Astigmatisme

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L’astigmatisme est un défaut optique de l’œil fréquent, qui peut être associé à la myopie ou à l’hypermétropie, et qui provoque un flou visuel non corrigible par un verres sphérique concave ou convexe. L’astigmatisme associé ou non à la myopie, l’hypérmétropie, ou la presbytie est un défaut tout à fait opérable aujourd’hui.
Cette définition relativement simple dissimule la véritable complexité de l’astigmatisme. Les documents qui donnent une description claire de l’astigmatisme sont assez rares.
Par exemple, la plupart des schémas sensés expliquer l’aberration optique causée par l’astigmatisme représentent de façon sommaire un tracé de rayons à travers une lentille torique (pourvoyeuse d’astigmatisme) et qui convergent vers des focales perpendiculaires.
Ces explications sur l’astigmatisme illustrent le danger de l’ « hyper-simplisme » dans l’enseignement de l’optique clinique. La plupart des étudiants en ophtalmologie croient connaître et comprendre les conséquences de l’astigmatisme oculaire. On constate bien souvent qu’en fait, ils éprouvent une certaine difficulté ne serait-ce qu’à en présenter une définition satisfaisante.
Ainsi, même s’il fait partie du quotidien de l’ophtalmologiste, la compréhension des phénomènes optiques réels provoqués par l’astigmatisme est souvent imparfaite, ou repose sur des conceptions erronées (ce qui n’empêche pas d’en effectuer un diagnostic précis et une prescription de correction efficace).
J’ai voulu relever ce challenge pédagogique et exposer ici une méthode didactique et illustrée pour expliquer sans simplifications trop abusives la nature et les moyens de correction de l’astigmatisme oculaire.

Rappels élémentaires

L’œil est un système optique complexe destiné à la formation de l’image de la scène observée sur la rétine. Cette image est ensuite échantillonnée par la mosaïque des photorécepteurs rétiniens.
En l’absence d’aberration optique (ni myopie, ni astigmatisme, ect …) la résolution maximale théorique de l’image perçue dépend de la densité de ces photorécepteurs, tout comme la résolution d’un écran est lié au nombre de pixels qu’il comporte.
Au passage, il est intéressant de constater qu’en l’absence de défaut optique, seule l’incontournable diffraction intervient pour réduire la qualité optique de l’œil. Dans des conditions optimales (aucune aberration, et pupille dilatée pour réduire au maximum la diffraction), les dimensions de l’image formée d’une source lumineuse ponctuelle sont du même ordre que celle d’un cône de la fovéa (deux microns environ).
La fovéa est la région de la rétine utile pour la vision précise centrale et où la densité des cônes est maximale. Cette densité autorise une résolution de l’ordre de 20/10. Ce pouvoir de résolution permet à l’œil de séparer deux points séparés par une distance angulaire de 30 secondes d’arc (c’est à dire un cent-vingtième de degré).
L’œil astigmate non corrigé présente une acuité bien inférieure, car il forme une image non fidèle (c’est à dire plus large que ne l’impose la seule diffraction) d’un point source, et ceci explique le flou engendré par l’astigmatisme.
L’astigmate voit flou, mais contrairement à une idée répandue, ne perçoit pas le monde environnant « déformé » sans sa correction optique. Cette « croyance » est probablement née dela constation de la distorsion qu’induisent en revanche les verres de lunettes destinés à la correction de l’astigmatisme, en particulier sur les bords. Ainsi, le peintre El Greco, connu pour sa propension à représenter des personnages effilés et « verticalement disproportionnés » ne sauraient s’expliquer par l’existence d’un astigmatisme chez cet artiste (de plus, la compréhension optique de l’astigmatisme et la mise au point de verres toriques correcteurs est largement postérieure à la Renaissance).
L’astigmatisme peut être régulier ou irrégulier. Nous aborderons ici le cas de l’astigmatisme régulier, ou « defocus cylindrique » qui correspond à l’astigmatisme régulier que l’on peut corriger en lunettes (l’astigmatisme irrégulier correspond à l’ensemble des aberrations optiques de haut degré qui ne sont pas corrigibles par les verres de lunettes).
L’astigmatisme régulier peut être corrigé non seulement par le port d’un verre de lunette, mais également par celui d’une lentille de contact torique, ou la réalisation d’une chirurgie réfractive appropriée (laser le plus souvent, implant torique, incisions cornéennes relaxantes plus rarement).

