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Crosslinking (CXL)

Souvent désigné sous l’acronyme CXL, la technique du crosslinking (réticulation du collagène cornéen) est proposée au patient pour augmenter la rigidité de la cornée en cas de kératocône évolutif. Malgré son essor en ophtalmologie au cours des dernières années, aucune augmentation significative de la rigidité de la cornée n’a pu être mise en évidence in vivo, chez les patients opérés par cette technique, quelle que soit son type de réalisation (retrait de l’épithélium : epi off CXL, non retrait de l’épithélium,: epi on CXL, ou encore diffusion par iontophorèse de la riboflavine dans le stroma cornéen, etc.).  Ceci devrait suffire à rendre le CXL sujet à controverses. Il est légitime d’émettre des doutes quand à son efficacité réelle sur la biomécanique cornéenne et discuter son intérêt dans la prise en charge du kératocône (voir ici), ainsi que cet article écrit à la lumière de données récentes.

La prise en charge des patients atteints de kératocône repose sur l’éradication de la cause ayant conduit à son apparition et sa progression: l’arrêt strict des frottements suffit pour enrayer l’évolution du kératocône. 

Si le crosslinking échoue à durcir la cornée, son effet mesuré sur la topographie cornéenne découle principalement de modifications cicatricielles de la surface cornéenne (remodelage de l’épithélium cornéen). Il est relativement faible en magnitude et cliniquement peu significatif (une à deux dioptries maximum). Cet effet survient à long terme (plusieurs mois) ce qui confirme l’effet indirect du cross linking. Ces faits qui devraient stimuler l’esprit critique, et interroger quant à la rigueur scientifique mise en jeu pour juger du bien fondé de la réalisation du crosslinking cornéen en clinique humaine, sont rassemblés dans une publication (en anglais). De nombreux exemples cliniques montrant qu’il n’est pas nécessaire d’effectuer une procédure de CXL pour stabiliser l’évolution d’un kératocône sont rassemblées sur le site: https://defeatkeratoconus.com/

Qu’est-ce que le cross linking?

Le cross linking (ou CXL)  est une réaction chimique qui vise à créer des liaisons covalentes entre des atomes ou des molécules (ex: chaines de polymères). Ces liaisons supplémentaires entre les atomes concernés (on parle de réticulation du collagène) apportent alors en principe une rigidité accrue au matériau ou tissu traité. Comme toute réaction chimique de réticulation (création de liaisons inter atomiques), elle nécessite un apport énergétique (lumière ultraviolette dans le cas du CXL cornéen), un substrat, et du temps. La vulcanisation du caoutchouc, ou la création des polymères utilisés dans l’art dentaire sont des exemples de réalisation utilisant le cross linking. L’objectif du cross linking est de DURCIR le tissu traité. La technique de « crosslinking »  nécessite ainsi un apport énergétique qui peut être effectué sous forme de chaleur, ou irradiation par des particules (ex : électrons, ou photons). Certaines réactions nécessitent également l’adjonction d’un agent chimique (molécule) : « cross linking agent ». En plus d’énergie et de substrat, le cross linking nécessite du temps. Enfin, les modifications des propriétés mécaniques des substances « cross linkées » dépendent de la densité des liaisons créées. Le CXL est utilisé dans l’art dentaire, pour durcir des amalgames: conformément aux principes physiques mis en jeu, le durcissement d’un substrat photopolymérisé se produit au moment de l’exposition à la lumière ultraviolette. Curieusement, en ophtlamologie et pour ce qui concerne le CXL cornéen, aucun durcissement  n’est mesuré, ni au décours immédiat, ni (logiquement, puisque le durcissement attendu dépend de l’exposition à la lumière UV qui fournit l’énergie nécessaire) à plus long terme.

Cross linking de la cornée

L’épaisseur du mur cornéen est constituée de deux couches tissulaires principales: le stroma (constitué de lamelles collagènes entrelacées) et l’épithélium, en surface, qui est une couche pluricellulaire stratifiée. Les fibres collagènes sont elles-même constituées de fibrilles de différents type de collagène. Dans le cas de la cornée, l’objectif de la réaction de crosslinking est de réaliser des liaisons chimiques supplémentaires (liaisons covalentes) entre les fibrilles de collagènes du stroma cornéen. Il est important de garder à l’esprit qu’avant toute chose, le crosslinking est une technique pensée et conçue pour durcir le collagène cornéen. Son efficacité doit ainsi être jugée à l’aune de ce renforcement. On observe actuellement une dérive consistant à présenter le CXL comme une technique susceptible d’induire un certain remodelage cornéen, bénéfique à la vision des patients opérés. L’étude de la littérature révèle que le bénéfice visuel du cross linking est faible et peu significatif au regard de dégradation infligée par la déformation cornéenne. En moyenne la réduction de cambrure obtenue ne dépasse pas une dioptrie à une dioptrie et demie, et est consécutive à la cicatrisation de la cornée (repousse épithéliale). La technique de crosslinking pour les cornées atteintes de kératocône a été initialement proposée par l’équipe du Dr Théo Seiler (Zurich, Suisse). Elle nécessite l’adjonction d’une molécule de riboflavine (également appelée vitamine B2) et l’irradiation du tissu cornéen par des photons ultraviolets A (UVA). La riboflavine doit imprégner le stroma cornéen ; irradiée par les UVA (radiations particulièrement énergétiques), cette molécule génère des radicaux libres contenant de l’oxygène, qui seraient à l’origine de la création de liaisons covalentes. Les radicaux oxygénés (ex : peroxyde, ions oxygène) sont très réactifs car ils possèdent des paires d’électrons libres; ces électrons sont alors disponibles pour former des liaisons chimiques covalentes. Divers protocoles ont été proposés depuis, visant généralement à raccourcir la durée de l’intervention (en augmentant la puissance des UV). Ils sont toutefois responsables d’un stress oxydatif, et sont toxiques pour les cellules vivantes comme les kératocytes du stroma cornéen. Les mécanismes chimiques intimes mis en jeu par le cross linking cornéen ne sont pas encore connus avec précision. Le CXL est utilisé avec une certaine efficacité pour le traitement d’infections à des germes résistants aux antiobiothérapies même ciblées: ceci souligne sa potentielle toxicité pour les cellules vivantes. Si la solidification de la cornée a été mesurée in vitro (sur des cornées animales, en laboratoire), aucune augmentation de la rigidité cornéenne n’a été mesurée in vivo (sur des cornées humaines, traitées pour un kératocône). Ce point pour le moins surprenant, et qui devrait conduire à s’interroger sur l’efficacité réelle du cross linking, sera développé infra. Des techniques non invasives destinées à évaluer les propriétés visco élastiques locales de la cornée ont été  développées au cours des dernières années (ex: Brillouin microscopie). Il est intéressant de constater qu’à la fin de l’année 2023, les études publiées concernant l’évaluation des résultats du cross liking sur la cornée avec la Brillouin microscopy ne concernent que des études expérimentales ex vivo/ in vitro… Il est peut être trivial de mentionner que la réaction de CXL proprement dite s’arrête dès que le stroma cornéen imprégné de riboflavine n’est plus irradié par les UV-A (c’est à dire dès lors que la lampe à UV est éteinte, généralement au bout de 30 minutes, mais il existe des variantes et des formes de CXL dites « accélérées »). Pourtant, certains mettent en rapport les variations topographiques tardives avec la procédure de réticulation du collagène proprement dite. Il pourrait s’agir d’une forme de « pensée magique« , mais en réalité, les modifications tardives de la courbure de la cornée (tardives et modestes, bien loin de ce qu’il faudrait obtenir pour régulariser la géométrie de la cornée et faire disparaître le kératocône) sont liées à des phénomènes non spécifiques de remodelage cicatriciel. On observe ce genre de variations cicatricielles au décours de nombreuses procédures chirurgicales de la cornée, ou affections diverses comme les infections, les kératites interstitielles, etc.  

