorable, sans que l’efficacité de cette technique ne soit remise en cause: quand les résultats espérés ne sont pas aux rendez-vous (pas de durcissement mesuré), les auteurs blâment les instruments de mesure en considérant qu’il existe forcément un durcissement, mais qu’il n’est pas mesurable. Je laisse soin au lecteur d’apprécier la valeur scientifique de ce type d’interprétation. Les modifications observées après CXL en matière de modification de la courbure cornéenne sont de faible amplitude et non spécifiques, liées au remodelage de l’épithélium de la cornée. Le relatif succès pour la pratique de cette technique de CXL chez les patients atteints de kératocône  s’explique par le demande de ces patients, anxieux une fois le diagnostic posé, ainsi que des aspects « économiques » propres aux gains qu’elle suscite chez les industriels (vente d’ampoules de riboflavine et de consommables) et bien entendu les chirurgiens (la plupart croient aux vertus du CXL, mais certains refusent de remettre en question son efficacité quand celle-ci est contestée, et balaient d’un revers de main des arguments pourtant frappants, simples et logiquemlent évidents; à titre d’exemple, la discordance entre jumeaux monozygotes pour le kératocône, expliquée tout simplement par … la discordance entre habitudes de frottements oculaires!). Outre l’absence de modifiation biomécanique in vivo, d’autres preuves indirectes de l’inefficacité du CXL existent :

  • inefficacité totale du CXL sans retrait épithélial (les mécanismes cicatriciels non spécifiques n’étant pas mis en jeu)
  • inefficacité des techniques de CXL par iontophorèse, pourtant tout à fait à même de faire pénétrer les agents réactifs dans la cornée, et qui devraient réagir au rayonnement UV qui traverse pourtant facilement la couche épithéliale.

Le kératocône n’est pas une affection dont l’évolution se fait de manière capricieuse et imprévisible. Le kératocône est la conséquence directe de frottements oculaires répétés. Le diagnostic de kératocône doit faire l’objet d’une enquête sur les habitudes liées au frottements oculaires, et à la position de la tête au cours du sommeil, afin de cesser les possibles irritations et traumatismes oculaires liés à la compression prolongée et la contamination par des irritants (allergènes, acariens, germes microbiens, etc.). L’arrêt des frottements oculaires, et le maintient des orbites à distances de l’oreiller (dormir sur le dos plutôt que le ventre ou le côté) sont beaucoup plus efficaces sur le mécanisme causal principal du kératocône qu’une réaction physico-chimique dont l’enjeu principal n’est pas obtenu en pratique clinique. Il est inutile d’ajouter un stress physico chimique à une cornée victime d’un stress mécanique répété.

Références scientifiques sélectionnées

Travaux scientifiques auxquels Damien Gatinel, MD, PhD a contribué et qui éclairent les notions présentées sur cette page.

156 réponses à « Crosslinking (CXL) »

  1. Dr Damien Gatinel

    Il est difficile de vous donner une conduite à tenir claire dans ce contexte. Le haze est une complication du CXL, dans mon expérience il s’atténue avec le temps, mais cela peut prendre plusieurs mois. Il me paraît plus sage de ne pas réintervenir pour l’instant, et l’adapation des lentilles sciérales demeure la meilleure option. Je profite de cette réponse pour informer les éventuels candidats au cross linking que cette technique ne doit selon moi ne plus être effectuée. Je suis de nombreux patients dont la progression du KC est nulle dès lors qu’ils cessent de se frotter les yeux.

