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Acuité visuelle et dimensions de l’image rétinienne

Quelle est la taille de l’image rétinienne d’un objet vu par l’œil ? Cette question est importante pour comprendre les facteurs limitant l’acuité visuelle, et certaines conséquences de la chirurgie réfractive, en particulier pour les fortes amétropies. Le calcul de la taille de l’image rétinienne est également important pour les problèmes liés à la différence de taille des images rétiniennes (aniséiconie). Une différence excessive de la taille des images rétiniennes entre les yeux droit et gauche d’un même sujet peut induire une disparité excessive et des troubles de la vision binoculaire, avec réduction de la perception du relief (stéréoscopie).

Si la densité et la taille des photorécepteurs de la fovéa varient d’un œil à l’autre, il est évident que pour une même densité de photorécepteurs (capacité d’échantillonnage), la résolution rétinienne sera d’autant plus importante que l’image projetée sera grande.

Dernière mise à jour : janvier 2025

Sommaire

Points clés : Taille de l’image rétinienne et correction optique

Formule fondamentale : T’ = θ/D (taille de l’image = angle sous-tendu / puissance oculaire)

Grossissement des lunettes : GV = 1/(1 − vD), où v est la distance verre-pupille

Myopie et lunettes : réduction de l’image rétinienne (ex. : −20 % pour −16 D)

Avantage de la chirurgie réfractive : correction dans le plan cornéen = image plus grande = meilleure acuité

Gain pour le myope fort : jusqu’à +15 à +20 % de taille d’image vs lunettes

Aniséiconie : différence de taille d’image entre les deux yeux = troubles de la vision binoculaire

Dimensions de l’image rétinienne d’un objet situé à l’infini

Ce problème peut être généralisé à celui d’un système optique quelconque, dont on connaît la puissance globale (appelée D, en dioptries). Ce système forme dans des conditions paraxiales l’image d’un objet situé à l’infini dans son plan focal image. La hauteur de cette image est T’. Voici comment la calculer :

La taille de l’image formée par un système optique d’un objet situé à l’infini peut être calculée si l’on connaît l’angle qu’il sous-tend avec le système (lui-même dépend de la taille de l’objet et de sa distance avec le système optique), et la puissance du système optique.

La figure ci-dessus permet d’établir (en exprimant ces distances en mètres, et les angles en radians) :

T’ = θ’ × P’F’

En utilisant l’équation paraxiale (pour de petits angles), on peut aussi poser :

n θ = n’ θ’  (n et n’ sont les indices de réfraction des milieux objet et image)

Ainsi, T’ = (n/n’) × θ × P’F’

Par ailleurs, D = n’/P’F’, donc P’F’ = n’/D

On obtient au final :

T’ = n × θ / D

Cas de l’œil

Le milieu d’observation habituel de l’œil est l’air, donc n = 1.

On obtient ainsi une formule simple :

T’ = θ / D

Cette formule établit que les dimensions de l’image rétinienne d’un objet qui sous-tend un angle θ sont égales au rapport de cet angle avec la puissance équivalente de l’œil. On choisit généralement une valeur arrondie de 60 D pour le pouvoir réfractif équivalent de l’œil (cornée + cristallin).

Pour un angle d’une minute d’arc (exprimé en radian), et une puissance oculaire de 60 D, on obtient que la taille T’ de l’image rétinienne est égale à 0,004850 mm soit environ 5 microns. Pour séparer deux points qui forment un angle d’une minute d’arc avec l’œil, il faut 3 photorécepteurs, soit un espace entre le centre de ces photorécepteurs de 2,5 microns (deux photorécepteurs sont stimulés, et séparés d’un photorécepteur non stimulé).

Certaines études montrent que la taille minimale des cônes de la fovéa peut être inférieure de moitié à cette valeur (1,7 micron environ), et ceci explique que l’acuité visuelle de résolution (pouvoir séparateur) puisse atteindre 30 secondes d’arc (une demi-minute d’arc, soit 20/10 environ).