Technique chirurgicale de crosslinking

La réalisation technique classique du crosslinking nécessite le retrait de l’épithélium de la cornée (comme en chirurgie réfractive par laser de surface  ou « PKR »), et l’imprégnation du tissu stromal sous-jacent (dont l’épaisseur doit être d’au moins 400 microns) par de la riboflavine. Des gouttes contenant de la riboflavine en suspension sont instillées à intervalle régulier pendant 30 minutes. Un rayonnement ultralviolet (360 nm, 3 mW/cm) est ensuite délivré à 5 cm de distance sur le stroma cornéen dénudé. Après l’intervention survient donc une phase de cicatrisation épithéliale superficielle. Divers protocoles ont été proposés, mais ceux qui consistent à réduire la durée de l’intervention, ou conserver l’épithélium n’apparaissent pas plus efficaces (moins inefficaces sur le plan biomécanique) que le protocole classique (voir cette étude où il est intéressant de constater que la rigidité de la cornée, objectif premier du CXL, n’est même pas évaluée). Cette cicatrisation explique certainement à elle seule les modifications topographiques mesurées après cross linking (opinion de l’auteur de ce site qui découle d’arguments logiques mentionnés plus haut, et que ne nombreux résultats cliniques et expérimentaux confortent). En effet, on observe par exemple le même type de modification après photokeratectomie à visée thérapeutique (PKT : cette technique comporte aussi le retrait de l’épithélium, suivi de l’application d’une photoablation superficielle de quelques microns, et d’une cicatrisation épithéliale qui est d’amplitude comparable à celle que l’on peut observer après CXL, dans un contexte toutefois moins inflammatoire). Alors que l’objectif du CXL est de rigidifier la cornée (ce qui n’est malheureusement pas obtenu en pratique clinique), l’existence de modifications topographiques (faibles, de l’ordre de 2 dioptries) permet aux promoteurs de cette technique de se convaincre de son « efficacité ». Plus récemment, des techniques consistant à imprégner la cornée de riboflavine sans retrait de l’épithélium ont été proposées (ex: iontophorèse, qui permet de faire migrer les molécules de riboflavine à travers l’épithélium sous l’action d’un champ électrique). Leur efficacité semble aussi nulle sur la rigidité cornéenne que la technique classique avec désépithélialisation, mais les modifications observées en terme de topographie cornéenne sont également cette fois-ci non significatives (l’absence de retrait de l’épithélium expliquant probablement la modestie des résultats observés en matière de modification de la géométrie cornéenne). Ces résultats suggèrent fortement que les modifications épithéliales expliquent les changements topographiques observés après CXL, qui ne sont donc pas spécifique à cette technique, et surviendraient également au décours de toute technique impliquant retrait puis repousse de l’épithélium. Si la cornée est particulièrement amincie par l’évolution du kératocône, le cross linking peut s’avérer toxique pour la couche de cellules endothéliales. Ces cellules sont situées à la face profonde de la cornée et chargées de maintenir le tissu cornéen dans un état de déshydratation relatif. L’activation des radicaux libres dans les couches profondes de la cornée peut être source de mort cellulaire endothéliale, avec risque d’œdème cornéen. Une épaisseur minimale suffisante de cornée doit être mesurée avant de proposer un CXL. Signalons au passage que la cornée est généralement plus fine après réalisation du cross linking, ce qui n’est pas un gage d’efficacité de la technique.   Enfin, des variantes consistant en un cross linking accéléré, où l’irradiation UV est plus intense mais plus brève ont été proposées: leur efficacité est comparable (nulle sur la biomécanique cornéenne, partielle sur la topographie de la surface cornéenne); elles  visent essentiellement à simplifier le protocole opératoire mais n’apportent pas grand chose de plus que la technique classique. Les effets à long terme du cross linking sont encore méconnus, ainsi que la perennité de l’effet durcisseur envisagé, car il existe un remodelage cornéen physiologique.  