  2. Mima Rach

    Bonjour Docteur,

    Tout’ d’abor je voulais vous remercier pour votre réponse en date du 01/08/2016 à 16h14. Je vous avais laissé une question sous le pseudo Mima Rach.
    J’ai eu un souci debut août avec mon oeil gauche, je me suis blessée en mettant les lentilles sclérales et j’ai touché la cornée. Mon oeil était tout rouge et je n’arrivais pas à l’ouvrir. J’ai donc été chez mon docteur , il a dû me mettre des gouttes anésthésiantes et il a gratté avec une aiguille puis il a mis une lentille pansement comme après le CXL.
    Suite à votre aide je lui ai demandé si j’avais un HAZE à mon oeil gauche, il fût assez surpris que je pose cette question et il m’a dit que lorsqu’il opérait il mettait des gouttes et des produits speciaux pour éviter cela. Je suis retournée le voir hier pour un contrôle et là il me dit que l’HAZE à l’oeil gauche est encore fort présent que je dois continuer à mettre des gouttes corizones et que l’o,n se revoit fin novembre. la seule solution serait d’éventuellement ré-opérer un PKR mais que seul le temps serait notre allié pour la disparition de l’HAZE. Je ne sais plus si je dois le croire pour être honnête , j’ai d’ailleurs jeudi un rendez-vous avec un autre docteur (pas spécialisé dans le kératcône) car à Bruxelles mon docteurs ets réputé être LE SPECIALISTE du kératocône car je ne sais pas si je dois le croire. Avant de faire l’opération CXL et PKR nous avions discuté et il avait dit au pire cela restera la même chose au mieux vous verrez mieux. Il n’a jamais au grand jamais mentionné le risque je vois moins bien et maintenant je lui ai demandé et si après cette 3 ème opération ma vue se dégrade encore , il me répond cela ne risque pas. Je voyais 7/10 avec mon oeil gauche avant et maintenant je suis à 4/10 avec plus d’astigmatisme.
    Je ne sais plus quoi faire docteur, svp guidez moi que dois-je faire , je voudrais juste retrouvez le peu d’indépendance que j’avais avant ces opérations , càd je pouvais au moins lire et regarder la télé sans lentilles. Les lentilles sclérales me fatiguent, je vais d’ailleurs encore les changer car elle sont toujours sales , je dois constamment les frotter avec un cotton-tige car des liupides se forment et la vue n’est pas nette mais je n’ai pas d’autres choix que de les porter car sans je ne sais ni travailler ni conduire ni lire. Sans vous parler qu’en 2 ans presque je n’ai toujours pas réussi à trouver la bonne méthode pour les mettre , ce n’est aps évident avec le serum physiologique etc.. Que dois-je faire une 2ème opération à l’oeil gauche pour enelver l’HAZE ou y a t-il une réelle chance que ce HAZE disparraisse avec le temps ? Cela fait déjà plus de 9 mois que je me suis faite opérée à l’oeil gauche.
    Un énorme merci d’avance pour votre aide.
    Meriem

  3. Mima Rach

    Bonjour Docteur,

    Tout’ d’abor je voulais vous remercier pour votre réponse en date du 01/08/2016 à 16h14. Je vous avais laissé une question sous le pseudo Mima Rach.
    J’ai eu un souci debut août avec mon oeil gauche, je me suis blessée en mettant les lentilles sclérales et j’ai touché la cornée. Mon oeil était tout rouge et je n’arrivais pas à l’ouvrir. J’ai donc été chez mon docteur , il a dû me mettre des gouttes anésthésiantes et il a gratté avec une aiguille puis il a mis une lentille pansement comme après le CXL.
    Suite à votre aide je lui ai demandé si j’avais un HAZE à mon oeil gauche, il fût assez surpris que je pose cette question et il m’a dit que lorsqu’il opérait il mettait des gouttes et des produits speciaux pour éviter cela. Je suis retournée le voir hier pour un contrôle et là il me dit que l’HAZE à l’oeil gauche est encore fort présent que je dois continuer à mettre des gouttes corizones et que l’o,n se revoit fin novembre. la seule solution serait d’éventuellement ré-opérer un PKR mais que seul le temps serait notre allié pour la disparition de l’HAZE. Je ne sais plus si je dois le croire pour être honnête , j’ai d’ailleurs jeudi un rendez-vous avec un autre docteur (pas spécialisé dans le kératcône) car à Bruxelles mon docteurs ets réputé être LE SPECIALISTE du kératocône car je ne sais pas si je dois le croire. Avant de faire l’opération CXL et PKR nous avions discuté et il avait dit au pire cela restera la même chose au mieux vous verrez mieux. Il n’a jamais au grand jamais mentionné le risque je vois moins bien et maintenant je lui ai demandé et si après cette 3 ème opération ma vue se dégrade encore , il me répond cela ne risque pas. Je voyais 7/10 avec mon oeil gauche avant et maintenant je suis à 4/10 avec plus d’astigmatisme.
    Je ne sais plus quoi faire docteur, svp guidez moi que dois-je faire , je voudrais juste retrouvez le peu d’indépendance que j’avais avant ces opérations , càd je pouvais au moins lire et regarder la télé sans lentilles. Les lentilles sclérales me fatiguent, je vais d’ailleurs encore les changer car elle sont toujours sales , je dois constamment les frotter avec un cotton-tige car des liupides se forment et la vue n’est pas nette mais je n’ai pas d’autres choix que de les porter car sans je ne sais ni travailler ni conduire ni lire. Sans vous parler qu’en 2 ans presque je n’ai toujours pas réussi à trouver la bonne méthode pour les mettre , ce n’est aps évident avec le serum physiologique etc.. Que dois-je faire une 2ème opération à l’oeil gauche pour enelver l’HAZE ou y a t-il une réelle chance que ce HAZE disparraisse avec le temps ? Cela fait déjà plus de 9 mois que je me suis faite opérée à l’oeil gauche.
    Un énorme merci d’avance pour votre aide.
    Meriem