Effet de l’astigmatisme sur le trajet optique

L’astigmatisme est un défaut optique complexe. Cette complexité est liée à la difficulté à représenter de manière tri-dimensionelle l’effet provoqué par cette aberration. Autrement dit, il est difficile d’effectuer une juste représentation du trajet erroné des rayons lumineux réfractés par un système entaché d’astigmatisme.
Pour comprendre la nature de l’astigmatisme régulier, il suffit de se rappeler que la puissance optique d’une lentille dépend de sa courbure. Plus celle-ci est élevée, plus la distance focale sera courte.

focale lentille
Autrement dit, l’image d’un point sera formée dans un plan d’autant plus proche de la lentille que celle-ci possède une courbure importante.Au delà de ce plan, la lumière poursuit sont trajet, le faisceau n’étant plus convergent mais divergent.

La figure suivante représente trois sections de lentilles de puissance différente. Elles ne focalisent pas à la même distance.

focale comparée

Imaginons une lentille dont la courbure varie régulièrement selon les méridiens, entre deux méridiens de puissance extrêmes perpendiculaires entre eux ; une telle lentille est dite torique. Elle peut être vue comme un assemblage continu de sections de lentilles de puissance variable.
Elle ne peut faire d’un point source une image ponctuelle, car les rayons réfractés par la lentille iront focaliser à une distance différente selon le méridien qu’ils auront traversé. Ainsi, il n’existe pas de plan idéal pour recueillir l’image d’un point (même si comme nous le verrons bientôt, certains plans sont meilleurs que d’autres).
La plupart des représentations du trajet optique formé par un système pourvoyeur d’astigmatisme se limitent à la description du trajet des rayons réfractés par ce même système. Nous ferons de même, mais en ajoutant de la couleur et de la perspective.
Dans cet exemple, la lentille est plus courbe en vertical, et la lumière réfractée par le méridien vertical converge en avant de celle réfractée par le méridien horizontal;

lentille torique

Il en résulte une figure relativement complexe, qui ressemble un peu à un empennage d’avion (rappelons que nous n’avons représenté que le trajet des rayons lumineux selon les deux méridiens extrêmes).
Imaginons maintenant que l’on déplace un écran le long de ce train de lumière. Il existe des positions « remarquables » où l’on observe une tâche de diffusion optique particulière…
lentille torique plan
Et voilà d’où proviennent ces fameuses images de focales en forme de « trait »..:

lentille torique focale

Encore une fois, notons que cette représentation simplifiée fait l’impasse sur la lumière réfractée par l’ensemble des méridiens non extrêmes de la lentille.
Rien n’empêche toutefois d’ajouter sur notre schéma le trajet des rayons réfractés par deux méridiens intermédiaires (dont la distance focale est évidemment située entre celle des méridiens extrêmes).

lentille torique focale supplementaire

Si l’on poursuit cette démarche, on commence à entrevoir la nature complexe de la distorsion optique induite par l’astigmatisme régulier.
L’enveloppe de l’ensemble des rayons réfractés par un système astigmate est appelée conoïde de Sturm (Sturm conoid).

conoide sturm

Les couleurs sont ici utilisées pour permettre une meilleure visualisation de la figure, et n’ont rien à voir avec un quelconque « chromatisme ».
Pour aussi compliquée qu’elle soit, cette figure peut être appréhendée de façon concrète par notre expérience de l’écran interposé sur le trajet des rayons de la conoïde de Sturm.
Cette approche fournit également une représentation plus fidèle de la distorsion optique induite par l’astigmatisme que la simple représentation des focales en forme de trait épars:

focale sturm

Plusieurs faits importants sont à noter :
- la forme de la tâche focale varie entre l’ellipse plus ou moins allongée, et le « nœud papillon » dansl’espace situé en dehors des « focales ».
- la forme de la tâche focale est d’allure globalement losangique dans l’espace situé entre les focales.
La distorsion optique est moindre si l’on recueille l’image du point source dans un plan situé entre les focales (zone du cercle de moindre diffusion).
Cette figure simplifiée fournit enfin une clé pour représenter les différents types d’astigmatisme rencontrés en pratique clinique et classés selon la position des plans des focales principales vis à vis de la rétine du patient.