Indications du crosslinking

Si l’on croit à l’efficacité du crosslinking, il est logique de le proposer mais dans le cadre d’un kératocône EVOLUTIF, puisque l’enjeu revendiqué par cette technique, faute de pouvoir démontrer un quelconque durcissement, est de freiner l’évolution du kératocône. Du point de vue de l’auteur de ce site, le kératocône est probablement lié de manière intime à la réalisation de frottements oculaires répétés, qui sont plus à même d’expliquer la déformation cornéenne qu’une dystrophie mettant en jeu des mécanismes purement biomoléculaires. Une force mécanique externe (frottements) semble nécessaire à l’éclosion de la maladie, et pour enrayer sa progression, il apparaît logique de ne plus l’exercer (arrêter de se frotter les yeux). Il existe malheureusement une tendance abusive à proposer cette technique dès la découverte d’un kératocône même débutant. De même, des indication abusives de cross linking sont malheureusement parfois constatées, par exemple chez des patients de plus de 30 ans, pour lesquels l’évolution attendue du kératocône est nulle, …sauf bien entendu si les patients continuent à se frotter vigoureusement les yeux. Proposer un cross linking après 35 ans ne relève d’aucun élément scientifique probant car le kératocône est peu ou plus évolutif (…il est malheureusement fort possible que l’on réalise un jour qu’il en est de même quel que soit l’âge du patient). En effet, un équilibre entre le stress mécanique (les frottements) et la perte d’élasticité du tissu cornéen est alors atteint. Ceci peut être différent pour des formes rares et tardives de kératocône, qui surviennent parfois quand le patient concerné a commencé à se frotter très fréquemment et vigoureusement les yeux à l’âge adulte (profession exposée avec irritants oculaires, travail très prolongé sur écran, apparition d’une sécheresse oculaire marquée, etc.). L’argument opposé par les partisans du cross linking contre l’abstention est qu’il « faut bien faire quelque chose »… Le cross linking n’a pourtant pas les caractéristiques et l’innocuité d’un placebo, tant cette technique s’avère potentiellement agressive pour le tissu cornéen. Le crosslinking consiste en une réaction oxydative puissante, dont on connait pourtant les effets délétères potentiels sur les tissus biologiques, et dont le taux de complication est loin d’être négligeable, … ainsi que le coût pour le patient. L’argument mis en avant est que si les lentilles ou certaines procédures sont à même de restaurer tout ou ou partie de la fonction visuelle, il est nécessaire de stopper l’évolution du kératocône. Les patients légitimement inquiets et peu informés sont très sensible à ce discours et envisagent très positivement la réalisation d’une technique censée stopper leur maladie et sont prêts à débourser des sommes parfois conséquentes pour cela. En effet, les patients atteints de kératocône, et leurs proches, sont souvent très inquiets, et demandeurs d’une intervention qui pourrait si ce n’est les guérir, au moins enrayer l’évolution de la maladie, ce qui explique la facilité avec laquelle cette technique de CXL est acceptée. Comme souligné par l’étude de référence de la librairie Cochrane publiée en 2015, il n’existe pourtant aucune étude à même de démontrer que le CXL retarderait la greffe de cornée. Les études publiées n’ont pas de valeur statistique car il n’y a pas de groupe témoin, et que les critères d’évaluation utilisés pour le monitoring du kératocône sont insuffisamment précis. Que la réalisation du CXL retarde la greffe est une vue de l’esprit, et parfois un biais lié au fait que les médecins qui réalisent le CXL retardent naturellement l’indication d’une greffe au décours de celui-ci. Par ailleurs, il est possible qu’un effet bénéfique du CXL consiste en l’arrêt des frottements oculaires: mais ce dernier peut et doit plutôt être obtenu sans qu’il soit besoin de réaliser un geste relativement invasif pour un tissu cornéen déjà mis à mal par la répétition d’un traumatisme mécanique parfois violent (en particulier pour les patients qui frottent avec la partie dure des phalanges des doigts). L’évolutivité du kératocône doit être confirmée par la topographie cornéenne. La réalisation d’examens topographiques et tomographiques de bonne qualité est cruciale: il est préférable d’effectuer plusieurs mesures à chaque visite car la répétabilité de la mesure topographique est inférieure en cas de kératocône. De plus, l’évolutivité du kératocône doit être jugée sur un faisceau de critères, et non un critère topographique unique comme la kératométrie simulée (sim-K). Au mieux, il faut réaliser une carte topographique différentielle, qui est un examen objectif relativement aisé à interpréter. Il n’est pas licite, même si l’on est convaincu d’un effet ralentisseur, de proposer un crosslinking lors de la première visite après découverte d’un kératocône quel que soit son stade. Il existe en effet des formes non évolutives de kératocône, en particulier les formes infra cliniques (dont le kératocône fruste). Ces formes sont souvent rencontrées chez des patients atopiques, qui se sont frottés les yeux  à certaines périodes de leur existence et ont cessé ou fortement réduit ces frottements. Dans les formes avérées de kératocône, il ne sert à rien (pour le patient du moins) de faire un cross linking si le kératocône n’évolue plus. Répétons qu’après 30/35 ans, la majorité des kératocônes n’évoluent plus (sauf poursuite de frottements vigoureux répétés des yeux). Inversement, la pratique de frottements oculaires répétés peut tout à fait  provoquer une déformation (souvent appelée « ectasie » du mur cornéen) et même après 30 ans. Plutôt que de prescrire un CXL à la hâte, et présenter ce besoin comme « urgent », il est crucial d’expliquer au patient qu’il faut absolument arrêter de se frotter les yeux, ce que font très souvent (toujours?) les patients atteints de kératocône. Il faut également interroger les patients sur leur manière de dormir et proscrire les compressions oculaire prolongées la nuit (patients dormant sur le ventre ou sur le côté, la tête dans l’oreiller, en appui orbitaire sur une main ou l’avant-bras, etc.). Certains moments de la journée sont propices à des frottements souvent inconscients: le matin au réveil, sous la douche, devant l’écran (travail soutenu), le soir au coucher. Le démaquillage est parfois effectué de manière un peu « violente » pour les cornées, et on observe souvent chez les femmes qui se démaquillent avec vigueur certaines déformations cornéennes (le plus souvent peu prononcées, car le geste n’est effectué qu’une fois par jour). Le suivi rigoureux de patients atteints de kératocône enseigne que l’arrêt des frottements suffit à enrayer l’évolution du kératocône. Ceci renforce si ce n’est démontre l’hypothèse d’un mécanisme causal des frottements oculaires. Cette assertion peut être simplement vérifiée en consultant les cas rassemblés sur le site defeatkeratoconus.com.  Cette collection unique d’observation non triées fournit autant d’exemples éloquents du rôle des frottements, de la position de sommeil, dans la génèse du kératocône, et de l’effet bénéfique et stabilisateur obtenu par le simple arrêt de ces frottements (les cas sont consultables ici). Enfin, un minimum d’objectivité et d’esprit scientifique devrait conduire à réaliser que les résultats du cross linking sont discutables, en particulier sur le plan biomécanique (voir plus loin « Le crosslinking en question« ). La méthodologie utilisée dans les études destinées à évaluer le cross linking ne permet pas d’affirmer la supériorité de cette technique sur un « placebo », ou même sur l’absence de toute thérapeutique à visée freinatrice !! De nombreuses formes de kératocône ne subissent pas de progression spontanée au delà d’un certain temps d’évolution, en l’absence de traumatisme local répété (toujours les frottements oculaires). Il est absolument vrai qu’in VITRO, on observe un effet « durcisseur » du crosslinking: celui-ci est engendré pour des cornées animales ou indemnes de kératocône. Mais in VIVO, l’effet durcisseur du crosslinking n’a jamais pu être mis en évidence, ce qui est pour le moins surprenant car le crosslinking n’a comme but que celui de réticuler le stroma cornéen pour en modifier les propriétés visco-élastiques. Les effets mesurables du CXL ne pourraient être qu’induits par un remodelage épithélial (plutôt que stromal antérieur), c’est à dire une réaction cicatricielle superficielle.  On observe d’ailleurs souvent une opacification plus ou moins discrète dans le stroma antérieur superficiel, qui peut induire une gêne visuelle à type de brouillard appelée « haze ».

haze post cross linking
Opacité cornéenne superficielle, située dans le stroma antérieur sous épithélial, après la réalisation d’un cross linking pour kératocône.

    Suivant l’importance de l’opacité, une simple gêne visuelle ou un handicap fonctionnel plus important peuvent être observés.

Exemple de haze (opacité cornéenne diffuse) survenue après réalisation d'un cross linking chez un sujet de 22 ans, dès la découverte d'un kératocône lié à des frottements oculaires répétés.
Exemple de haze (opacité cornéenne diffuse) survenue après réalisation d’un cross linking chez un sujet de 22 ans, dès la découverte d’un kératocône lié à des frottements oculaires répétés.

Ainsi en résumé : Après CXL du collagène cornéen, certains cas d’aplatissement tardifs (réduction de la courbure de la cornée) ont été rapportés, mais ils ne sont pas spécifiques à cette technique et ont été également rapportés après des épisodes de kératite ou d’inflammation du stroma de la cornée. Les modifications de la courbure de la cornée observées après CXL (le plus souvent de faible amplitude , soit 1 à 2 D) sont probablement liées à des remaniements cicatriciels de la tunique la plus superficielle de la cornée (l’épithélium), et n’ont pas grand chose à voir avec les conséquences d’un quelconque durcissement du stroma cornéen (qui n’a répétons le jamais été mesuré après cette technique in vivo, alors que la solidification de la cornée est la raison d’être d’une technique de cross linking!). Le kératocône est souvent associé (très probablement provoqué par) à des frottements oculaires répétés et vigoureux (effectués avec les phalanges, plus dure que la pulpe des doigts)… aggravant la distorsion et les ruptures entre les fibre collagènes reliant les lamelles cornéennes, et la création (supposée) de liaisons chimiques covalentes ne peut probablement pas véritablement réparer les véritables liaisons naturelles, ni rétablir l’organisation spatiale harmonieuse des fibres collagènes. L’auteur de ce site est convaincu de la nécessité d’un traumatisme physique externe pour expliquer la survenue et l’évolution du kératocône (théorie « no rub, no cone »): les frottements oculaires répétés sont le plus fréquemment incriminés, mais dans des formes plus rares, la compression nocturne prolongée par la main ou l’oreiller semble associée à des formes uni ou bilatérales de kératocône (syndrome du « pillow hugging »). Les patients qui dorment sur le ventre ou sur le côté sont plus exposés à cette forme de kératocône. Ces kératocônes ont généralement une topographie particulière (cambrure périphérique marquée). Soustraire le dôme cornéen aux facteurs physiques externes à même d’en compromettre la rigidité biomécanique est la première mesure à envisager lors de la découverte d’une forme évocatrice de kératocône débutant, ou d’un kératocône avéré. La cessation des frottements oculaires (ou de tout traumatisme répété sur le dôme cornéen) suffit dans mon expérience fondée sur le suivi de centaines d’yeux à stopper net l’évolution du kératocône.   Il n’est jamais urgent d’effectuer un crosslinking. Il est peut être même jamais opportun de le faire. Si vous doutez de cela, consultez les résultats de nos travaux concernant le suivi des patients atteints de kératocône et pris en charge de manière éthique et conforme à la réalité du kératocône:

  • cessation strictes des frottements oculaires
  • modification éventuelle de la position de sommeil
  • protection des globes oculaires (coques de protection) la nuit
  • traitement des affections responsables des frottements ocuaires (atopie, allergie, blépharite, sécheresse oculaire, stress, travail soutenu sur écran, etc.)

Ces travaux confirment que l’arrêt des frottements suffit pour arrêter l’évolution de la déformation et de l’amincissement de la cornée. Cette page recense des arguments scientifiques pour justifier le scepticisme de l’auteur de ce site, qui n‘est pas un esprit chagrin, mais doué d’esprit critique et de probité intellectuelle. Elle est également destinée à rassurer les patients atteints de kératocône auquel les lignes suivantes s’adressent plus particulièrement: -N’oubliez jamais que vous pouvez stopper l’évolution de la déformation cornéenne en ne vous frottant plus jamais vigoureusement les yeux. Ce n’est pas votre faute si vous avez un kératocône, l’information sur les frottements oculaires et leurs dangers est malheureusement quasi inexistante en dehors de ce site et quelques autres. La communauté ophtalmologique dans son ensemble continue de considérer le kératocône comme une affection génétique dont les mécanismes sont incompris, et que la maladie du tissu oculaire est liée à des phénomènes constitutionnels et/ou inflammatoires locaux. Il est difficile de lutter contre les certitudes inculquées depuis des décennies, et il faudra du temps pour faire évoluer la compréhension et l’acceptation du caractère mécanique du kératocône. De nombreuses équipes se consacrent à la recherche de gènes, de mécanismes moléculaires qui pourraient à eux seuls expliquer la maladie. Il n’est forcément aisé  pour des chercheurs impliqués dans la recherche de mécanismes biomoléculaires pointus d’admettre que la déformation cornéenne puisse être simplement la conséquence de la répétition d’un traumatisme local (les frottements): cette explication est pourtant la plus évidente et à même de rendre compte de ce qui est rencontré au cours du kératocône. – Les arguments critiques développés à l’encontre du CXL sont étayés de constatations logiques et qu’il est tout à fait possible de vérifier dans la littérature médicale (voir le lien vers l’article en anglais). Si votre ophtalmologue vous a vivement recommandé le CXL, il est très probable qu’il l’ai fait en étant convaincu du bénéfice de cette technique.  Prenez plusieurs avis, et usez de votre esprit critique. – Cette page ne fait la promotion d’aucun produit concurrent ou alternatif. Ne plus se frotter les yeux ne coûte rien, si ce n’est parfois beaucoup de volonté. NB 7 Février 2014 : Cette hypothèse d’un effet prédominant de l’épithélium cornéen vient d’être confirmé par une étude menée grâce à l’utilisation de la technologie OCT spectral domain; l’étude en coupe de cornées ayant « bénéficié » d’un CXL avant et après l’intervention montre l’absence de changements au niveau du stroma (là où le CXL est sensé agir) mais des modifications de la couche épithéliale (expliquant les changements topographiques rapportés après CXL) : http://www.healio.com/ophthalmology/journals/jrs/{44a6ce76-aa3e-439b-8dd5-58e1d68647d6}/epithelial-and-stromal-remodeling-after-corneal-collagen-cross-linking-evaluated-by-spectral-domain-oct Si l’on croit au bien fondé du CXL, sa réalisation n’est toutefois pas possible de le proposer pour tous les patients, et il existe des contre indications classiques pour le CXL. En cas de cornée fine, le risque est celui d’une toxicité endothéliale (l’endothélium est la couche la plus profonde de la cornée: sa lésion entraine un œdème irréversible), il ne faut pas réaliser de cross linking si la cornée atteinte de kératocône possède une épaisseur centrale inférieure à 400 microns au centre. Toute lésion cicatricielle active est également une contre indication. Enfin, rappelons encore que le cross linking n’est pas indiqué en cas de kératocône non évolutif, et qu’en cas de forme évolutive, il est nécessaire de vérifier que l’évolution continue même quand le patient arrête de se frotter les yeux. La réalisation d’un cross linking lors de la découverte d’un kératocône chez un adulte relève souvent d’une indication abusive. Certaines recommandations médicales suggèrent de proposer un CXL a tout patient jeune (ex 18 ans), avant de vérifier que le kératocône progresse. Dans l’expérience (vaste) de l’auteur de ce site, l’arrêt strict des frottements oculaires permet de stopper l’évolution du kératocône. A l’inverse, et malgré le cross linking, le kératocône progresse toujours quand on se frotte les yeux.

Résultats du cross linking

Les résultats cliniques suggèrent la survenue d’une stabilisation (mais pas d’une régression ni guérison) du kératocône et des ectasies cornéennes. En réalité, les effectifs des études publiées sont bien insuffisants pour démontrer de manière statistiquement significative que le CXL enraye l’évolution du kératocône.  Le cross linking ne permet pas non plus la guérison du kératocône; même si les études étaient suffisamment robustes, le recul limité dans le temps de cette technique ne permettrait pas encore d’affirmer qu’il existe un effet stabilisateur du cross linking à moyen et long terme. Par ailleurs, il existe de nombreuses formes non évolutives de kératocône, ce qui ne permet pas de conclure forcément à l’efficacité du cross linking en cas de stabilisation après réalisation de cette technique. En particulier, l’arrêt strict des frottements digitaux oculaires suffit dans la plus part des cas à stopper l’évolution du kératocône chez les adultes jeunes. Répétons en se faisant l’écho de l’étude Cochrane, qu’aucune étude statistique bien construite ne permet de démontrer que le CXL stoppe plus l’évolution du kératocône que l’arrêt des frottements oculaires, ou que l’évolution spontanée qu’aurait eu la maladie en l’absence de traitement. Des modifications topographiques (comparaison de la topographie cornéenne avant et après cross linking) ont été observées ; augmentation initiale de la cambrure (liée au retrait de l’épithélium et au démasquage probable de la géométrie de la couche de Bowman) avant réduction plus tardive de celle-ci. Toutefois, cette réduction est de faible amplitude au regard de la déformation causée par le kératocône (un peu moins de 2 dioptries en moyenne, alors que le kératocône peut augmenter la kératométrie de 10 à 20 Dioptries). Dans une étude récente, la cambrure cornéenne centrale (kératométrie) et l’astigmatisme cornéen n’ont diminué que de 0.16±2.20 and 0.10±1.69 D (voir le résumé de l’étude). L’amélioration de la vision est en moyenne modeste et proche d’une ligne de meilleure acuité visuelle corrigée. Ces résultats sont comparables à ceux que l’on pourrait espérer en dénudant la cornée de son épithélium, en créant une réaction inflammatoire locale, et en observant les effets de la repousse épithéliale sur la cornée ! Des complications du cross linking ont été rapportées :  inflammation locale (haze), infections cornéennes (abcès cornéen), et lésions endothéliales (l’endothélium est la couche la plus profonde de la cornée dont l’atteinte peut causer un œdème irréversible). Dans les cas les plus graves, une fonte stromale (nécrose centrale de la cornée) peut être observée. Le taux de complications rapporté est généralement compris entre 2 et 3%. Insistons encore sur un point important et trop souvent négligé: il existe une technique simple et dénuée de risque (et dont le coût financier est nul pour le patient…) pour éviter de faire progresser un kératocône: convaincre le patient atteint d’arrêter de se frotter les yeux. On observe dans certains cas, après l’arrêt des frottements oculaires, une certaines régularisation du galbe cornée (de faible amplitude, environ 1D, mais qui semble réelle et non liée à des fluctuations de mesures, et probablement liée à la réduction de l’inflammation induite par les frottements et une certaine régularisation épithéliale). Les frottements oculaires répétés et vigoureux sont une cause prouvée d’évolutivité pour le kératocône, qui provoque souvent une envie irrépressible de se frotter les paupières, car les larmes s’étalent moins bien sur la cornée déformée, qu’il existe de facteurs inflammatoires associés au kératocône au niveau de la surface oculaire.   Ces données justifient la remise en question de l’efficacité réelle du cross linking. La vidéo suivante (en anglais), enregistrée lors du congrès de la Société Française d’Ophtalmologie 2015,  résume les raisons qui font que le scepticisme devrait être de règle en matière de cross linking : http://www.healio.com/ophthalmology/cornea-external-disease/news/online/%7B909f9158-4926-4bac-9016-c673992ccf59%7D/video-speaker-discusses-issues-with-cross-linking