  4. Dr Damien Gatinel

    Si votre astigmatisme n’est « que » de 2 dioptries pour chaque oeil, l’ectasie est pour l’instant « modérée », au moins sur le plan fonctionnel. Il n’y a aucune urgence à réaliser un CXL pour une affection qui semble être apparue très progressivement, et a priori suite à des stress mécaniques répétés (poids des oreillers, puis glace, et certainement des frottements réguliers dont vous n’avez peut être pas pris complètement conscience mais qui accompagnent les épisodes d’irritation oculaire). Dans mon expérience, les ectasies tardives après LASIK surviennent chez des patients dont les cornées étaient initialement un peu « fragilisées » par les frottements dans le passé, mais sans plus (quand les cornées sont franchement affaiblies sur le plan biomécanique, l’ectasie post LASIK survient rapidement, en quelques semaines voire quelques jours). Je vous conseille de ne plus du tout appuyer sur les yeux (ni oreiller, ni glace, ni bien entendu les mains), et d’effectuer des topographies de contrôle, avec des cartes différentielles qui devraient révéler une stabilisation de l’affection, si encore une fois vous veillez bien à ne plus frotter. Les cornées ne reprendront pas une forme plus régulières, mais en principe demeureront stables. Vous pouvez envoyer votre dossier (cartes topographiques de 2002, récentes, et compte rendus opératoires mentionnant le matériel utilisé et la profondeur d’ablation de la correction excimer notamment) à gatinel@gmail.com J’espère que ces précisions vous auront un peu rassuré.

  5. Manon Paré

    Je m’adresse à vous en désespoir de cause. J’ai 44 ans et j’ai été opérée au Lasik à Montréal en 2002. Tout c’est bien déroulé et j’ai eu une très bonne vision pendant des années. En 2008, j’habitais à Paris et j’ai noté que ma vision était parfois un peu embrouillée, mais cela dépendait des jours. Je suis allée passer un examen et j’avais environ -0.25 d’astigmatisme dans les 2 yeux, donc rien d’alarmant. Certains matins je voyais très bien, d’autres non. Ma vue a continué à se détériorer très légèrement mais rien de vraiment handicapant jusqu’à cette année. J’ai donc fini par aller voir un optométriste pour me faire ajuster une paire de lunette. Malheureusement, elle était incapable de trouver la bonne correction et les résultats de topographie de la cornée étaient indicateurs d’une ectasie cornéenne. Elle m’a donc envoyé consulter un cornéologue à l’institut ou j’avais eu mon lasik, qui a confirmé le diagnostic. Il veut que je fasse faire le cross linking immédiatement (J’ai -2.00 d’astigmatisme dans les 2 yeux). J’ai des doutes quant à cette chirurgie (CXL) et la lecture de cet article ne fait que renforcer ces doutes… Je trouve que la clinique me pousse trop à faire le cross-linking et je me demande si ce n’est pas pour cacher le fait qu’ils n’auraient jamais dû faire le lasik en premier lieu. Je ne frotte pas particulièrement mes yeux mais j’ai dormi pendant des années avec un oreiller assez lourd sur les yeux. Pendant l’hiver dernier, j’ai beaucoup pleuré (problèmes perso) et appliqué de la glace sur mes yeux pour diminuer l’enflure. Cela correspond à la période ou ma vue s’est vraiment davantage détériorée. À 44 ans, est-ce qu’il ne serait pas plus prudent de faire faire un suivi de l’évolution de mon ectasie avant de prendre des mesures aussi drastiques? Selon ma lecture de mon dossier (que j’ai eu énormément de difficulté à obtenir), j’aurais 428 microns à l’œil gauche et 445 microns à l’œil droit. En ce moment, je porte des lentilles souples journalières et je vois très bien. Je ne sais pas vers qui me tourner pour avoir une opinion fiable car j’ai l’impression que tout le monde essaie de se protéger, au détriment de la santé de mes yeux. Si je ne fais pas le cross-linking et que ma cornée continue de s’amincir, quelles seront mes options? Je vous remercie infiniment de prendre le temps de me lire. Je suis extrêmement angoissée depuis que j’ai reçu ce diagnostic et le peu d’information sur le sujet augment ce stress. (Si vous le souhaiter, je peux vous faire parvenir mon dossier complet).