Effet des moyens de correction des défauts optiques sur la taille de l’image rétinienne

Dans l’exemple précédent, nous avons considéré un œil emmétrope.

Pour un œil amétrope simplifié, la taille de l’image rétinienne varie avant et après correction de l’amétropie, qui peut être accomplie par un verre de lunettes, une lentille ou une chirurgie photoablative.

Pour un objet situé à l’infini, on peut établir que le grossissement (ou « magnification ») ou le rétrécissement (réduction) de la taille de l’image (on appelle ce facteur GV) induit par un verre de lunette est lié au rapport :

GV = Taille de l’image après correction (nette) / Taille de l’image avant correction (floue)

Ce rapport est également celui des angles que sous-tendent les objets vus avec et sans correction vis-à-vis du centre pupillaire. Exprimé en taille angulaire, ce rapport devient :

GV = θ’ / θ

Prenons l’exemple d’un œil hypermétrope, pour lequel l’image se forme en arrière de la rétine.

L’objet sous-tend avec l’œil hypermétrope un angle θ avec la pupille d’entrée de l’œil (il s’agit de la taille angulaire apparente). L’œil corrigé « voit » l’objet correspondant à l’image formée par la lentille correctrice, sous un angle θ’. Le rapport de ces angles permet de calculer l’effet induit sur la taille de l’image rétinienne par la correction optique.

Pour cet œil amétrope non corrigé, en utilisant la formule donnant la taille de l’image en fonction de l’angle sous-tendu par l’objet, on obtient :

T’ = θ / D, où θ est l’angle formé avec l’axe visuel pour un rayon passant par la pupille d’entrée.

Cette image est floue, car l’œil est amétrope et non corrigé.

Avec un verre de lunette convexe correcteur, l’œil devient emmétrope, car le verre focalise les rayons parallèles captés de l’objet dans le plan du verre convexe (qui correspond au punctum remotum de l’œil hypermétrope). En effet, l’« action » d’un verre correcteur pour l’hypermétropie (et la myopie) est de focaliser les rayons émis par les objets éloignés dans le plan du punctum remotum de l’œil amétrope. Ils y forment une image virtuelle que l’œil amétrope « voit » alors nette, sans effort (le punctum remotum correspond à la distance à laquelle doit se situer un point pour être imagé sur la rétine d’un œil amétrope).

Dans le cas de l’œil hypermétrope, ce punctum remotum est un plan situé en arrière de l’œil. L’angle du rayon émergent de cette image « virtuelle » passant par le centre de la pupille d’entrée est noté θ’. Cet angle est celui de l’objet vu par l’œil (cet objet est donc l’image virtuelle formée par le verre correcteur).

D’après la géométrie de l’image, cet angle peut être calculé comme suit :

θ’ = T’ / (f − v), où v est la distance du verre au centre de la pupille.

On obtient donc, en remplaçant θ et θ’ par les expressions calculées :

GV = T’ / [(f − v) × T’ × D], ou, après simplifications :

GV = 1 / (1 − v × D)

Cette expression fait intervenir la distance du verre correcteur (v), et sa puissance (D).

Pour un œil myope : D < 0, donc GV < 1 : la taille de l’image est réduite.

Pour un œil hypermétrope : D > 0, donc GV > 1 : la taille de l’image rétinienne est augmentée.

Ces effets seront d’autant plus marqués que v est grand.

Exemples de modification de l’image rétinienne des verres correcteurs et conséquences pratiques

Œil myope

Un œil myope est corrigé par un verre de −3 dioptries placé à 12 mm de l’œil. Quel est le pourcentage de réduction de la taille de l’image rétinienne ?

Il faut calculer la distance du verre au centre de la pupille d’entrée de l’œil simplifié : celle-ci est située à environ 3 mm du sommet de la cornée, donc v = 15 mm (= 0,015 m). On calcule GV = 95 %, soit une réduction de 5 % de l’image rétinienne en taille. Une telle différence peut induire une difficulté à fusionner les images si l’autre œil est emmétrope (verre plan). À l’inverse, la réalisation d’une chirurgie réfractive, délivrée dans le plan cornéen (LASIK ou PKR) permet (comme en lentilles de contact) de « grossir » l’image focalisée sur la rétine, et d’obtenir un gain au moins théorique en acuité visuelle.