En RESUME :

Le cross-linking du collagène cornéen a été conçu pour solidifier la cornée des patients atteints d’une forme progressive de kératocône, mais aucune preuve de durcissement cornéen n’a jamais été observée chez des patients atteints de kératocône et ayant subi cette technique. Les partisans de celle-ci rejettent habituellement l’absence de preuve d’efficacité clinique sur les instruments de mesure, qui ne seraient pas assez performants pour mesurer ce durcissement. Or, ces instruments mesurent parfaitement le « ramollissement » cornéen consécutif à la présence et l’évolution d’un kératocône, ou d’une chirurgie cornéenne, ou encore d’une pathologie cornéenne responsable d’une réduction de la rigidité cornéenne (ex :œdème de la cornée). Si la cornée durcissait de manière significative après CXL, ce durcissement serait mis en évidence, au moins de manière tendancielle sur de larges effectifs, en vertu du principe élémentaire en physique de réversibilité d’un phénomène avec la flèche du temps. L’enjeu du CXL s’est déplacé vers la stabilisation supposée du kératocône, et la réduction de la courbure centrale de la cornée. Aucune étude statistique bien construite n’existe pour valider la preuve formelle d’un ralentissement de l’évolution du kératocône, car il existe de nombreuses formes spontanément non-évolutives. Les études portent sur de faibles échantillons, sans groupe témoin de qualité, sans tenir compte de la répétabilité moindre des mesures pour juger de la progression et/ou de al stabilisation. Les résultats de ces études sont malheureusement interprétées avec un biais caractérisé par un a priori favorable, sans que l’efficacité de cette technique ne soit remise en cause: quand les résultats espérés ne sont pas aux rendez-vous (pas de durcissement mesuré), les auteurs blâment les instruments de mesure en considérant qu’il existe forcément un durcissement, mais qu’il n’est pas mesurable. Je laisse soin au lecteur d’apprécier la valeur scientifique de ce type d’interprétation. Les modifications observées après CXL en matière de modification de la courbure cornéenne sont de faible amplitude et non spécifiques, liées au remodelage de l’épithélium de la cornée. Le relatif succès pour la pratique de cette technique de CXL chez les patients atteints de kératocône  s’explique par le demande de ces patients, anxieux une fois le diagnostic posé, ainsi que des aspects « économiques » propres aux gains qu’elle suscite chez les industriels (vente d’ampoules de riboflavine et de consommables) et bien entendu les chirurgiens (la plupart croient aux vertus du CXL, mais certains refusent de remettre en question son efficacité quand celle-ci est contestée, et balaient d’un revers de main des arguments pourtant frappants, simples et logiquemlent évidents; à titre d’exemple, la discordance entre jumeaux monozygotes pour le kératocône, expliquée tout simplement par … la discordance entre habitudes de frottements oculaires!). Outre l’absence de modifiation biomécanique in vivo, d’autres preuves indirectes de l’inefficacité du CXL existent :

  • inefficacité totale du CXL sans retrait épithélial (les mécanismes cicatriciels non spécifiques n’étant pas mis en jeu)
  • inefficacité des techniques de CXL par iontophorèse, pourtant tout à fait à même de faire pénétrer les agents réactifs dans la cornée, et qui devraient réagir au rayonnement UV qui traverse pourtant facilement la couche épithéliale.

Le kératocône n’est pas une affection dont l’évolution se fait de manière capricieuse et imprévisible. Le kératocône est la conséquence directe de frottements oculaires répétés. Le diagnostic de kératocône doit faire l’objet d’une enquête sur les habitudes liées au frottements oculaires, et à la position de la tête au cours du sommeil, afin de cesser les possibles irritations et traumatismes oculaires liés à la compression prolongée et la contamination par des irritants (allergènes, acariens, germes microbiens, etc.). L’arrêt des frottements oculaires, et le maintient des orbites à distances de l’oreiller (dormir sur le dos plutôt que le ventre ou le côté) sont beaucoup plus efficaces sur le mécanisme causal principal du kératocône qu’une réaction physico-chimique dont l’enjeu principal n’est pas obtenu en pratique clinique. Il est inutile d’ajouter un stress physico chimique à une cornée victime d’un stress mécanique répété.

Références scientifiques sélectionnées

Travaux scientifiques auxquels Damien Gatinel, MD, PhD a contribué et qui éclairent les notions présentées sur cette page.

156 réponses à « Crosslinking (CXL) »

  1. Dr Damien Gatinel

    Vous aviez certainement au départ des cornées un peu plus fines que la moyenne, et le kératocône s’explique de mon point de vue par les frottements oculaires répétés: « pas de frottements, pas de kératocône »! Il est crucial d’arrêter si vous ne voulez pas que le kératocône évolue. Dans mon expérience, les patients qui ne se frottent plus du tout les yeux ne présentent pas d’aggravation du kératocône. Ceux qui continuent de le faire, même un peu, présentent souvent une évolution dont la gravité est proportionnelle à l’intensité et à la fréquence des frottements oculaires.
    La musculation n’est pas contre indiquée; l’amélioration visuelle ressentie est difficile à expliquer. Elle pourrait être liée à des modifications de la pression intraoculaire et/ou des variations du diamètre pupillaire, mais ceci demeure spéculatif. Si vous dormez sur le côté sans appuyer sur l’oeil, il n’y pas de lésion supplémentaire à redouter.