  6. Dr Damien Gatinel

    Si vous lisez les pages consacrées au kératocône sur ce site, vous pourrez prendre connaissance du fait que je considère le kératocône comme lié à la réalisation de frottements oculaires répétés. Ces frottements surviennent car les yeux démangent, et sont donc plus fréquents chez les allergiques, les gens qui travaillent en milieu poussiéreux, ou encore ceux qui réalisent de nombreuses heures de travail sur écran. La progression du kératocône du côté droit s’explique probablement par les frottements que vous n’avez pas cessé (soir parce que vous n’avez pas été informé du risque, soit parce que vous n’avez pas pu vous empêcher de le faire). Par ailleurs je suis très sceptique sur l’intérêt du CXL pour des raisons qui sont stipulées également sur les pages de ce site. Mon opinion est hélas peu partagée par la plupart de mes confrères, qui réalisent facilement le cross linking, parfois dès la découverte du kératocône; de mon point de vue, cette technique n’a comme seul effet positif que de réduire la tentation de se frotter l’oeil (car celui-ci devient souvent très sensible au décours immédiat du CXL). Le paradoxe du CXL est qu’il s’agit d’une technique TRES invasive, qui consiste à fournir au tissu cornéen des électrons destinés à former d’hypothétiques liaisons covalentes entre les fibres collagènes. De mon point de vue, il est préférable de ne pas rompre ces lésions en en se frottant pas les yeux, et de ne pas recourir au CXL. Pour votre oeil gauche, qui devait être nettement moins atteint, votre ophtalmologue a jugé utile de combiner PKR et CXL. De mon point de vue encore, le CXL est inutile, et de nombreuses publications scientifiques attestent que la PKR seule n’est pas à même de faire évoluer un kératocône débutant. Le risque est que l’association du CXL et de la PKR ne complique la cicatrisation de la cornée, et provoquent par exemple un haze (une opacification superficielle de la cornée). Bien entendu, si vous avez continué à frotter les yeux, dont l’oeil gauche, vous avez peut être également contribué à en provoquer l’évolution de la déformation cornéenne. Il est difficile de vous dire pour quelle(s) raison(s) votre acuité est faible du côté gauche, mais votre chirurgien devrait pouvoir vous fournir des éléments plus précis et détaillés. J’insiste pour conclure sur le fait que le CXL est une technique qui fait l’objet d’un consensus dans la communauté médicale et que mon point de vue est personnel, même s’il est le fruit d’éléments de logique et des données publiées sur cette techniques, en plus d’observation de nombreux cas, et surtout d’un rapport récent de la librairie Cochrane qui conclut à l’impossibilité de conclure, justement, à l’intérêt du CXL tant les études sont de faibles effectif ou biaisées. Il est aussi certain que les patients atteints de kératocône sont très demandeurs de « quelque chose » pour stopper l’évolution de la malaidie. Or, ce quelque chose existe et ne coûte rien: il suffit de ne plus se frotter les yeux.