Ce gain est particulièrement intéressant pour la correction de la myopie forte en LASIK, ou en chirurgie de la cataracte. L’illustration suivante représente l’effet d’un verre correcteur pour myopie forte (−29 dioptries en lunettes). La longueur axiale de l’œil est de 33 mm.

La correction du verre n’est taillée qu’au sein d’une portion centrale circulaire, de manière à amincir les bords du verre et améliorer l’esthétique de la monture portée. Les bords du verre ont une puissance nulle.

Un cliché pris à faible distance (2 cm) avec un smartphone permet de comparer la taille de l’image transmise après réfraction par le verre correcteur de −29 D. Le calcul du grandissement théorique du verre de −29 D est égal à 63 % (en supposant que l’écran soit « à l’infini »). Cette réduction correspond à peu près à celle qui est observée sur le cliché (au centre). On peut estimer qu’une correction de cette myopie par une chirurgie du cristallin (remplacement du cristallin par un implant destiné à emmétropiser ou laisser une faible myopie) permettrait un gain proportionnel en taille de l’image projetée sur la rétine, et donc un gain significatif de la meilleure acuité visuelle corrigée.

Effet de réduction de la taille de l’image transmise par un verre fortement concave pour la correction d’une myopie de −29 dioptries dans le plan lunettes. Le calcul théorique prédit une réduction d’environ 65 %, conforme à ce qui est observé. À gauche, mesure au frontofocomètre de la puissance du verre ; au centre, cliché d’un écran d’ordinateur pris à 2 cm au travers du verre correcteur (noter l’effet de réduction de l’image et l’effet prismatique du verre fortement concave). En haut à droite, le cliché est pris à plus grande distance du verre, ce qui accentue l’effet de réduction de l’image. En bas à droite, port de l’équipement optique par le sujet fortement myope.

Œil hypermétrope

Un œil hypermétrope est corrigé par un verre de +6 dioptries, placé à 12 mm de l’œil.

v = 15 mm, et GV = 1,10 soit une augmentation de 10 % de l’image rétinienne en taille.

Ces effets de modification de taille des images sont faciles à percevoir au travers de verres de lunettes pour un emmétrope. L’image vue est « floutée » par la correction qui introduit une défocalisation, mais elle est plus petite au travers d’un verre concave correcteur de myopie, et plus grande au travers d’un verre convexe correcteur d’hypermétropie.

Implications cliniques

Ces pourcentages peuvent sembler modestes, mais ils peuvent atteindre des valeurs plus élevées pour les fortes amétropies, comme la myopie forte. Par exemple, pour une myopie de −16 D, la correction en lunettes induit une réduction de 20 % de la taille de l’image rétinienne (par rapport à la taille de l’image floue, du même œil non corrigé). On peut établir de manière symétrique qu’une correction dans un plan plus proche du centre pupillaire (lentille, ou chirurgie réfractive cornéenne) peut induire un « grossissement » de l’image rétinienne vis-à-vis de l’image nette en lunettes (correction de la myopie). La correction dans le plan de la pupille est accomplie en cas de chirurgie de la cataracte, puisque l’on remplace le cristallin par un implant.

Un grossissement de l’image rétinienne de 15 % à 20 % est bénéfique car il permet à la rétine de mieux échantillonner l’image formée : le gain attendu en termes d’acuité visuelle est significatif car la réduction de l’angle minimum de résolution (MAR) est du même ordre. Ceci est d’autant plus bénéfique car certaines études montrent que les forts myopes ont une capacité d’échantillonnage rétinienne moins élevée que les emmétropes (plus faible densité de photorécepteurs au niveau de la fovéa). Ainsi, un myope fort de −16 dioptries dont la meilleure acuité visuelle corrigée en lunettes est de 8/10 (MAR = 1,25 minute d’arc) bénéficie d’une acuité visuelle en lentilles de 10/10 (MAR = 1 minute d’arc). Cette différence est bien entendu accentuée pour les myopies encore plus fortes.

