Le kératocône fruste est une entité clinique floue. Rappelons d’abord ce qu’est le kératocône avéré: une pathologie qui concerne la cornée, et qui débute généralement à l’adolescence. Le kératocône est une affection non inflammatoire qui se caractérise par un amincissement cornéen progressif, accompagné d’une déformation évolutive de la cornée, responsable d’une myopie et d’un astigmatisme, qui augmentent au fil du temps. Dans cette définition, la dimension temporelle est importante (« progressif », « évolutive », « au fil du temps »,etc.).
Le kératocône infraclinique peut être défini comme un état cliniquement silencieux, et qui partage certains traits (souvent estompés) avec le kératocône : cornée plus fine que la moyenne, déformation débutante (légère asymétrie cornéenne en topographie antérieure, légère protrusion antérieure de la face postérieure), etc. Plus important, ces traits semblent stables dans le temps, et se rencontrent chez des adultes dans leur 3e, 4e ou 5e décennie, de manière fortuite, ou à l’occasion d’un bilan systématique (ex : bilan avant chirurgie réfractive).
Certains auteurs considèrent d’ailleurs que le terme « fruste » n’est pas le meilleur, et proposent d’y substituer le terme « infra clinique ». Comme souligné précédemment, le tableau d’un kératocône débutant serait superposable à celui d’un kératocône « infra-clinique », l’évolution permettant alors de trancher : le kératcône infra-clinique évoluant vers une forme patente (kératocône avéré), ou non (véritable kératocône infra-clinique). Nous avons proposé récemment de restreindre le terme « kératocône fruste » aux kératocônes infra cliniques qui ne sont pas détectables en topographie spéculaire de Placido seule (surface antérieure de la cornée seule), mais seulement après inspection de la carte d’élévation postérieure et pachymétrique (carte d’épaisseur, qui montrent des signes très précoces). Le terme de « kératocône suspect » (=forme suspecte de kératocône) devrait lui ne concerner que les formes où l’on retrouve une expression partielle (ambiguë) de la maladie au niveau de la face antérieure (les formes « Placido détectables »). Dans ces formes (plus avancées que les formes « frustes »), on retrouve bien sûr également des modifications d’épaisseur et de topographie postérieure.
On retrouve l’association avec certaines pathologie comme l’allergie (terrain atopique) à la fois pour le kératocône infraclinique et le kératocône avéré, ce qui renforce l’idée que le kératocône fruste et stable correspond à une manifestation « fruste » d’une pathologie cornéenne apparentée au kératocône.
Si le kératocône fruste (ou infra-clinique) peut faire l’objet d’un débat sémantique, il est une certitude: il contre indique formellement la réalisation d’un LASIK. Le dépistage du kératocône fruste (infra clinique) est essentiel et motive la réalisation systématique d’une topographie cornéenne en pré opératoire.
Dans notre expérience, il faut effectuer avant toute chirurgie réfractive cornéenne (LASIK) une topographie « complète » de la cornée, à la fois antérieure et postérieure, ce qui permet ainsi de calculer l’épaisseur en tous points du mur cornéen.