  7. Mima Rach

    Bonjour
    J’ai 30 ans , je vis à Bruxelles et on m’a diagnostiqué un kératocone à l’age de 25 ans (2010), après consultation on m’a prescrit des lentilles rigides que je ne supportais pas et qui tombaient constement dans mon oeil. Mais mon ophtalmologue ne voulait rien entendre et m’a simplement demandé de rentrer chez en ayant aucune solution pour moi. L’état de mon kératocone n’étant pas trop avancé , je n’ai plus porté des lentilles et je suis resté ainsi pendant 4 ans, je pouvais conduire, travailler sur écran sans problème. En 2015 , j’ai vraiment senti que ma vue diminuait (surtout au volant) et avec mon droit j’étais incapable de lire. J’ai donc à nouveau consulté un autre médecin. Il a da’bord voulu vérifier que mon kératocone évoluait encore donc de janvier 2015 à juillet 2015 il n ‘a rien fait et lorsqu’il a été sur qu’il y avait encore évolution, il a fait un cross-linking a l’oeil droit (ou je voyais 1/10). Ensuite en décembre 2015, nous avons fait un cross linking combiné à une correction PKR à l’oeil gauche. Lorsque je suis arrivée cjhez lui en janvier 2015 ma vue avec l’oeil gauche était de 7/10 et avec lunettes ( 10/10) avant l’opération de l’oeil gauche je n’étais plus qu’à 5/10. Et aujourd’hui mon astigmatisme a l’oeil gauche a augmenté je suis à 4/10 mais avec une correction bcp plus forte qu’avant l’opération. Je porte actuellement des lentilles mini sclérales (que je remplis avec du sérum phsysiologique) , depuis mars 2015 au début ma vue étaitv de 10/10 au 2 yeux avec ces lentilles. mais aujourd’hui je fais face à des lipides et des protéines dessus qui rendent la vue trouble et floue. sans parler du fait que je SOUFFRE pour les mettre , presque 2 ans plus tard, je mets toujours autant de temps pour les mettre le matin (presque 1h30) et je me blesse souvent surtout à l’oeil gauche , je n’arrive meme plus à l’ouvrir après avoir mis la lentille. Dès que je cligne des yeux les lentilles ne sont plus claires.
    La semaine porchaine je retourne chez le contactologue qui va me proposer des autres lentilles sclérales (un autre matériel) mais j’aimerais savoir s’il ya une solution pour moi ? Et surtout pourquoi le cross linking et PRK n’a pas amélioré ma vue le PRK était sensé me permettre d’être plus focntionnelle sans lentilles (pour toutes les fois où j’ai trop difficiles à les mettre).
    Je ne sais plus si je peux encore avoir confiance en mon docteur. Il n’a aucune explication.
    Merci d’avance pour votre réponse.

  8. Mouhssine

    Mouhssine
    Merci Cher Docteur , je me permet de vous envoyer par email à l’adresse indiqué la dernière pantacame 2016.
    Mais Doc, mon opthalmo m’a aussi expliqué que la cause est aussi héréditaire, du côté de mon père ( 46 ans) qui presente une keratocone depuis son jeune âge et jusqu’à nos jours .Ma soeur (22 ans ) a aussi à une keratocone non évolutive depuis 2011.
    Comme question cher Doc , dois-je espérer que le cross peut stopper l’oeil gauche sachant qu’actuelement avec la lentille rigide ,la vue est de 9/10.
    Pour mon oeil droit c’est flagrant, j’arrive à porter la lentille rigide avec une vue de 4/10 mon ophtalmo me conseil de faire une greffe

  9. Dr Damien Gatinel

    Il m’est difficile de blamer votre ophtalmologiste car d’une part, si vous lisez les pages du site consacré au CXL, vous verrez que je pense que cette méthode n’est pas une panacée, et d’autre part, votre kératocône est resté stable entre 2012 et 2015… sans CXL. Au risque de répéter les mêmes préconisations, l’essentiel quand on reçoit le diagnostic de kératocône est de cesser immédiatement de se frotter les yeux. Si votre kératocône évolue, c’est probablement qu’à votre insu, vous continuez à vous frotter les yeux vigoureusement de temps en temps, peut être quotidiennement. En effet, de mon point de vue, le kératocône est provoqué par les frottements oculaires, souvent effectués avec les phalanges des doigts. Malheureusement, si cesser les frottements permet de stabiliser la déformation cornéenne, il n’y a pas d’amélioration spontanée à attendre et le choix entre lentille rigide et greffe dépend de l’évolution de la déformation. La classification du kératocône en stades (1 à 4) est un peu obsolète, et si vous souhaitez me faire parvenir vos cartes topographiques, vous pouvez m’écrire à l’adresse gatinel@gmail.com.