En pratique clinique : La correction de la myopie forte permet une meilleure acuité visuelle quand elle est effectuée par un système proche de l’œil (lentille, chirurgie réfractive cornéenne, implant intraoculaire). C’est un argument supplémentaire en faveur du LASIK ou de la chirurgie du cristallin pour les patients myopes forts.

Ces modifications de la taille de l’image s’accompagnent d’autres phénomènes comme des variations du champ de vision apparent, qui est plus étroit en lentille qu’en lunettes.

En revanche, l’hypermétrope fort possède une acuité visuelle légèrement meilleure en correction lunettes, puisque l’image est « grossie » sur la rétine. Ceci s’accompagne d’une réduction du champ visuel apparent.

Enfin, on peut montrer que s’il existait une technique de correction consistant à avancer ou reculer la rétine pour corriger l’amétropie (avancer vers la cornée pour les myopes, et reculer la rétine pour les hypermétropes), alors la taille de l’image rétinienne serait la même une fois l’œil corrigé que celle qu’il avait auparavant avec un verre de lunettes (situé à environ 16 mm du plan principal objet de l’œil).

Correction de l’astigmatisme

La correction de l’astigmatisme implique une modification de la taille de l’image qui varie avec l’azimut ! Ceci explique pourquoi les lignes droites observées au travers de verres toriques (cylindriques) correcteurs semblent subir une légère « rotation », un changement d’inclinaison.

Références

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  11. Marcos S, Barbero S, Llorente L. The sources of optical aberrations in myopic eyes. Invest Ophthalmol Vis Sci. 2002;43:E-Abstract 1510.
  12. Gatinel D. Optique géométrique et physiologique de l’œil. In : Chirurgie Réfractive. Rapport de la Société Française d’Ophtalmologie. Paris : Elsevier Masson; 2020.

3 réponses à “Acuité visuelle et dimensions de l’image rétinienne”

  1. COUTURE JEAN-JACQUES dit :

    Bonjour Dr, suite à votre article de 2016 très technique, je me permets de soumettre mon cas : suite au changement d’un implant défectueux (opacité 100%) je me retrouve avec un œil légèrement myope et une image rétrécie en largeur (environ 15% à mon avis). On me dit que le cerveau va s’habituer mais 2 mois après l’opération je ne note pas de changement. C’est gênant pour conduire d’autant que l’autre œil (directeur) est atteint d’une légère DMLA. Qu’en pensez-vous. Est-il possible de corriger ? Cordialement. JJC
    NB en temps qu’ancien pilote de chasse, ma vue était parfaite. Maintenant j’ai 81 ans.

  2. Dr Damien Gatinel dit :

    Si les efforts de correction ont été suffisant, et que votre acuité visuelle demeure limitée à 8/10, il est effectivement possible que ceci soit lié à une moindre densité ed photorécepteurs au niveau de la fovéa, ce qui a été montré pour les yeux myopes forts. Par ailleurs, la réduction de la taille de l’image rétinienne provoquée par les verres de correction de la myopie forte pourraient également expliquer cette moindre acuité. L’acuité visuelle en correction lentille, LASIK (quand celui ci est possible), ou implant intraoculaire permet souvent de gagner une ou deux lignes d’acuité visuelle, en raison de l’augmentation de la taille de l’image refocalisée sur la rétine (vis à vis de celle qui est obtenue en correction lunettes). Un test en lentille de contact correctrice pourrait confirmer ce point.

  3. melina dit :

    Bonjour et merci pour cet article très intéressant.
    Etant myope forte, je suis corrigée au maximum à 8/10 en lunettes et ce depuis l’enfance (ma myopie étant bien moindre à l’époque), et ce sans problème rétinien, amblyopie ou strabisme.
    Est-ce nécessairement du à un problème de photorécepteurs, ou bien à une mauvaise adaptation de lunettes?

    Merci!

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