  2. Toufik

    Cher docteur ;

    J’ai presque 29 ans et j’ai un keratocone bilateral , bref dans la derniere topo que j’ai fait ça fait deux mois mon oeil droit avait un epaisseur de 493 micron ; mon OG avec 466 mi ; bref mon ophtalmo m’a prescri une lentille regide que je portait seulement pour 3 jours apres je l’ai accedentalment cassé elle m’a vraiment aidé surtout coté couleurs. il m’as conseillé d’arreté absolument les frottement oculaire vue que avant soi disant 9 mois j’avais pas ou autrement dis je ne remarqué pas ce probleme mais quand je suis parti en voyage j’ai contracté une alergie et je frottais gravement les yeux pour plus d’une semaine, et meme après je n’arrêtais pas de les frotter dans le but d’améliorer la vue jusqu’au jour ou il m’a conseillé d ‘arreter , aussi j’ai reamrqué une chose bizarre. Je fais la musculation et juste apres avoir terminé ma séance ma vue s’améliore remarquablement surtout quand je lis le journal ou bien le pc, puis apres elle degrade (parlons de l’oeil gauche ) bien sur sans la toucher ni rien du tout .

    Alors cher docteur
    ma premiere question
    – est ce que je peux dormir sur mon coté sans appliquer une contrainte mécanique sur mes yeux?
    -la musculation ou bien l’effort physique est il bon ou bien mauvais pour l’oeil dans mon cas ?

    et une petite derniere question tres repetée : à quel age on peut dire que l’evolution est arretée bien sur en prenant ces précautions de ne soliciter les yeux par aucun effort mecanique ?
    Merci bien docteur

  3. Dr Damien Gatinel

    De mon point de vue, le CXL ne présente aucun intérêt dans ce contexte. Par ailleurs les risques d’inflammation locale seraient plus importants en cas de PKR topoguidée + CXL sur une cornée ayant déjà subi un CXL et une chirurgie de type anneau intra cornéen.

  4. Elodie

    Bonjour, je suis atteinte d’un kératocone bilatéral découvert en 2007 (j’ai 29 ans) qui est plus avancé à droite qu’a gauche. Ma vue ayant baissé mon ophtalmo m’a proposé de faire un CXL au deux yeux en mars l’année dernière ce qui à était fait en avril 2015 pour les deux yeux. Le chirurgien m’a également proposé la pose d’anneaux intracornéen pour l’œil droit mais devant le montant de l’intervention je me suis dirigé vers un autre praticien. La pose des anneaux c’est très bien passé avec un aplatissement de la cornée. Aujourd’hui ce dernier me propose toujours pour l’œil droit un topolink et souhaite refaire un deuxième CXL en même temps qu’en pensez vous?
    Merci pour votre réponse
    Cordialement

  5. Dr Damien Gatinel

    Je partage tout à fait l’avis de ce confrère. Proposer un CXL à un patient de 47 atteint de kératocône fruste n’a aucun sens ni intérêt (médical). Il peut être intéressant de réaliser sans urgence une topographie cornéenne pour votre fils, et lui expliquer qu’il n’est pas bon de se frotter les yeux, ce que les adolescents font souvent à force de passer du temps sur les écrans (consoles, ordinateurs, etc.). De mon point de vue, le kératocône est provoqué et accentué par les frottements oculaires (souvent associés à une compression oculaire nocturne prolongée chez les patients qui dorment sur le côté ou le ventre avec un appui de la tête dans l’oreiller). Ce n’est pas une maladie génétique, même si bien entendu des facteurs génétiques prédisposent certainement à certaines caractéristiques favorisant le kératocône par le biais d’un terrain atopique, d’une épaisseur moindre des cornées, etc. Ceci n’est pas prouvé et reste une hypothèse, mais celle-ci est largement corroborrée par l’expérience clinique, et le fait qu’il n’a jamais été identifié de mutation génétique affectant directement la qualité du collagène cornéen pour le kératocône (alors que des mutations ont été retrouvées pour les autres dystrophies cornéennes). Ainsi, même si vous présentez une forme d’irrégularité topographique cornéenne actuellement appelée « kératocône fruste », votre fils n’est pas forcément porteur d’une anomalie génétique favorisant l’apparition d’un kératocône.

  6. Merci Dr Gatinel pour votre réponse
    J ai pris rendez vous avec un deuxième ophtalmologiste qui me confirme qu à 47 ans on ne pratique pas de CLX puisque la maladie aura très peu de chance d évoluer ( c est d après lui c est un keratocone frustre ) . Il me conseille de revenir dans 6 mois afin de réaliser une autre topographie de la cornée et d ici là je change de verres afin d y voir un peu plus clair. ..qu en pensez vous ?
    Mon fils à 15 ans, dois je prendre RDV rapidement
    Merci pour votre réponse
    Cordialement
    Patricia

  7. Merci Dc pour votre réponse
    le problème c’est que juste au bout d’une anné le kèratocone s’est évolue et cela m’a obligé de changer mes lentils avec une diminution de vision, mais on a trouvé une grande difficulté durant l’adaptation de lentil et le choix n’a pas été reussi. est ce que c est normal?
    personnellement après avoir lu votre article je ne veux pas faire le Cxl surtout avec mon boulot et le contact avec l’ordinateur.
    mais je ne veux pas prendre de risque
    y a t il une possibilité de vous envoyer la topographie et la topométrie
    Merci

  8. Dr Damien Gatinel

    L’évolution d’un kératocône se fait selon un rythme qui ne constitue pas la moindre « urgence », si ce terme est pris dans son sens médical. Il est important de préciser le rythme et l’intensité de cette évolution, ainsi que le stade actuel de kératocône que vous présentez.
    J’ai pu constater que le diagnostic d’évolutivité est lui même souvent contestable, car effectué selon des indices topographiques considérés de manière isolée, et sans les rapporter à la variabilité des mesures qui est plus importante chez les patients atteints de kératocône (on obtient pas toujours les mêmes valeurs quand on répète plusieurs fois de suite l’examen chez un même sujet).

    Par ailleurs, il est très important de cesser complètement de vous frotter les yeux. Cette condition suffit, dans mon expérience, à stabiliser le kératocône, qui est selon moi déclenché et aggravé par les frottements oculaires vigoureux et répétés. Le CXL n’est pas dénué de risques, et encore une fois, l’étude non partiale de la littérature (HAS, Cochrane Library) mène à la conlcusion que son effet stabilisateur n’est pas démontré. Il est probable que la stabilisation induite par le CXL n’est pas le fruit d’un durcissement cornéen (qui malheureusement ne se produit pas in vivo) mais découle plutôt du fait que l’oeil étant devenu très sensible après le CXL, il n’est plus possible de le frotter comme avant. La cicatrisation de l’épithélium (qui est retiré pendant la technique de CXL) explique les modifications de la topographie cornéenne (léger aplatissement, peu significatif cliniquement).

    Si vous pensez qu’il vaut mieux prendre le risque de faire quelque chose d’inutile que de ne pas faire quelque chose d’utile, c’est tout à fait votre droit et je ne fais que vous donner mon avis personnel de praticien. Je ne prescris jamais de CXL, suis de nombreux patients atteints de kératocône depuis une dizaine d’année pour les plus anciens. Aucun de ces patient n’a été greffé, le kératocône est parfaitement stable chez ceux qui ne se frottent plus du tout les yeux, et à peine évolutif chez ceux qui n’arrivent pas à s’empêcher de le faire, mais le font moins souvent et moins vigoureusement. Si vous pensez pouvoir ne plus frotter les yeux vous même, cela vaut la peine de temporiser et refaire un examen topographique dans 3 mois, qui montrera très certainement l’absence de modification significative (si vous arrêtez les frottements oculaires).