  10. Mouhssine

    Bonjour Doc
    Cher docteur ,j’ai 19 ans , mon ophtalmo m’avait diagnostiquer une keratocone de stade 3 sur l’oeil droite et un stade 1 sur l’oeil gauche et cela depuis 4ans ( 2012). On m’a prescrit des lentilles rigides à l’oeil droite et souple à la gauche
    Le problème est que après contrôle ( topographie ) en 2015 ,tout va bien aucune évolution le même stade sur les deux yeux , mais un an après en janvier 2016 ,c’est l’alarme
    mon oeil droit passe au stade 4 très évoluée ,et l’oeil gauche au stade 3 .
    Des médecins ont blâmé mon ophtalmo pour n’avoir pas fait de Crossliking au temps voulu pour l’oeil droite et de ne m’avoir pas prescrit de lentille rigide aussi pour l’oeil gauche.
    Cher docteur , c’est troublant je ne sais quoi faire ,dois-je faire le crosse le plus tôt possible pour mon oeil gauche afin de stopper l’rvolution.
    Pour l’oeil droit stade évolué , on me conseil de faire un greff
    Si vous permettre doc je peux vous envoyer les trois topographes montrant l’évolution alarmante être 2015 et 2016

  11. Dr Damien Gatinel

    Si vous lisez cette page est les explications consacrées au CXL et au kératocône, vous pourrez constater que de mon point de vue, l’essentiel pour éviter d’induire ou de voire progresser le kératocône est de ne pas ou de cesser de se frotter les yeux. Il est difficile de quantifier de manière fiable l’évolution du kératocône, et le CXL n’est sans doute pas plus efficace pour le stabiliser que de ne plus se frotter les yeux. Parfois, la cicatrisation après le CXl est particulièrement inflammatoire, et ceci peut conduire à une sensation de baisse de vision, qui n’a pas grand chose à voir avec l’évolution du kératocône (déformation du mur cornéen), mais plus avec un problème de surface oculaire (relissage épithélial, inflammation du stroma superficiel au contact de l’épithélium, etc.). Je vous conseille donc de ne plus vous frotter les yeux, et de réaliser des topographies de contrôle, qui devraient alors montrer l’absence d’aggravation de la déformation de la cornée.

  12. Dr Damien Gatinel

    Vous présentez effectivement une complication très rare du LASIK, sauf si la cornée est initialement fine et que l’on se frotte les yeux, appelée ectasie cornéenne. L’ectasie ressemble au kératocône: il s’agit d’une décompensation biomécanique de la cornée. De mon point de vue, le kératocône n’est PAS une maladie héréditaire de type « dystrophie cornéenne », mais la conséquence directe de frottements oculaires répétés. Sans frottements, ou traumatisme répété de la cornée de ce type, il est de mon point de vue très peu probable voire impossible que la cornée puisse se déformer toute seule et donner un tableau de kératocône (alors qu’aucun mécanisme précis pouvant expliquer ce type de déformation n’a été mis en évidence, qu’aucun gêne du kératocône n’a été identifié, etc.). En bref, je considère que le kératocône est une affection mécanique, un peu comme l’entorse de la cheville, même si les mécanismes et tissus impliqués sont différents bien entendu.
    Si vous vous frottiez les yeux avant le LASIK, vous avez probablement fragilisé vos cornées, sans que celles-ci ne soient affaiblies sur le plan biomécanique au point d’évoluer vers un tableau topographique correspondant à ce que l’on appelle un kératocône.
    Mais la réalisation du LASIK a accentué cette fragilité (réalisation d’un capot et amincissement avec le laser excimer), et la poursuite des frottements conduit sur ce terrain particulier à l’appariation de l’ectasie à gauche.

