+ +

Topographie cornéenne: cartes de courbure

Les premières cartes obtenues en topographie étaient des cartes de courbure; le calcul de la courbure était réalisé à partir de l’étude informatisée du reflet d’un disque placido.

carte de topographie cornéenne de courbure Placido

Cartes topographiques d’une même surface antérieure cornéenne établie en mode axial à partir de l’image en réflexion des mires de Placido (en haut), l’une en Dioptrie, l’autre en mm. La courbure est exprimée en mm (à gauche) avec un pas d’échelle de 0,10 mm et convertie en dioptries de courbure ( à droite), en utilisant une valeur de l'indice de réfraction (kératométrique et non physique) de 1,337 pour la cornée (pas d’échelle : 0,50 D). Topographe OPD SCAN (Nidek)

A chaque fois que l’on interprète une carte topographique cornéenne de courbure (que cette courbure soit axiale, tangentielle ou moyenne), il faut toujours se remémorer que l’on regarde en fait des « rayons de courbure ». Les cartes en échelle millimétriques  attribuent en général une couleur d’autant plus chaude que les rayons de courbure mesurés sont petit (la cornée y est plus courbe). L’utilisation de cartes en rayon de courbure est naturellement préférée en contactologie, quand il s’agit de guider le choix du rayon d’une lentille d’essai. Au sommet de la cornée, le rayon de courbure est généralement compris entre 7.2 mm (cornées cambrées) et 8.4 mm (cornées plates, avec une moyenne proche de 7.8 mm dans une population saine.

En chirurgie réfractive, les cartes de courbures sont le plus souvent légendées en dioptries… qui est plutôt une unité dédiée à la mesure du pouvoir optique (vergence). La courbure cornéenne du sommet de la cornée est généralement comprise entre 40 D (cornées plates) et 47 D (cornées cambrées).

Les dioptries en topographies de courbure correspondent elle à une vergence ? Non !

 

Quand l’échelle d’une carte de courbure est en dioptries, il faut garder à l’esprit  qu’il s’agit de « dioptries de courbures », et non de dioptries de puissance optique. Ces dioptries sont certes calculées comme l’inverse du rayon de courbure (exprimé en mètre) multiplié par la différence entre l’indice kératométrique (égal à 1.33) et l’indice de l’air (égal à 1).  Au voisinage du sommet de la cornée (et seulement à cet endroit), les dioptries de courbure sont égales aux dioptries de puissance optique, à condition de mesurer une cornée « standard », dont on présume que la cornée postérieure à une courbure proportionnelle à la cornée antérieure ; en moyenne, la face postérieure réduit la puissance optique de la cornée antérieure d’environ 10% (ceci est lié au gradient d’indice de de réfraction négatif entre humeur aqueuse et stroma cornéen). L’indice kératométrique est un indice minoré (l’indice de réfraction physique réel du stroma cornéen est proche de 1.376). Ce choix est destiné à compenser l’absence de mesure de la face postérieure de la cornée : en effet, quand on utilise la valeur n=1.33 au lieu de n=1.376, on obtient une puissance optique réduite d’environ 10%.

Pourquoi ce choix d’un indice minoré, destiné à rendre plus réaliste un calcul de puissance optique, pour le calcul du rendu de cartes de courbure ? Ceci  remonte à l’époque où il existait pas de méthode clinique simple pour mesurer la courbure de la face postérieure de la cornée (et donc d’en meurer la puissance optique). Il faut de ce fait  rester attentif à ceci : les cartes axiales ou instantanées légendées en dioptries sont des cartes de courbure, et non de puissance optique.  Pour otbenir une carte de puissance optique cornéenne, il faut choisir une représentation en « puissance réfractive ».

Ainsi, pour une carte de courbure, une zone représentée par des couleurs « chaudes » est simplement  une zone ou la courbure est plus importante (les rayons de courbure y sont plus petits). Inversement, une zone de couleurs plus froides est une zone où la courbure est moindre (les rayons de courbure sont plus grands).

Une erreur fréquente consiste à extrapoler la représentation tri dimensionnelle de la cornée à partir des informations de courbure ; visualiser les zones rouges comme des sommets ou des bosses, et les zones bleues comme des creux ou des vallées conduit à une interprétation erronée. Il est naturel d’appréhender une carte topographique ainsi : en effet, le propre de la topographie est de représenter une « forme », et non des données de courbures. Mais l’histoire de l’exploration cornéenne veut que la topographie « de courbure » a précédé la topographie d’élévation, et instauré un code de représentation colorimétrique emprunté à la topographie terrestre, ou les couleurs chaudes correspondent à des zones «plus élevées », et non « plus courbées ». Ainsi, les cartes de courbures ne montrent que… la courbure.