  9. bonsoir Dc
    merci pour cet article.
    j’ai 26 ans et j’ai un kératocone évolutif surtout l’oeil droit depuis 5 ans et je met des lentils regides.
    mon ophtalmo me propose de faire un CXL surtout avec 460 microns d épaisseur de corné. j ai vu 3 ophtalmo qui confirment que je dois faire un Cxl en urgence mais je suis tres inquiete.
    alors que pensez vous Dc? est ce que je dois le faire?
    je vais attendre votre reponse
    merci

  10. Dr Damien Gatinel

    La découverte d’un kératocône chez un enfant ou un adolescent doit faire l’objet d’une surveillance rapprochée avec réalisation d’examens de topographie cornéenne, et il n’y a pas d’urgence au mois à réaliser un cross linking, si l’on considère cette technique comme efficace pour ralentir la progression de l’affection. De mon point de vue, je préconise dans ces situations d’arrêter les frottements oculaires, qui sont certainement la cause du kératocône, et sont souvent associés à un terrain atopique marqué (allergies). Il est souvent difficile d’obtenir des enfants l’arrêt strict des frottements. La réalisation du CXL provoque une réaction inflammatoire qui rend ces frottements douloureux, et les patients opérés cessent souvent de se frotter vigoureusement les yeux. Cet aspect, au moins, est bénéfique… Mais il peut être encore plus avantageux de ne plus se frotter les yeux spontanément. Le CXL comporte un taux de complications (haze, infection), et même si de nombreux ophtalmologistes ont recours à cette technique pour les patients atteints de kératocône, je ne la recommande pas pour des raisons détaillées dans les pages concernées. Enfin, étant donné la variabilité propre aux examens réalisés sur des cornées atteintes de kératocône, une variation de 1D de la kératométrie n’est a priori pas significative pour affirmer l’existence d’une progression (un article sera posté sur le site très prochainement pour étayer ceci).

  11. Dr Damien Gatinel

    Votre opticien n’est peut être pas tout à fait compétent pour juger de l’évolutivité de votre kératocône supposé, mais vous avez certainement voulu parler de votre ophtalmologiste. Pour juger de l’évolutivité d’une affection, il est nécessaire de comparer des examnens dans le temps. Par ailleurs, l’évovolutivité d’un kératocône est généralement faible ou nulle après la trentaine. Si votre kératocône était très évolutif, les symptômes visuels qu’il eut occasionné seraient apparus plus vite, plus tôt. Le CXL n’a aucun intérêt dans votre situation (à supposer qu’il ait un réel effet sur la stabilisation du kératocône, ce qu’aucune étude ne démontre formellement pour des raisons de faible effectif et d’absence de groupe témoin). Mon expérience clinique suggère fortement que les frottements oculaires sont à l’origine de la déformation cornéenne (le kératocône n’est pas de mon point de vue une maladie du collagène ou une dystrophie, mais la réaction mécanique à un stress mécanique répété: les frottements le plus souvent). Enfin, le diagnostic de kératocône peut être posé par excès devant des anomalies topographiques en réalité mineures.

  12. Bonjour,
    ma fille de 13 ans a été dépistée il y a trois mois d’un kératocône bilatéral et d’une cataracte sectorielle bilatérale.
    Trois mois après, une autre visite chez l’ophtalmologiste a mis en évidence une évolution à l’oeil gauche (- 1 dioptrie).
    Un cross linking nous est proposé afin de ralentir l’évolution.
    L’oeil droit sera surveillé tous les trois mois.
    Pensez-vous que le cross-linking est de bonne indication dans le cas de ma fille qui n’est seulement âgée que de 13 ans ?

    Je vous remercie de vos conseils par avance.

  13. Bonsoir Dr Gatinel
    J’ai 47 ans, je suis astigmate et porte des lunettes depuis environ 5 ans. Il y a environ 10 jours mon opticien me dit que je suis atteinte d un keratocone avancé à l oeil droit et débutant à l oeil gauche. Il me parle de crosslinking …. je ne suis pas du tout convaincue et me pose trop de questions : comment peut on savoir qu’un keratocone est évolutif ? Et s’il l est comment peut on faire pour le stabiliser ? quelle est la solution pour ameliorer ma vue, le port de lentilles rigides, de lunettes ou autre …
    Merci pour votre retour, je vous avoue que je suis un peu perdue…

  14. rayan

    Maintenant Docteur que dois je faire vu que de loin je ne vois pas assez bien et encore lors qu’ il s’agit des écrits et suis obligé de comprimer mes yeux car déjà a la base j’ai des petits yeux et tout en sachant que mes parents ne veulent pas que je mettes des lentilles.

  15. Dr Damien Gatinel

    Il n’est pas légitime de vous proposer un CXL en l’absence de certitudes vis à vis de l’évolution du kératocône. De mon point de vue (et surtout celui de la Cochrane study), le CXL n’a pas fait la démonstration de son efficacité vis à vis de la progression du kératocône. L’effet probable du CXL se limite à induire un remodelage cicatriciel de la surface oculaire qui explique les faible changements topographiques, l’absence de solidification mesurable de la cornée, et l’échec des procédures de CXL où l’épithélium n’est pas retiré. Bref, le mieux est de vous assurer que vous ne vous frottez pas les yeux tous les jours, de manière inconsciente, et aussi que vous ne dormez pas en appuyant sur un oeil ou les deux yeux, la tête dans l’oreiller ou contre l’avant bras, la main… Si vos cornées ne sont plus soumises à un stress mécanique (frottements), il est a peu près sur que le kératocone n’évoluera plus. Le port de lentilles rigides ou semi rigides, ou encore hybrides, est le moyen le plus efficace pour corriger la vision des personnes atteintes de kératocône.

  16. Dr Damien Gatinel

    Il est vraisemblable que toute action résultant en un « stress » ou une contrainte mécanique répétée finisse par altérer les propriétés biomécaniques de la cornée et engendrer ou accentuer une déformation comme ce que l’on désigne comme « kératocône ». La notion de compression oculaire pendant la nuit (oreiller, main) semble également fréquemment associée au kératocône. Il serait préférable d’adapter des lentilles de contact, dont l’appui sur la cornée ne représente pas de danger et qui constitue le meilleur outil de réhabilitation visuelle pour le kératocône (l’arrêt des frottements oculaire suffisant dans mon expérience à en stabiliser l’évolution).

  17. rayan

    Merci Docteur pour votre première réponse .
    Suite a ma première question je reviens sur ce site pour savoir est ce que le fait de comprimer les yeux peut faire progresser le kératocône car comme je l’ai expliqué en dessus que j’ai été diagnostiqué avec un kératocône avancé et mes parents ne veulent pas de lentille (car ils disent que sa détruit de plus belle et sa rend dépendant que toute ma vie je serai condamné a les mettre ) du coup on ma prescrit les lunette avec de fort degré en plus même avec ces lunettes je vois pas vraiment bien je peux dire 8/10 mais au moins je vois mieux avec les lunettes que sans lunettes donc du coup je suis parfois obligé de comprimer les yeux: Les rendre tout petit pour mieux voir et sa je le fais presque tous les jours a tout moment c’est même devenu comme un tic pour moi Voila pourquoi je veux savoir si y’a un danger a sa et si c’est peut être sa la cause de l’évolution de mon Kératocône parce que en général je me frotte rarement les yeux .