Astigmatisme classification

Par convention, un astigmatisme direct (ou conforme –with the rule) induit une focalisation des rayons de telle sorte que la focale « verticale » est située dans un plan plus proche de la pupille d’entrée que la focale « horizontale ».
Un astigmatisme indirect (ou non-conforme-against the rule) induit une focalisation des rayons de telle sorte que la focale « horizontale » est située dans un plan plus éloigné de la pupille d’entrée que la focale « verticale ».
Astigmatisme with against the rule

Correction de l’astigmatisme

Là encore, il existe une certaine confusion dans la littérature quand à l’action des verres de lunettes utilisés pour la correction de l’astigmatisme.
Pour être efficace, cette correction doit :
- 1) utiliser un verre dit « cylindrique » ou torique afin de rétablir le stigmatisme dans un plan focal, c’est à dire amener vers un foyer unique les rayons focalisés par la cornée et le cristallin
- 2) utiliser un verre sphérique pour.déplacer ce foyer unique dans le plan de la rétine
Notons au passage que l’étape numéro 1) suffit dans le cas d’un astigmatisme pur.
Le shéma suivant montre l’effet d’un verre cylindrique positif sur la réfraction d’une cornée torique, dont l’axe le plus cambré est vertical.
La réfraction est : plan (+1×90°). La cornée présente une toricité telle que la puissance du méridien horizontal est insuffisante (il « manque » une dioptrie à l’axe 0°).

verre cylindrique positif

L’axe « long » du cylindre est neutre sur le plan optique. L’axe « court » correspond à l’ase ou la correction optique est maximale. Cet axe est placé logiquement dans la même direction que l’axe le plus plat (celui où il manque une dioptrie), auquel il apporte le gain de puissance optique nécessaire à la correction de l’astigmatisme.
Les stratégies de traitements de l’astigmatisme par la chirurgie réfractive au laser excimer ont fait l’objet de débats divers. Nous avons pu y contribuer en ayant recours à la modélisation informatique.
L’illustration suivante représente le volume qui doit être photoablaté par le laser excimer pour corriger un astigmatisme hypermétropique pur (+1×90°). L’effet du traitement photoablatif est de cambrer sélectivement le méridien horizontal.
traitement cylindrique positif

Contraintes générales liées au traitement par photoablation laser de l'astigmatisme Il faut réaliser un traitement variable pour l'ensemble des méridiens de la cornée, afin de réduire la toricité de la cornée.

volumes cylindres ablates

Le diagramme ci contre montre les morphologies des lenticules photoablatés pour un traitement cylindrique négatif (en haut : -3x0°) et un traitement cylindrique positif (en bas: +3x0°). A droite, les graphes représentent la variation de la puisance réfractive apicale en regard de l'axe des méridiens avant traitement. L'épaisseur du bord du lenticule (pointillés) varie et épouse les variations de la puissance des méridiens à corriger.

Les relations entre traitement en cylindre négatif et positif sont illustrés sur le shéma suivant :

rapport cylindre négatif positif

Particularités du traitement de l’astigmatisme myopique simple (traitement en cylindre négatif)

La principale particularité est liée à la nécessité de maintenir inchangée la courbure du méridien initialement le moins cambré, tout en aplatissant de façon graduelle tous les autres méridiens, jusqu’au méridien le plus cambré.
La quantité de photoablation la plus importante est ainsi délivrée en regard du méridien dont la courbure doit rester inchangée !
Mis à jour le 15-03-2010