    Si vous lisez les pages qui lui sont consacrées sur ce site, vous comprendrez pourquoi je réprouve la réalisation du cross linking, même en cas d’ectasie cornéenne. Cette indication part d’une bonne intention, celle de « stopper » l’ectasie, ce qui n’a jamais été formellement démontré, en l’absence de groupe témoin. La recommandation et l’envie d’effectuer un CXL est compréhensible toutefois, car on préfère en général tenter quelque chose plutôt que de rester sans traitement.
    Il est a peu près certain qu’un patient fraîchement opéré de CXL pour ectasie cesse de se frotter l’oeil en postopératoire (sensibilité accrue de la cornée, sensation que l’oeil est fragile car opéré), et que ceci suffit pour expliquer la stabilisation. Par ailleurs, une fois la cornée « déformée » par l’ectasie, il n’y a malheureusement aucune chance que cette chirurgie « reforme » la cornée. Les petites modifications topographiques observées après CXL sont soit « dans le bruit de fond des mesures », soit liées à la simple cicatrisation et le remodelage de l’épithélium de la cornée (que l’on enlève au cours du CXL, et qui repousse ensuite, souvent de manière plus « épaisse », d’où le léger aplatissement noté après CXL, qui n’est donc qu’un simple effet de relissage épithélial).
    Par ailleurs, le CXL après LASIK expose à certaines complications non spécifiques à cette situation (infection), mais aussi plus encline à survenir comme le haze (cicatrisation inflammatoire marquée de la cornée avec réduction de la transparence de celle-ci).
    Dans votre cas, il ne me paraît pas nécessaire de réaliser un CXL de l’oeil droit mais comme vous l’avez bien compris, de cesser de se frotter cet oeil. Evitez aussi de dormir sur le côté ou sur le ventre en appuyant la tête dans l’oreiller, dans mon expérience, cette habitude semble également conduire à l’apparition de phénomènes de type « déformation asymétrique » de la cornée qui ressemblent à ce que l’on observe dans ce que l’on désigne comme « kératocône débutant ».
    Vous pouvez effectuer régulièrement des examens topographiques pour suivre l’évolution de votre ectasie.

  13. Dr Damien Gatinel

    Le cross linking n’est certainement pas à effectuer en urgence. La première chose à faire est d’arrêter strictement de vous frotter les yeux, ce que vous faites surement si vous avez un kératocône (allergies, travail sur écran, fatigue visuelle, etc. sont souvent des causes retrouvées). Parfois, les frottements oculaires ont lieu au réveil, ou après le coucher, le démaquillage, etc. Si vous ne vous frottez plus les yeux, le kératocône cessera d’évoluer. Par ailleurs, le port de lentilles rigides est la meilleure solution pour corriger la vision, mais l’adaptation de ces lentilles est difficile quand le kératocône est évolué. Il faut s’efforcer de trouver une lentille adaptée, ou d’essayer une adaptation en verre scléral (large lentille qui est souvent mieux tolérée).

  14. Cher docteur ;
    J’ai presque 31 ans et j’ai un keratocone bilateral , bref dans la derniere topographie que j’ai faite il y a une semaine mon oeil droit est au stade 3 ; mon OG stade 2 ; bref mon ophtalmo m’a prescrit une lentille regide et un cross linking le problème que je suis pas convaincu du cross linking et quand je porte les lentille mon œil gauche devient rouge

  15. Dr Damien Gatinel

    Le flou visuel est lié à la présence d’une inflammation et de la cicatrisation post CXL. Si vous ne vous frottez vraiment plus les yeux il n’y a pas de risque d’ectasie. Si ce risque existe de manière potentielle, le CXL ne me paraît pas en mesure de le réduire en réalité. En revanche, le risque de complication (haze, infection) du CXL doit inciter à la prudence.