  18. Khalid

    Bonjour Dr Damien Gatinel
    Je me permets de vous contacter suite à vos repenses concernent le traitement cross linking que je trouve très intéressantes.
    J’ai 32 ans, On m’a diagnostiqué un kératocône en 2009 à Toulouse en stade 1 plus avancé sur l’œil gauche qu’à droite. Apres 6 mois je suis retourné chez mon ophtalmo pour faire un examen de suivi, pour savoir si mon kératocone évolue ou pas. Heureusement c’était en stade stationnaire et mon ophtalmo m’a proposé des lunettes et malheureusement les lunettes me corrige pas la vision, mais vu que je vois très bien avec mon œil droite et que mon kératocone en stade stationnaire j’ai pas fait des suivis. Mais en 2015 j’ai remarqué une baisse de vision au niveau de mon œil gauche et j’ai une sensation d’avoir quelque chose dans mon œil gauche et je vois un peu flou. Apres j’ai pris la discision d’allé voir un autre ophtalmo vu que je vis actuellement à Quebec. Un ami m’a référé d’allé voir le Dr X à l’institut du glaucome de Montréal et après la consultation l’ophtalmo m’a proposé le traitement par cross linking sans avoir demandé mes anciennes topographies pour faire une comparaison. Cela m’a beaucoup inquiété surtout après avoir lu sur internet les avis des personnes qui ont subi ce traitement de cross linking.
    Vous trouvez dans un fichier jointe mes cartes de topographies de 2011 et 2015
    Selon vous, devrais-je avoir recours au crosslinking dans les prochaines semaines mois ou plutôt essayé les lentilles semi rigide et d’après vous le faite de resté toute la journée devant un écran favorise l’évolution de la kératocone et la dégradation de la vision ? L’évolution de la kératocone s’arrête à quel Age ?
    Merci beaucoup pour votre article et soutiens

  19. Dr Damien Gatinel

    Les jeunes patients chez qui l’on découvre un kératocône sont souvent adressés d’emblée pour réaliser un cross-linking car les praticiens qui les suivent font deux assomptions :
    1) Que le kératocône va forcément progresser.
    2) Que le cross-linking ralentit ou stoppe la progression du kératocône.

    Concernant le point 1), mon expérience clinique me montre chaque jour que chez les patients qui cessent de se frotter les yeux (ou de les comprimer la nuit en dormant), le kératocône ne progresse plus. Je pense que le kératocône, pour apparaître et progresser, nécessite un facteur traumatique. En d’autres termes: « no rub, no cone »! Même chez les patients jeunes, l’arrêt de l’élément traumatique suffit à stabiliser l’évolution du kératocône. Il n’y a jamais d’urgence à la semaine ou au mois pour réaliser un CXL, car l’évolution du kératocône se fait sur une échelle de temps plus longue (quand les facteurs traumatiques persistent). Les patients qui présentent des formes graves de kératocône (avec opacités cornéennes et déformation majeure) sont toujours ceux qui se frottent le plus vigoureusement les yeux. Enfin, les critères topographiques du kératocône sont souvent insuffisant, car entre deux mesures successives réalisées sur une même cornée, il existe une variabilité qui est plus importante en cas de kératocône, et affirmer une progression (ou une « régression ») requiert des changements plus importants que ce qui est généralement admis (un article sera prochainement publié sur ce sujet).

    Concernant le point 2), les études qui suggèrent une stabilisation du kératocône par le CXL sont biaisées par un faible effectif, et surtout, l’absence de groupe témoin et de suivi à long terme. L’action du CXL est indirecte; cette technique échoue à durcir la cornée (ce pourquoi elle a été conçue) mais provoque un remodelage cicatriciel (comme n’importe quelle technique qui comporterait un retrait de l’épithélium suivi d’une action physico chimique oxydative). Les modifications topographiques post CXL (léger aplatissement, souvent peu significatif cliniquement) ne sont pas liées à une régression du kératocône comme on pourrait le penser avec un peu de crédulité, mais à une cicatrisation qui, à cette échelle, suffit à provoquer des modifications mineures comme une réduction d’une ou deux dioptries de la kératométrie centrale (la courbure cornéenne centrale). La cornée est constituée de deux couches principales en terme d’épaisseur: le stroma (le « corps » de la cornée) et l’épithélium, qui est une couche de cellules superficielle. Dans l’évolution du kératocône, la déformation concerne principalement le stroma. Celui-ci se déforme sous l’action du stress physique répété qui finit par altérer la structure harmonieuse du tissu de ce stroma, qui est constitué de fines lamelles de collagène entrelacées. Le CXL provoque une réaction inflammatoire importante du stroma cornéen, mais pas son durcissement, ni un réel changement de forme de celui-ci. Seule la couche épithéliale, superficielle, se remodèle en repoussant sur le stroma inflammatoire, et cet effet est pris pour une modification biomécanique… mais il s’agit d’une erreur d’interprétation bien pratique (rappelons que la topographie cornéenne spéculaire mesure la surface de l’épithélium, et que les techniques de topographie d’épaisseur courantes ne séparent pas le stroma de l’épithélium et analysent la cornée comme un « bloc »).
    Les tenants de la technique du CXL arguent que les instruments de mesure biomécaniques utilisés en routine clinique pour apprécier la rigidité de la cornée échouent in vivo à mesurer le durcissement qui « doit » forcément exister après CXL, et que s’ils ne le font pas, c’est parce qu’ils ne fonctionnent pas bien. Le problème est que ces instruments fonctionnent très bien pour rendre compte du ramollissement de la cornée (par exemple, ces instruments sont sensibles à l’effet de la chirurgie réfractive cornéenne quand elle amincit, même de peu, le stroma cornéen).

    Dans votre situation, je réaliserais un contrôle topographique dans quelques mois, et continuerais bien entendu à ne plus du tout frotter mes yeux. Si vous observer strictement ceci, vous n’observerez pas de progression de votre kératocône à droite, et l’oeil gauche restera également épargné cette affection. Vous pouvez m’envoyer une copie de vos cartes topographiques à gatinel@gmail.com si vous voulez une confirmation.

  20. Guillaume

    Bonjour,

    je vis au Québec (Canada). J’ai 19 ans. On m’a diagnostiqué un kératocône de stade précoce-modéré en janvier 2016. Je me frotte vigoureusement les yeux depuis que je suis enfant, dû à mes allergies. De plus, j’avais (car je ne le fais plus) la mauvaise habitude de dormir avec les mains devant les yeux pour obstruer la lumière.

    D’emblée, on m’a référé vers une clinique spéciale de l’œil pour un traitement de crosslinking. Pourtant, on n’a jamais vérifié si mon kératocône progressait. Depuis mon diagnostic, je ne me frotte plus les yeux et j’ai cessé mes mauvaises habitudes nocturnes.

    On m’a dit que c’était très rare que le kératocône se développait d’un seul œil. Pourtant, de l’œil gauche, je vois à 100%.

    Selon vous, devrais-je avoir recours au crosslinking dans les prochaines semaines comme on m’a dit? Pensez-vous que mon kératocône peut continuer sa progression même si j’arrête le frottement de mes yeux?

    On m’a aussi dit que j’étais né avec le kératocône, que quelqu’un dans ma famille avait la même chose mais on ne sait pas qui et que le frottement des yeux a provoqué le développement du kératocône. Croyez-vous que cette maladie est réellement génétique?

    Finalement, peut-on perdre la vue en raison d’un kératocône?

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