  16. Youlanda

    Bonjour Dr
    J’ai 42 ans et j’ai effectué une correction lazik pour ma miopie il y a deux ans. L’intervention a bien fait son effet et ma vision est devenue parfaite. Mais il y a un mois j’ai senti une baisse brusque de la vue à l’oeil gauche. Aprés consultation mon medecin a diagnostiqué un soit disant affaiblissement de la cornée du au frottements et stress. Il m’a indiqué un crosslinking d’urgence. Le crosslinking a étè fait il y a une semaine mais j’ai toujours une vision floue comme du brouillard sur l’oeil traitée et j’ai peur qu’elle ne disparait avec le temps. Est ce normale d’avoir ça aprés l’intervention ou bien non.
    Et ce que c’est necessaire de faire la même procedure pour l’oeil droit ou c’est pas la peine surtout que j’ai compris qu’il faut plus froter les yeux.
    Merci

  17. Dr Damien Gatinel

    Il est important de comprendre pourquoi la récupération visuelle de l’oeil droit n’est pas bonne. Il peut s’agir d’une inflammation et de troubles de la cicatrisation provoqués par le CXL. La baisse de vision n’est peut être pas liée à une évolution du kéroatocône, mais une conséquence du cross linking. Par ailleurs, il est important que vous ne vous frottiez plus les yeux si vous voulez vraiment que le kératocône n’évolue plus.

  18. BENABBOU Omar

    Bonjour
    Merci pour vos explications intéressantes Dr
    J’ai un Keratocone bilatéral stade 3 OG et entre 1et 2 OD, sur l’OG j’ai fait un CXL qui a marché, la corné s’est plutot stabilisé. Or le deuxieme CXL que j’ai effectué il y’a 3mois sur OD n’a pas stabilisé l’évolution, et je constate dernierement une déterioration de la vue (effet halo et vison doublé )
    Je suis perplexe car l’OG a une AV de 3/10 et je vois essentiellement avec L’OD !
    Que pouvez vous me conseiller ? je suis en début de carrière et j’ai pleins de réves j’espere que cette maladie ne va pas handicaper ma vie

  19. Dr Damien Gatinel

    À mon humble avis, le CXL n’est pas une technique ayant un grand intérêt dans l’ectasie primaire (frottements oculaires ayant provoqué le kératocône) ou secondaire, après Lasik. Les raisons de ce scepticisme sont largement évoquées sur ce site, et étayées par la méta-analyse recente de la Cochrane library. Cependant, il est psychologiquement difficile pour les patients atteints de ne ‘rien’ faire, quand certains praticiens proposent une méthode supposée freiner l’ectasie. Dans ce genre de situations, il est indiqué de répéter les examens topographiques: si l’ectasie est stable (ce qui sera le cas si vous ne frottez plus les yeux à priori) alors il n’y a pas d’intérêt à faire un CXL. Cette technique sensée durcir la cornée (mais qui échoue à le faire) provoque une réaction inflammatoire et cicatricielle de la cornée. Les modifications topographiques qu’elle induit sont les conséquences de cette réaction, mais cette dernière est dispensable dans ce contexte.

  20. sylvain B

    Bonjour Dr,
    J’ai 42 ans.
    Opéré en 2008 par lasik pour traité une myopie, j’ai depuis 2010 connu une forte régression de ma vue. J’ai consulté plusieurs ophtalmologue, qui suite au relevé topographique ont tous constaté une ectasie bilatérale. A ce jour, une spécialiste hospitalière me propose un CXL sur l’oeil droit dont l’ectasie évolue régulièrement depuis 2010 (plus que l’oeil gauche).
    Parallèlement, je suis en cours d’adaptation de lentille ‘spot’ par un opticien spécialisé dans cet pratique et qui travail en collaboration avec les hopitaux. Ces lentilles m’apportent un confort visuel que je n’osais plus espérer depuis longtemps (lunettes et lentilles souples inefficaces, lentilles rigides classiques trop difficilement supportable …).
    Après avoir lu votre article, je m’interroge logiquement sur la pertinence du CXL. Ayant déjà subit un lourd revers après ma chirurgie réfractive qui devait m’apporter du confort visuel et qui au final a provoqué une ectasie post-lasik, mes inquiétudes sont je pense légitimes.
    Est-ce que je prends un risque (aggravation jusqu’à la nécessité d’une greffe ou autres …) à ne pas faire ce CXL sur une ectasie évolutive, et quel est-il ? Plus exactement quel est le rapport bénéfice-risque selon vos expériences ??

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